AMERICAN SCARY

2006

RÉALISATION: John E. Hudgens et Sandy Clark
SCÉNARIO: John E. Hudgens et Sandy Clark
AVEC: Maila Nurmi (Vampira), John Zacherle (Zacherley), Jerry G. Bishop (Svengoolie), Neil Gaimen et Tom Savini

Bienvenus mesdames et messieurs dans l’univers fantasmagorique des hôtes et hôtesses d’émissions d’horreur. Au son du douzième coup de minuit, vous vivrez des sensations de frayeur et d’inconfort bizarroïde comme vous n’en aurez jamais vécus avant. Mouhahahahahaha!

Comme vous l’avez sans doute deviné, American Scary se veut un hommage documentaire à ceux qui ont accompagné les spectateurs pendant plusieurs décennies à travers leurs aventures cinématographiques d’épouvante. Rappelant à leur auditoire, à tout moment du film, qu’ils étaient avec eux et qu’ils se trouvaient devant un spectacle auquel ils ne faisaient part qu’en partie. Sorte de mise en abîme qui réconfortait les gens dans leur descente dans l’antre de la peur.

Ce phénomène de spectacle interactif où l’animateur s’adressait directement aux auditeurs afin de leur présenter la programmation fut très peu observé au Québec mis à part quelques émissions pour enfants. Il a pourtant possédé nos voisins immédiats du sud pendant une trentaine d’années soit des années cinquante jusqu’au début des années quatre-vingt. L’engouement pour ce type de divertissement prenait d’assaut les jeunes et moins jeunes et était produit localement par la plupart des grandes villes américaines (Cleveland, San Francisco, Philadelphie, etc). Chacune avait sa mascotte horrifique dont certaines se sont vues obtenir une notoriété à l’échelle nationale et même mondiale.

L’émergence de ce showbiz n’était pas le fruit du hasard. En effet, elle semble être la continuité des bandes dessinées dans la veine de Tales from the Crypt (EC Comics, 1950) où un « ghoul» faisait office de conteur d’histoires, des émissions radiophoniques d’épouvante et des « spook shows », sortes de pièces de théâtre terrifiantes. De cette manière, on s’évertuait à perpétuer la tradition ancestrale des « storytellers » (conteur d’histoires).

Ce genre d’émission souffrait du petit budget qui leur était alloué, mais d’un autre côté, il semble que les fans assidus adoraient ce brin « cheapo ». Les payes des animateurs étant risibles, ils exécutaient leur rôle pour s’amuser plus que pour se remplir les poches. L’effet est toujours gagnant puisque les spectateurs sentent la complicité et le plaisir des acteurs.

Ces hôtes et hôtesses incarnaient, pour la plupart, l’archétype même de l’anti-héros à la fois comique et effrayant qui va de pair avec les films et courts-métrages d’horreur et de science-fiction de série B présentés pendant leur heure d’antenne nocturne. American Scary nous brosse le portrait des figures les plus marquantes de leur époque, entre autres Vampira, Svengoolie et Zacherley, et nous dévoile tous les secrets entourant ces émissions. Les deux réalisateurs ont réussi à obtenir un contenu en béton dû aux multiples entrevues qu’ils ont orchestrées. Ils ont rencontré des gens de divers secteurs tous aussi intéressants les uns que les autres. Nous pouvons donc écouter l’avis des anciens hôtes et hôtesses eux-mêmes, mais aussi celui de critiques de films, d’auteurs, d’historiens, de professeurs, d’acteurs, d’archivistes, de producteurs, de réalisateurs, d’éditeurs, de fans et j’en passe. Certains d’entre eux ont mis du cœur à l’ouvrage en se costumant et en adoptant un caractère semblable aux personnages discutés. On intercale ces interventions avec des images d’archives explicatives et l’on englobe le tout dans une musique rétro efficace quoi qu’un peu redondante. La lacune ultime se retrouve dans les choix de décors, d’arrière-plans des entrevues qui sont médiocres en majorité et dans certaines prises de son manquées qui, selon moi, auraient dû être laissé de côté. Ils pouvaient effectivement se permettre de ne pas utiliser certaines rencontres, puisqu’ils avaient du matériel à revendre et qu’ils compromettaient la qualité du film en entier. C’est un problème récurant chez les documentaristes car il est facile de s’enticher aveuglément des propos tenus lors d’une entrevue aux dépens de la qualité.

Aujourd’hui disparues de nos écrans de télévision, puisque les séries à gros budget ont la cote et que le gros du public n’apprécie pas ce genre filmique, ces émissions d’épouvante accompagnées de leurs séduisants hôtes et hôtesses se sont infiltrées sous d’autres aspects. Entre autres, on peut suivre les capsules multimédias sur le web de différents animateurs s’affirmant fanatiques de leurs prédécesseurs.

Ce documentaire distribué par Cinema Libre Studio (American Zombie, 2007) m’a appris énormément sur le monde obscure des hôtes et hôtesses de « horror tv shows » américains. American Scary personnifie la lumière que je cherchais par rapport à un univers qui me fascine depuis fort longtemps. Une réussite didactique pour tous les curieux de ce phénomène bizarre et intrigant.

  • MaryBel Gervais

  • Creepshow (1982)
    • Tales from the Crypt (1972)

     

     
     


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