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ART/CRIME
2011
RÉALISATION: Frédérick Maheux
SCÉNARIO: Frédérick Maheux
AVEC: Rémy Couture, Patrick Sénécal, Robert Morin, Mario Dumont et Nacho Cerda
Ce n’est pas nouveau que les fans de cinéma d’horreur soient persécutés. On pense que, parce que nous aimont ce genre de cinéma, nous sommes tous des détraqués ou des tueurs en série prêts à exploser à tout moment. Il n’y a rien de plus faux. Pour ma part, me voir dans la rue, jamais on ne penserait que je suis fan de ce genre. Je m’habille en vieux mononcle, je n’ai aucun tatouage ni percings et ceux qui me connaissant savent que je pleure chaque fois que j’écoute E.T. Ce n’est qu’un goût comme n'importe quel autre, quoiqu'un peu plus marginal que d’autres. Alors, de temps en temps, on nous attaque. La plupart du temps, c’est sur la place publique, on nous accuse alors de tous les maux de la terre ( meurtre, viol, terrorisme ). Mais de temps en temps, un zélé décide de pousser la note plus loin. En 1981, par exemple, le réalisateur de Cannibal Holocaust Ruggero Deodato fut accusé de meurtre, dû au réalisme d’une scène de son film. Il a dû faire venir l’actrice en question en cours afin de montrer qu’elle était bel et bien vivante.
Maintenant, le combat se porte au Québec. Rappelons les faits. Au mois d’octobre 2009, Rémy Couture, un spécialiste des effets spéciaux et créateur du site Inner Depravity, se fait arrêter par le SPVM. La cause? Corruption des mœurs, selon la loi 163, les œuvres de Rémy Couture seraient trop graphiques et à caractère sexuel. Il se fait saisir son matériel, ses cartes de crédit et son passeport. Ce qui aurait dû être une histoire vite reglée tourne au cauchemar lorsque l’État décide de le poursuivre au criminel. Son procès est dû en octobre 2011, deux ans après sont arrestation et il risque une peine d’emprisonnement de deux ans.
Afin de raconter son histoire, Frédérick Maheux organise en quelques semaines des tonnes d’entrevues afin de faire un documentaire relatant les mésaventures de Rémy Couture.
Le film en tant que tel est bien. On nous montre qui est Rémy Couture et comment se passent ses cessions de photos. On voit alors à quel point tout est fait dans le respect d’autrui et la bonne humeur, malgré le thème macabre. Il y a également maintes interventions qui viennent expliquer l’aspect moral et légal du phénomène entourant la possible condamnation de Rémy.
Le seul danger avec ce genre de documentaire, c’est de ne montrer qu’un côté de la médaille. Avant la projection, le réalisateur a clairement spécifié que le but de son film était de créer des débats. Cependant, dans son film, tous sont en faveur de Rémy. Il n’y a qu’une personne qui vient s’opposer à ces opinions, un porte-parole pour le SPVM. Ce dernier apporte alors quelques bons points. Au départ, je comprends leur motivation de faire une enquête. Le tout est parti d’une plainte venant d’Allemagne et passant par Interpol à propos d’une cession photo comprenant un enfant de dix ans. La police se devait donc de faire une enquête afin de vérifier si l’enfant n’avait pas été maltraité. À la base, c’est une bonne justification. Le problème c’est tout le reste, à savoir la méthode employée par la police pour l’arrestation ( on a utilisé un subterfuge pour l’appréhender, au coin de sa rue en le menottant comme un vulgaire criminel ), la méthode de l’enquête, visant clairement Rémy Couture comme tête de Turc, le fait que la police ait ramassé le minimum d’information à propos de l’enfant ( élément déclencheur de l’enquête! ) et surtout, sa condamnation. Outre cela, j’aurais voulu avoir l’opinion d’avocats, de sociologue ou de monsieur et madame Tout-le-Monde afin de comprendre leur point de vue. Parce que, à mon avis, peu importe la situation, si on ne cherche pas à comprendre le point de vue de notre adversaire, on n’est pas mieux que lui. C’est par la compréhension et la tolérance, à mon avis, que tous les maux de la terre peuvent être réglés. C’est utopique, je sais, mais c’est ce que je pense. Sans chercher à comprendre, on n’est pas mieux que ceux qui cherchent à condamner Rémy.
Mais bon, la plupart des entrevues apportent d’excellents points de vue et d’explications sociales et légales. C’est d’ailleurs le réalisateur Robert Morin qui viendra voler la vedette grâce à ses interventions et vulgarisations comiques.
Pour en revenir au débat, outre la stupidité d’une telle accusation, condamner un homme innocent pour ses effets spéciaux, le danger est que, si Rémy est trouvé coupable, cela va créer un précédent dans la jurisprudence. Si cela se produit, n’importe qui pourra poursuivre n’importe quoi par rapport à la corruption des mœurs en citant ce procès. Horreur-Web pourrait recevoir une mise en demeure parce qu’on fait la promotion de films d’horreur par exemple. Rue Morgue et Fangoria pourraient être retiré des tablettes. Deux ou trois matantes pourraient mettre un stop au festival Fantasia! Pire, le petit gars qui a fait un vidéo amateur avec ses chums pour le fun et met ça sur internet pourrait se retrouver en prison! Je joue la carte de l’exagération, mais c’est quelque chose qui pourrait malheureusement être vrai si les circonstances le permettent. Si on ouvre la porte à des gens pour s’attaquer à un gars qui fait juste des effets spéciaux sanglants, la droite va chercher à défoncer la porte pour y entrer comme un troupeau d’éléphants dans un magasin de porcelaine.
J’extrapole, mais justement le danger de ce procès c’est que si Rémy est condamné, cela créerait une arme destructrice entre les mains de la droite politique et religieuse. Surtout aux mains de ces derniers, qui semblent croire qu’ils sont investis de connaissances divines à propos de ce qui est bon ou mal. Ils pourraient alors tenter d’utiliser ce précédent pour s’attaquer à tout ce qu’il juge amoral. Et c’est drôlement mal venu ce procès, alors qu’on est en plein gouvernement conservateur majoritaire, gouvernement de droite. Car après tout, c’est la court et l’État qui vont décider, dans ce procès, de ce que sont nos mœurs canadiennes. Et ce ne serait que le début. L’horreur serait visée en premier, mais ensuite viendrais tout ce qui porte à la sexualité, à l’homosexualité, à la religion et n’importe quoi qui choque n’importe qui.
Le procès de Rémy servira d’ailleurs de baromètre de mœurs. Pour que Rémy soit condamné, l’État devra procéder à une évaluation des mœurs canadiennes, c’est-à-dire, vérifier et décider ce qui est acceptable ou non a nos yeux. Mais est-ce vraiment la place de l’État de faire ça? De décider ce que l’on aime ou pas? Ça ressemble étrangement à un scénario de film de science-fiction ou un état totalitaire contrôle et manipule la populace à leur guise. Les niveaux de tolérances ne sont jamais les mêmes d’une personne à l’autre. Ce que je trouve révoltant pourrait être acceptable aux yeux d’un autre et vice versa. Les gouts et la liberté d’expression sont des droits fondamentaux. Personne n’a le droit de jouer avec cela.
Personnellement, ce que fait Rémy Couture ne m’intéresse pas du tout. Je trouve cela même légèrement dérangeant et dérangé. Car, voyez-vous, ça, c’est une opinion, pas un fait. Ce n’est pas l’état qui m’a dit de ne pas aimer ça, j’ai décidé par moi-même. Le problème, c’est quand on tente de nous faire rentrer à grands coups de pied dans la tête les gouts des autres. Je ne commence pas à insulter les œuvres de Rémy, à le juger ou le poursuivre au criminel. Je n’aime pas? Je ne regarde simplement pas ce qu’il fait. Point. C’est comme les bonnes femmes qui font des plaintes parce que leurs enfants ont écouté la télé et entendu les jokes de fourrage de chèvres de Mike Ward. Elles crient alors haut et fort qu’il n’a pas sa place à la télé et qu’il n’est pas un modèle pour les enfants. Comme ce dernier dit, le problème ce n’est pas qu’il est à la télé, il le sait qu’il n’est pas un modèle pour les enfants, mais c’est que les bonnes femmes ne regardent pas ce que font leurs enfants! Occupe-toi de ton jeune au lieu d’attaquer l’artiste. Ou, dans ce cas-ci, ne regarde pas si tu n’aimes pas ça. Faut-il vraiment que, comme société, on interdise quelque chose parce que deux ou trois tarlas n’aiment pas ça? Ça va être quoi après, mon neveu pourrait faire interdire la vente de brocolis parce que ça goute « ark caca »? On va finir par vivre dans une société aseptiser ou il n’existera plus aucune forme d’art pour être sur de ne plus choque personne? Où je devrais acheter mon film d’horreur d’un pusher sur Sainte-Catherine?
Le plus ridicule est l’idée derrière une loi telle que la corruption des mœurs aujourd’hui. Avec internet, on peut voir n’importe quoi, mais N’IMPORTE QUOI! Le problème ce n’est pas que quelqu’un a été capable de regarder le vidéo d’une fille qui se fait baiser par un cheval, ni que ce vidéo soit disponible (quoique… ) c’est que le gars avait le goût de voir un vidéo d’une fille qui se fait baiser par un cheval. On corrompt nous-mêmes nos propres mœurs par une caractéristique toute humaine, la curiosité, on a pas besoin de personnes pour ça. C’est comme l’éternel argument que les jeux vidéo poussent les fous à faire des tueries. Comme le disait Rodrigo Gudino dans le documentaire : « Les films existent que depuis le 20e siècle. Les photos elles, que depuis 1850 à peu près. Les jeux vidéo sont encore plus récents. On essaie de nous faire croire qu’avant ça, personne n’a tué quelqu’un pour le plaisir ou par vengeance?
En fait, ma critique ressemble plus à un éditorial. Je crois que ce film transcende la simple critique et son propre sujet et devrait être une source de discussion. Le débat n’est pas qu’à propos du futur du monde de l’horreur, mais à propos de droits fondamentaux. Voilà pourquoi je ne donnerais pas de note. Peu importe la qualité de l’œuvre, avec ses hauts et ses bas, l’important, c’est la bataille sanglante que l’on s’apprête à mener contre la liberté d’expression et nos moeurs. Car si Rémy perd, ce pourrait bien être le début de la fin. Pour plus d'infprmations, visitez le site officiel d'Art/Crime.


• Fantastic Flesh (2008)
• I Want To Be Tom Savini (2011)
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