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AMER
2009
RÉALISATION: Hélène Cattet et Bruno Forzani
SCÉNARIO: Hélène Cattet et Bruno Forzani
AVEC: Marie Bos, Delphine Brual, Harry Cleven, Bianca Maria-D’Amato et Cassandra Forêt
La description d’Amer par le Festival du Nouveau Cinéma était fort alléchante. Décris comme un giallo moderne ayant autant emprunté aux maestros italiens tels que Dario Argento et Mario Bava qu’à la super star Quentin Tarantino, je ne pouvais faire autrement qu’être sceptique face au premier long-métrage d’Hélène Cattet et Bruno Forzani. J’ai eu droit, chers lecteurs, à une très agréable surprise. Le genre de surprise qui n’arrive que trop rarement au cinéma mais qu’un illustre festival comme celui du Nouveau Cinéma sait repêcher.
Cela dit, la description mentionnée ci-haut n’est pas erronée. Je qualifierais personnellement le film de drame psychologique expérimental fortement inspiré par le giallo. L’histoire, bien que volontairement évasive afin de permettre au spectateur une interprétation libre, reste fort simple. On suit Ana, une jeune femme oppressée par sa mère, à la découverte du charme, des tentations et de ses démons, sur trois étapes: son enfance, son adolescence et sa vie adulte.
La première partie se déroule entièrement au domicile familial : une énorme demeure ancestrale qui se prête parfaitement aux intensions « giallesques » du récit. La fillette est sans cesse persécutée par sa mère, visiblement folle de jalousie, qui réclame son expulsion du domicile familial à la moindre opportunité. Lorsqu’Ana ouvre une vieille montre subtilisée sur le cadavre de son grand-père, un monde d’imageries psychédéliques s’ouvre en nous laissant une légère sensation de vertige. Les cinéastes vont même jusqu’à flirter avec le J-Horror dans l’apparition d’une sombre sorcière aux déplacements feutrés qui hante la jeune fille, rappelant le sous-genre nippon.
La deuxième partie est pratiquement dépourvue de dialogue à l’exception de deux ou trois phrases. La fillette est devenue une jeune femme (jouée par une actrice dont j’ignore le nom, mais qui n’est pas sans rappeler Béatrice Dalle à l’époque de Betty Blue) qui attire les regards pervers des hommes du village. Du coup, nous sommes exposés à un sublime décor rural dans lequel Ana se rend compte de ses pouvoirs d’attraction. Encore une fois, chaque plan est minutieusement étudié, ne craignant pas une cinématographie hors normes afin de rendre chaque séquence unique.
Dans la troisième partie, Ana désormais mature, retourne au domicile familial afin de se retrouver et d’y régler quelques comptes. Les adeptes de giallo devraient être rassasiés par la finale grandiose.
Le style visuel s’établi d’emblée; vous aurez droit à une cinématographie hautement stylisée, jumelée à l’utilisation fréquente d’extrêmes close-up et d’audacieux plans de caméra. En accordant une importance singulière à chaque son et chaque mouvement, les cinéastes embrasent nos sens, nous plongent dans une atmosphère cauchemardesque peu confortable, mais irrésistible. Les musiques entièrement empruntées à des bandes originales de films italiens des années 60 et 70 collent parfaitement aux images inspirées de la même époque. Définitivement un film expérimental à saveur très européenne, Amer risque de ne pas plaire à tout le monde. Il n’y a pas de réponse claire à toutes les questions envisageables à la fin. Je sais que ça peut sonner cliché, mais Amer est d’avantage une expérience cinématographique qu’un divertissement filmé et monté selon les « normes » du septième art. On doit s’y abandonner pour le vivre pleinement. Pour ma part, j’étais rivé à l’écran dès l’ouverture du générique d’introduction et ce jusqu’à la fin du film.
Souhaitez que ce petit bijou trouve un distributeur nord-américain le plus tôt possible.



• Suspiria (1977)
• Repulsion (1965)
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