| |
BAD BIOLOGY
2008
RÉALISATION: Frank Henenlotter
SCÉNARIO: Frank Henenlotter et R.A. Thorburn
AVEC: Charlee Danielson, Anthony Sneed, Mark Wilson, Staff Sgt. John A. Thorburn et Tom Kohut
Il n’y pas meilleure façon de résumer Bad Biology que d’affirmer que c’est un film de Frank Henenlotter! Même si sa filmographie est plutôt mince, Henenlotter s’est bâti une solide réputation de cinéaste indépendant avec Basket Case, Brain Damage et Frankenhooker. Bad Biology concorde à merveille dans le style du cinéaste si ce n’est que son synopsis, en plus d’être unique, fait sourciller! Un film d’Henenlotter ne serait pas un film d’Henenlotter si la description du résumé ne procurait pas un gros « Hein? » bien senti!
Et le voici le fameux résumé du film! Jennifer est insatisfaite sentimentalement et sexuellement. Elle est née avec une malformation du système reproducteur. Elle a donc sept clitoris et peut procréer en quelques heures seulement, accouchant de bébés difformes et mutants!! Ses orgasmes sont incontrôlables, ce qui résulte plus souvent qu’autrement à la mort violente de ses partenaires. Batz, lui, a un pénis si gros et déformé, qu’il n’ose pas courtiser aucune femme, de peur de les effrayer ou pire, de les tuer avec son membre qu’il ne contrôle pas. Jennifer et Batz vivent une solitude qui les ronge à petit feu. Jusqu’à l’inévitable rencontre entre les deux…
D’emblée, Henenlotter place habilement le spectateur dans une zone d’inconfort en nous propulsant dans le quotidien malsain de Jennifer. Après une baise d’un soir, elle abandonne le cadavre frais de son partenaire et le bébé en pleurs né de cette rencontre! Ouch! Puis dans un des nombreux changements de style, le cinéaste brise le quatrième mur en adressant, via son personnage, les réactions probables du spectateur. Le ton est donné. Malgré l’absurdité de son scénario, Bad Biology réussit à créer une histoire qui se tient et un personnage principal bien développé et très charismatique. L’actrice Charlee Danielson, dont c’est le seul rôle à venir jusqu’ici, est incroyable. Elle incarne brillamment une femme dont l’épanouissement n’est retenu que par son étrange handicap.
Malgré son synopsis complètement fou, Bad Biology est assez restreint et est bien loin du film pornographique qu’on pourrait imaginer. Étonnement, la sexualité et la nudité sont traités avec bon goût. L’embauche de Danielson aide beaucoup sur ce point, puisqu’il aurait été facile pour Henenlotter d’engager une pornstar vulgaire et siliconée (il ne s'est pas empêché par contre de le faire pour certains rôles secondaires)! Initialement, les différentes facettes du scénario servent plus à illustrer la vision de la sexualité moderne selon l’auteur que de créer un film d’exploitation. Sur ce point, le premier tiers du film vise dans le mille.
Malgré son sujet bien maîtrisé et une bonne réflexion sur les moeurs sexuelles de notre société, Bad Biology aurait pu être beaucoup plus provocateur et arrogant dans ses propos. Le scénario se contente simplement de surfer sur l’émoi que provoquent ses prémisses. Et une fois les deux personnages principaux introduits le tracé narratif est évident. Bad Biology prend alors beaucoup trop de temps à arriver à ses fins. Nous savons que les deux « malformés sexuellement » vont se rencontrer. Henenlotter veut à tout prix repousser le moment, créer l’anticipation, mais pour y arriver, il n'a rien de mieux à offrir que du remplissage et une panoplie de personnages mal développés et joués par des amateurs. On se croirait presque dans un des premiers films de Kevin Smith, qui donnait des rôles à ses amis, cousins ou parents, le charme en moins!
Le dernier segment du film, dans lequel nous assistons à « l’évasion » du pénis mutant qui baise tout ce qui bouge, aurait pu devenir un moment culte dans un film signé Troma. Malgré quelques gags réussis (le pénis défonce des portes et des planchers), l’approche ne concorde pas avec le ton du film, ni son propos d’ailleurs. Vu comme un simple film d'exploitation, Bad Biology fonctionne bien. Mais c'est une oeuvre plus intelligente qu'elle en a l'air et il est dommage qu'elle se cache derrière une certaine facilité de peur de réellement éclore.
Les fans d'Henenlotter seront certes réjouis du retour du réalisateur après plus de 17 ans. Et il serait étonnant qu'il repousse ce nouveau film du revers de la main, puisqu'il concorde avec la filmographie du cinéaste. Il est quand même dommage qu'après une si longue absence, le réalisateur n'en ait pas plus que ça à raconter! Néanmoins, Bad Biology est une bonne curiosité, à voir en programme double avec Frankenhooker.



• Sex Addict (version française/France)


• Frankenhooker (1990)
• One-Eyed Monster (2009)
| |
|