ALTITUDE

2010

RÉALISATION: Kaare Andrews
SCÉNARIO: Paul A. Birkett
AVEC: Jessica Lowndes, Julianna Guill, Ryan Donowho, Landon Liboiron, Jake Weary

La peur de l’avion est un phénomène assez répandu. D’où celle-ci provient-elle réellement ? Sans doute de l’incapacité que nous avons à prendre le contrôle de l’appareil en cas de besoin, ainsi que de l’insidieux doublé d’agoraphobie et de claustrophobie qui hantent une partie non négligeable de la population. Pour en ajouter à cela, un certain événement médiatique datant du début de la décennie a lourdement marqué les inconscients. Pourtant, comme on le dit régulièrement dans les statistiques, l’avion est maintenant le moyen de transport le plus sécuritaire au monde ! Pourquoi la paranoïa subsiste-t-elle, dans ce cas ? J’imagine qu’il faut concéder à la voiture, malgré une proportion d’accidents bien trop grande, qu’elle procure une certaine sensation de contrôle aux individus, en plus du fait qu’une sortie de route est toujours moins définitive que la chute libre d’un avion défectueux. Dans tous les cas, on ne peut nier que la phobie de prendre l’avion n’en est pas une isolée. Avec un film qui se déroule à 90% dans le cockpit d’un appareil en vol, vous pouvez deviner qu’Altitude tentera de jouer un minimum dans cette angoisse collective…

Lorsqu’elle était petite fille, Sara a perdu sa mère dans un mystérieux accident d’avion. Maintenant jeune adulte, elle adore piloter mais doit le faire en cachette de son père puisque celui-ci, colonel dans l’armée, est très réticent à cet égard. Un beau jour, Sara décide d’emmener quelques connaissances voir un lointain concert de Coldplay par avion. L’ambiance est à la fête jusqu’à ce que Bruce, petit ami de notre principale intéressée et sujet à l’aviophobie, se mette à fortement angoisser. Et il n’a peut-être pas exactement tort de le faire(!), puisque les choses de mettent à aller de mal en pis pour les cinq jeunes… Entre le clou coincé dans le gouvernail de l’avion qui mènera nos protagonistes dans un énorme nuage d’orage et tous les appareils de mesures complètement détraqués, Sara et sa bande apercevrons bientôt un gigantesque monstre à tentacules, noir comme de l’encre, qui les pourchasse à-travers la tempête. Expérience au LSD menée par le père de Sara, hallucinations collectives dues à la trop haute altitude ou… Autre chose ?

Altitude est un nouvel effort du Canada en matière de paranormal. Et force est d’admettre, ce qui est loin de jouer contre le film, qu’il a su me captiver du début à la fin ! Peut-être est-il possible que, comme moi, vous avez cru comprendre que ce film est une adaptation d’H.P. Lovecraft. Pourtant, ce n’est pas du tout le cas ! Altitude ne doit qu’une seule chose au célèbre écrivain d’horreur et c’est le Yog-Sothoth, dieu de l’espace-temps qui viendra abimer quelques protagonistes au courant du métrage. En fait, si on avait absolument à associer le film à un texte, ce serait beaucoup plus au Horror of the Heights de Sir Arthur Conan Doyle. Le projet de Kaare Andrews en doit aussi à des anthologies comme The Twilight Zone et The Outer Limits. À mes yeux, ce scénario quittant rapidement toute logique pousse le spectateur à s’interroger sérieusement sur les hypothétiques déclencheurs de tout ce chaos. Et vous pouvez vous triturer l’esprit longuement, croyez moi ! Grâce entre autres au travail technique dévoué, il est facile d’être intégré à la totale irrationalité de la situation vécue par les personnages, soit l’impression d’avoir traversé les dimensions et d’aboutir en un endroit qui abolit les repères normaux. D’ailleurs, ceux qui s’attendent à un duel de longue haleine avec le Yog-Sothoth seront particulièrement déçus, puisque la créature ne tient qu’un rôle extrêmement secondaire dans toute l’aventure.

L’autre sphère intéressante d’Altitude tient, étrangement, du côté terre à terre (!) du film. Jusqu’à l’atteinte d’un certain seuil dans le développement de son scénario, Altitude rappelle presque les divers films représentant l’homme vs. la nature vus cette année. C’est là que votre aviophobie pourra possiblement être éveillée. Devant la perte graduelle de la maîtrise de leur appareil et l’apparition d’une mort presque certaine, les jeunes doivent réagir. À ce moment, la mise en scène d’Andrews fera quelques petits miracles. Altitude saisit, tient souvent prisonnier de l’écran. Je ne ferai peut-être pas l’unanimité, mais je considère les rapports entre les divers personnages plutôt bien écrits. La relation entre Sara et Bruce était intéressante à décortiquer ainsi que bien songée et plusieurs des réactions du groupe face à l’adversité ont assez de crédibilité pour que l’on y croie sans se poser trop de questions. On ne se trouvera jamais bien loin des chicanes insipides que contiennent divers teen movies du monde de l’horreur, mais le tout a été écrit avec assez de subtilités pour que ça passe au lieu de casser avec éclats comme dans certains My Soul to Take que je ne nommerai pas… Question de m’éviter les foudres de la rédaction ! De plus, les effets crées par le réalisateur et son équipe sont convaincants, tout comme la photographie de premier ordre.

Malheureusement, quelques aspects moins brillants d’Altitude nous ramènent brutalement sur terre (!!)(je me fais rire, c’est bien le pire). Le premier est son casting, quintuor de belles gueules qui ne livrent pas de performances phénoménales. On les dirait droit sortis de nos blockbusters horrifiques hollywoodiens favoris… Façon de parler ! C’est d’ailleurs le cas pour les demoiselles, qui nous proviennent respectivement du remake de Friday the 13th et de The Haunting of Molly Hartley. Sans être exécrables, il s’agit d’acteurs auxquels on ne croit pas outre mesure… Altitude étant un huis-clôt, cela nuit fondamentalement à l’effet d’ensemble. On nommera aussi une ou deux scènes qui laissent très froids par ce qui semble être de prime abord une absence totale de logique. Je sais que cela peut être étrange de critiquer l’absence de logique de ce film alors que je la vante plus haut, mais le fait de sortir d’un avion en plein vol avec une simple corde en chanvre est assez stupide et ne cadre pas avec le reste d’un scénario qui vaut mieux que ça! Les dernières secondes d’Altitude laisseront probablement quelques spectateurs exigeants dans un état boudeur. Personnellement, il s’agit d’un moment que j’ai plutôt apprécié et qui m’a ramené vers The Twilight Zone.

Malgré plusieurs pépins, je me trouverais idiot de ne pas recommander Altitude. Je sais que ce n’est pas tout le monde qui aura mon degré de plaisir devant le film, mais il s’agit d’une bonne idée de base globalement bien mise en scène par ses artisans. Je considère Altitude comme au-dessus de nombreuses autres sorties horrifiques de 2010. Si la perspective adolescente avait été abandonnée dès la conception préalable du film au profit de quelque chose de plus mature et moins commercial, Altitude aurait pu devenir un coup de cœur personnel.

  • Marc-Antoine Labonté

  • Triangle (2010)
    • The Twilight Zone (1983)

     

     
     


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