BABY BLOOD

1990

RÉALISATION: Alain Robak
SCÉNARIO: Alain Robak et Serge Cuckier
AVEC: Emmanuelle Escourrou, François Frappier, Rémy Roubakha et Christian Sinniger

Yanka est une jeune femme séduisante. Elle fait partie d'une troupe de cirque et demeure dans une tente-roulotte avec un conjoint violent. Sur les lieux où se trouve la troupe, quelque chose d'étrange semble être sur le point de se produire. En effet, les animaux du cirque sont anormalement agités et on en ignore la cause. Durant la soirée, on retrouve un léopard mort éclaté dans sa cage. Peu de temps après alors que Yanka somnole, une créature pénètre littéralement à l'intérieur d'elle. Au réveil, elle réalise qu'elle développe subitement une grossesse. Elle se sauve de son conjoint et s'isole dans un bloc appartement. Tout à coup, elle entend une voix intérieure lui parler. Cette voix est celle de son bébé ! Un bébé qui a soif de sang !

Les films où femmes séductrices se servent de leurs charmes pour attirer les hommes et ensuite les tuer ne sont pas rares (Species, Rabid). On connaît la chanson; les hommes, même s'ils s'efforcent, ne peuvent résister à la tentation et finissent par payer le prix de leur nature. Néanmoins, j'étais intrigué de savoir ce que les Français pouvaient bien nous réserver en cette matière avec Baby Blood. Heureusement, ce film de Alain Robak se distingue des autres films du genre en traitant cette idée d'un angle peu exploré jusqu'à maintenant.

L'idée du bébé communiquant avec sa mère occupe une place centrale dans le film. Elle est exploitée de façon très originale et rend le film intéressant à elle seule. Les dialogues du bébé avec sa mère surprennent par leur caractère absurde. Ils sont malgré tout étrangement pertinents. Le bébé adopte plusieurs rôles et va même jusqu'à s'improviser en psychologue pour Yanka. J'ai ri lors de plusieurs répliques du bébé. Elles sont crues et sa voix assez singulière participe à donner un ton comique à ses interventions. D'ailleurs, une des qualités premières de Baby Blood est qu'à défaut d'être très horrifique, il a tout pour divertir. Les personnages des hommes sont tous aussi cons les uns que les autres ce qui rend la quête de Yanka d'autant plus légitime à nos yeux. En tant que spectateur, on espère toujours qu'elle les tuera sadiquement.

L'actrice principale porte le film sur ses épaules et son jeu est brillant. Elle sait rendre efficacement son état de contrariété par rapport aux demandes sanguinaires du bébé. Du début à la fin du film, sa personnalité se modifie de manière fort crédible. Le film contient ses moments gores. Lorsque le bébé harcèle Yanka pour qu'elle tue des hommes, elle ne peut pas refuser puisqu'il a le pouvoir de lui faire mal physiquement. À plusieurs reprises, elle doit séduire un homme pour ensuite boire son sang. Malgré que certains meurtres m'aient laissé indifférent, d'autres m'ont agréablement étonné. Je vous dirais que Baby Blood est tout de même gore si on le compare à d'autres films du genre. Un autre point intéressant du film est qu'il parvient à instaurer un suspense relativement efficace par rapport à son dénouement final. Plus le film avançait, plus j'avais hâte de voir le bébé sous son vrai jour. Pour ajouter à ces qualités, la réalisation dans Baby Blood est très acceptable. Sans innover, Alain Robak nous offre néanmoins une réalisation plutôt solide.

Malgré sa forte capacité à divertir, Baby Blood possède toutefois ses moins bons côtés. En voulant faire rire et en ne misant que peu sur l'aspect horrifique et dramatique, le film s'avère très léger dans son ensemble. J'aurais aussi aimé un peu plus de diversité et d'obstacles dans le déroulement du récit. Le tout est assez prévisible et il n'y a aucun revirement important. Un peu plus de gore n'aurait pas été de refus non plus. L'effet de surprise lorsqu'on découvre l'identité du bébé est réussi et l'attente vaut le coup. Par contre, j'aurais espéré une présence beaucoup moins brève du bébé "en chair et en os". Selon moi, quelques minutes de plus en sa présence auraient suffi pour que le film finisse sur une note élevée.

En abordant Baby Blood d'une certaine perspective, on peut y voir une réflexion sur la grossesse et l'enfantement. Durant mon visionnement, plusieurs questions me sont venues en tête par rapport à ce sujet. De plus, le film a une forte tendance féministe. En effet, si on analyse un peu le film, on réalise qu'il nous présente une vision très pessimiste des hommes. Ils sont tous ignobles et considèrent Yanka comme un objet. En tuant ainsi tous les hommes, Yanka se venge de sa condition féminine. Malgré qu'au départ sa grossesse semble être un fardeau pour elle, elle lui trouve une utilité et finit presque par se complaire de son état. Même si ces thèmes sont abordés de façon grossière, ils apportent pourtant une touche spéciale à Baby Blood.

Anchor Bay nous offre Baby Blood en DVD dans sa version intégrale. Une version française ainsi qu'une version anglaise sous-titrée sont disponibles. Comme supplément, seule une bande-annonce est incluse. Malgré que cette édition soit peu fournie en supplément, on peut avant tout se compter chanceux qu'Anchor Bay ajoute un film français à sa collection. Malgré que Baby Blood ne soit pas un film si marquant au final, il réussit cependant à mélanger de façon efficace la comédie et l'horreur. Un film fort sympathique.

  • Maxime Duguay

  • The Evil Within (titre anglais/USA)

    Lady Blood (2008)

    The Brood (1979)
    Rosemary's Baby (1968)

     
     


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