AT MIDNIGHT I’LL TAKE YOUR SOUL

1964

RÉALISATION: José Mojica Marins
SCÉNARIO: Waldomiro França & José Mojica Marins
AVEC: José Mojica Marins, Magda Mei, Nivaldo Lima, Valéria Vasquez et Eucaris Moraes

Lorsque José Mojica Marins (alias Zé do Caixão, alias Coffin Joe) décida en 1963 de tourner un film d’horreur dans son pays natal, le Brésil, personne ne croyait ni en lui, ni au projet. Armé d’à peine 19 bobines de film noir et blanc et d’une minuscule équipe de tournage qui a l’habitude de travailler avec un minimum de 50 bobines, plusieurs croient à un suicide artistique avant même d’être considéré comme un artiste! Comble de malheurs, un insouciant technicien dérobe 6 des 19 cannes de films au début du tournage, ce qui porte le compte à 13. Marins ne se laisse cependant pas abattre et décide de tenter le tout pour le tout, en sachant très bien que chaque prise sera d’une importance capitale et que chaque minute devra être justement utilisée. Comme personne ne se montre intéressé par le rôle de Coffin Joe (de crainte d’avoir l’air stupide), Marins, qui arbore déjà une forte barbe et les ongles longs, devra en plus assumer le rôle du vilain, visiblement inspiré de sa propre personne durant le processus d’écriture. Ainsi s’amorce l’aventure à faible budget que deviendra At Midnight I’ll Take Your Soul, et qui donnera naissance à un véritable culte au désormais mythique personnage qu’est Coffin Joe.

Zé do Caixão est croque-mort dans un petit village Brésilien. Vêtu d’une cape et d’un grand chapeau noir, le bonhomme est craint des villageois qui le soupçonnent d’être possédé par un esprit diabolique. En vérité, Coffin Joe n’est qu’un athée qui en a marre de toutes les superstitions reliées à la religion et de sa maîtresse, qui ne peut donner naissance à sa progéniture. La seule solution logique : se moquer de la religion et se débarrasser de tout ceux qui n’obéissent pas à ses moindres désirs.

À sa sortie, At Midnight I’ll Take Your Soul a dû créer tout un émois. José Mojica Marins n’avait aucunement l’intension de servir du réchauffé aux cinéphiles de l’époque, bien au contraire. Il désirait transgresser les limites de l’horreur tel qu’il était au début des années 60; en donner pour l’argent de quiconque intéressé à voir quelques chose de différent, mais surtout plus sadique que les innombrables remakes de Dracula et Frankenstein. Du grossier blasphème envers l’église catholique aux globes oculaires crevés, en passant par le viol et l’humiliation, le premier long-métrage de Marins promettait d’être choquant et en a certainement choqué plus d’un.

Le film n’est cependant pas tout à fait un chef-d’œuvre et souffre de plusieurs lacunes techniques. C’est pour le personnage de Coffin Joe, tellement fort et fascinant, que les gens se sont littéralement rués vers les cinémas à la sortie du film, afin de confirmer ce que la bande annonce inspirait. Le bouche à oreille s’est occupé du reste. Le petit film d’horreur brésilien daigné de plusieurs, a par la suite accouché de deux autres monstres (This Night I’ll Possess Your Corpse en 1967 et Awakening Of The Beast en 1970) qui forment depuis la Trilogie Coffin Joe, trilogie qui marquera une étape importante pour le cinéma d’Amérique Latine et l’horreur en général.

En visionnant At Midnight I’ll Take Your Soul, il est difficile de dire si le protagoniste est réellement victime d’un esprit maléfique ou tout simplement mentalement instable. Si vous avez connu des gens atteints de maladies mentales tels la schizophrénie ou pris de délusions de grandeur, vous verrez en Coffin Joe un vilain hors du commun qui contrairement à ce qu’il aimerait croire, n’est pas invincible, mais plutôt effrayé et fragile. C’est dans les subtilités du personnage, qu’elles aient été prévues ou non dans le scénario, que le film reste captivant du début à la fin.

La trilogie Coffin Joe a été mise en vente par la brillante compagnie Fantoma il y quelques années, dans un magnifique coffret DVD en forme de cercueil. Cette collection est présentement discontinuée mais n’ayez crainte, avec la sortie de Embodiment Of Evil, le plus récent effort de José Mojica Marins, qui reprend sa cape et son chapeau 45 ans après At Midnight I’ll Take Your Soul, les intéressés pourront assurément compter sur une nouvelle édition. Embodiment Of Evil sera présenté durant l'édition 2009 du Festival Fantasia à Montréal. Une chance en or de s’initier au travail du maître de l’horreur Brésilien qui n’est que trop méconnu de notre côté du continent.

  • Robert Parent

  • • À Meia-Noite Levarei Sua Alma (titre original/Brésil)
    • À Minuit Je Possederai Ton Âme (version française/France)

     

    • This Night I’ll Possess Your Corpse (1967)
    • Awakening Of The Beast (1970)
    • Embodiment Of Evil (2008)

     

    • Bloodsucking Freaks (1976)
    • Fando & Lis (1968)

     

     
     


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