AMERICAN ZOMBIE

2008

RÉALISATION:Grace Lee
SCÉNARIO: Grace Lee et Rebecca Sonnenshine
AVEC: Grace Lee, John Salomon, Austin Basis, Al Vicente, Jane Edith Wilson et Suzy Nakamura

Les vampires, loups-garous, zombies et autres monstres du grand écran ont toujours été vus comme des bêtes sanguinaires. Mais, depuis quelques années, certains écrivains et cinéastes tentent de les humaniser, pour notre plus grand bonheur. Anne Rice l’a fait pour les vampires dans Interview With A Vampire, Scott Glosserman l’a fait avec les tueurs en série dans Behind The Mask, et maintenant, Grace Lee tente de faire la même chose à son tour avec les zombies dans American Zombie, un « mockumentaire » (c’est-à-dire un faux documentaire satirique).

Pour leurs prochains films, Grace Lee et John Salomon décident de faire équipe. Devant le nombre croissant de zombies, ils font un documentaire sur leurs vies dans le quotidien. Pendant un certain temps, ils suivront Ivan (un commis de dépanneur), Judy (une jeune femme naïve qui cherche le grand amour), Joel (un activiste pro zombie) et Lisa (une artiste qui souhaite secrètement de mourir, pour de bon). Mais la nature du documentaire changera de ton lorsqu’ils iront à Live Dead, un festival exclusif aux zombies.

American Zombie est l’exemple parfait d’une idée de départ extrêmement brillante, mais très mal exploitée, un peu la version horrifique du PowerGlove de Nintendo. En fait, le gros problème du film, est qu’il se prend trop au sérieux. Si je ne savais pas que les zombies n’existent pas, j’aurais vraiment l’impression de regarder un vrai documentaire, et non un « mockumentaire ». Le tout est très long à partir, est souvent drabe et manque d’humour et d’action. L’intérêt d’un documentaire est bien sur les propos qui sont dit, mais lors d’un mockumentaire, c’est plutôt le ridicule de la situation qui doit être mis en évidence, ce qui est plus ou moins le cas ici. Oh, bien sûr, il y a quelques bonnes scènes et des dialogues intéressants, mais pas assez pour soutenir le film. Le seul aspect qui est réussi, est de montrer la marginalisation des zombies dans la société et leurs peines, leurs espoirs. Malheureusement, ce sujet est très vite essoufflé.

Alors qu’on vient d’écouter un film mitigé, avec ses bons coups et ses moins bons, la fin vient complètement tout bousiller. Pendant qu’on voit le générique défiler, on ne peut que se demander s'il n’y a pas une erreur sur le DVD et s’il n’aurait pas oublier de rajouter une ou deux scènes à la fin. Grace Lee fini son film carrément en queue de poisson qui veut rentrer dans la police, qui eux, se tassent, avant de foncer face première dans un mur de brique. La finale n’offre donc pas conclusions satisfaisante, en fait, elle n’en n’offre pas du tout, ce qui est extrêmement fâchant. On a juste envie de laisser tomber les quelques éloges que l’on a ramassés pendant le visionnement tellement la finale laisse un goût amer dans la bouche.

Mais, pour votre bon plaisir, j’ai fait un nœud dans mon sac à éloges avant la fin et les voici! Parmi tous les personnages, il n’y a que celui de Lisa qui est particulièrement réussi. Non seulement l’actrice est brillante, mais c’est le seul personnage qui est écrit en profondeur, avec ses peurs, sa rage, ses déceptions et son envie suicidaire inavouée. Ce n’est qu’elle que l’on a envie de suivre durant le film et qui offre une véritable conclusion satisfaisante à son personnage. De plus, le fait que Grace Lee ait incorporé des spécialistes en zombie, sociologies et autres et qu’elle les interview est assez coquasse et bien fait, mais cet idée aussi devient vite ennuyante et redondante.

Personnellement, le film me frustre sans bon sens parce qu’il tient entre ses mains de véritables trésors! Et au lieu de s’en occuper et de les exposer tendrement, Lee préfère plutôt les sacrer au bout de ses bras dans le plus profond des gouffres. On voit bien qu’elle tente de faire un parallèle entre les zombies et la plupart des problèmes sociologiques d’aujourd’hui, tel que la xénophobie, les problèmes de chômages, de santé mentale, des difficultés d’intégration des immigrants et j’en passe. Mais elle ne fait qu’effleurer les sujets et quand elle se décide de les traiter avec plus de sérieux, elle le fait de façon maladroite. C’est fâchant de voir qu’elle a eu une merveilleuse idée pour un film mais qu’elle ne la mérite pas. American Zombie aurait pu être le croisement parfait entre Les Revenants, Bowling for Columbine et This Is Spinal Tap.

Quoi dire de plus? Les bons coups qui permettent de s’amuser malgré tout durant le visionnement ne sont pas assez forts pour sustenter notre appétit. American Zombie est pas mal le seul film que je soumettrais à Hollywood pour en faire un remake par un cinéaste avec une plus grande sensibilité artistique et personnelle.

  • Dominic Paulhus

  • Les Revenants (2004)
  • Behind the Mask : The Rise of Leslie Vernon (2006)

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