9
2009
RÉALISATION: Shane Acker
SCÉNARIO: Pamela Pettler
AVEC: Elijah Wood, Christopher Plummer, John C. Reilly, Jennifer Connelly et Crispin Glover
Les films d’animation sont souvent à tord associés aux enfants. Pourtant, nous sommes la génération ayant grandit dans l’univers des dessins animés, des jeux vidéos et des films d'animations en trois dimensions. De Disney au Studio Ghibli, nous avons été encadrés dans le fantastique façonné dans les moindres détails juste pour notre bon plaisir. Il ne me semble donc aucunement étrange que ces procédés soient appliqués à des œuvres couvrant notre tranche d’âge et déconseillées pour les plus jeunes. C’est le cas de 9. On nous livre une histoire futuriste chaotique mise à profit par les possibilités infinies de l’animation 3D. Les frissons s’y multiplient, les blagues pour adultes le parsèment ainsi que les critiques sociales d’envergure.
La fascination de l’homme pour les récits post-apocalyptiques, surtout aux environs du nouveau millénaire, est une fois de plus mise en images. Après la mort de la race humaine, irradiée par ses propres inventions robotisées, neuf poupées de jute tentent de survire face à l’entité qui absorbe leurs âmes et les détruit. Dans leur quête de compréhension, elles sont appelées à mettre à profit leurs qualités distinctes. Depuis le début de leur vie, elles écoutaient les ordres de 1 et les bras de 8. 7, 3 et 4 ayant disparues dans les circuits ennemis, elles ne pouvaient que se cacher. 6 frise la folie, 2 tente de comprendre et 5 a une peur bleue. L’arrivée de 9, une poupée inconnue, bouleversera leur univers. Elles reprendront les rênes de leur existence et s’attaqueront à leurs bourreaux.
L’histoire très jeux vidéos prend place dans des décors époustouflants. Le travail exécuté ici fut soigné à l’extrême. Les objets, vestiges de notre passé, qui entourent les protagonistes, les textures qui les composent et les choix de couleur nous transmettent les vibrations d’une atmosphère lugubre et hostile. L’environnement sonore ainsi que la musique composé par Deborah Lurie et Danny Elfman stimulent aussi nos trippes. Une ambiance d’effroi réussit haut la main.
Les neuf petits personnages de ce film sont une véritable délectation. Ils sont attachants chacun à leur manière et rappellent les avatars du jeu de PS3 Little Big Planet. De forme humanoïde, elles nous rendent sensibles à leurs émotions grâce aux points de repère anthropomorphiques typiques de l’animation (ils respirent et clignent des yeux). Sans ces derniers, l’intérêt des spectateurs diminue rapidement puisqu’ils ne s’identifient pas de près ou de loin aux protagonistes. Les forces adverses contre lesquels nos héros se battent sont matérialisées par des monstres robotisés d’une originalité étonnante. Celui m’ayant le plus marqué est sans contester l’hybride entre un serpent et une araignée, hypnotiseur au visage de poupée de porcelaine semblant s’inspirer des premiers films de stop-motion des frères Quay. Il y a aussi le ptérodactyle-scorpion… complètement bizarroïde!
Dans ce melting-pot farfelu d’une histoire insolite, de décors hostiles et de personnages intenses, on ressent aisément la touche « burtonienne ». Le renommé réalisateur ne figure dans ce film qu’à titre de producteur, mais il est facile de comprendre sa collaboration avec l’imaginaire de Shane Acker. Cette œuvre colle parfaitement à sa carrière. Si vous êtes habituellement fan de son répertoire, gâtez-vous car 9 en porte la marque au fer rouge.
Un film ne serait pas un film sans une bonne critique de notre société. On nous rappelle que la modernité et ses recherches continues sur les technologies nouvelles ne pourront être dissociées des organismes militaires, ce qui peut être dangereux pour la survie de l’humanité. On critique aussi certaines religions qui se cachent derrière leurs vieux dogmes afin d’éviter de confronter les réalités actuelles. Comment des convictions écrites à une toute autre époque et non révisées peuvent-elles s’appliquer à un monde qui évolue sans cesse? Le fait de suivre un leader aveuglément est aussi pointé du doigt. L’être humain doit se questionner face aux évènements extérieurs même si ces derniers sont présents depuis longtemps. Ces jugements sont parfois subtils à travers le film, mais plus souvent qu’autrement flagrants.
Voilà une heure vingt bien dépensé selon moi. 9 aurait toutefois gagné à être plus long car certaines actions sont précipitées et l’énigme est vite mise en lumière. Tirée d’un court-métrage, il est parfois difficile d’allonger une œuvre lorsqu’au départ elle devait être le plus concise possible. Néanmoins, 9 incarne le divertissement par excellence et un dix dollars bien investi. Petits frissons et engouement garantis!



• Numéro 9 (version française/Québec)


• Final Fantasy : The Spirits Within (2001)
• Coraline (2009)
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