Bereavement

BEREAVEMENT

2010

RÉALISATION: Stevan Mena
SCÉNARIO: Stevan Mena
AVEC: Alexandra Daddario, Brett Rickaby, Spencer List, Michal Biehn et John Savage

En 2004, avec un budget avoisinant les 200 000$, Stevan Mena allait réaliser son premier long métrage, un slasher du nom de Malevolence. Bien que répudiée à l’époque par notre rédacteur-en-chef Dany Champagne, cette lettre d’amour au classique sous-genre susmentionné allait gagner des appuis chez les amateurs, sortant même victorieux de quelques festivals de cinéma comme le New York City Horror Film Festival. Personnellement, je n’ai même pas vu le film et serai donc incapable de me prononcer efficacement sur son cas. Vous pouvez dès à présent constater le niveau de mon dévouement pour ce site! Je critique le prequel d’un film que je n’ai même pas regardé! Mes trois détracteurs connus (qui figurent tous parmi mes contacts sur MSN, cherchez l’erreur) vont avoir raison d’être en furie contre moi! Nul doute, cependant, que Bereavement procure l’envie de laisser sa chance à Malevolence.

Le petit Martin Bristol est un enfant de 6 ans souffrant d’une maladie qui empêche son cerveau de capter la sensation de douleur et qui le met donc à risque de subir une blessure mortelle sans même le réaliser (je crois que Stevan Mena a comme pratiquement tout le monde lu Millenium de Stieg Larsson, mais bon). Ses parents lui prêtent ainsi une attention particulière, jusqu’au jour où il sera enlevé par un mystérieux psychopathe qui a décidé de faire lui une sorte d’apprenti. Le gros de l’histoire se déroule cinq ans après, alors que le maître de Martin tente tant bien que mal de l’initier à sa folie. Vivant dans un abattoir désaffecté où il conserve le cadavre de son père en plus de confondre les jeunes filles qu’il massacre aux vaches qu’il devait jadis exécuter, notre maniaque est désarçonné par l’impassibilité du garçon et sa tendance à aider chacune des victimes que l’homme suspend à ses crochets à viande. Néanmoins, leur statu quo prendra bientôt fin alors qu’emménage dans une famille près de là Allison, une adolescente qui a perdu ses parents...

Question d’avoir l’air un minimum cultivé lorsque viendrait le temps de rédiger ce texte, j’ai jeté un œil aux bandes-annonces de Malevolence ainsi que du second long de Stevan Mena, Brutal Massacre. Dans les deux cas, on parle de films qui semblent très fauchés et peu intéressants en termes d’esthétique comme de contenu. En cela, Bereavement s’impose comme un retournement de situation total pour la filmographie du réalisateur ainsi qu’un témoin de l’avenir brillant qui lui est peut-être réservé!

En effet, l’esthétique du film apparaît définitivement plus travaillée que ce que faisait Mena auparavant. La photographie de Bereavement est très intéressante, tout comme sa réalisation! Par son ambiance, le film apparaît comme un hommage de plus à l’un des classiques les plus acclamés du genre, The Texas Chain Saw Massacre. Mais pas n’importe quel hommage! Car Dieu seul sait qu’il y a beaucoup de films qui tentèrent de s’inspirer grossièrement de TCM, et pas toujours avec réussite. Toutefois, rarement on aura vu quelque chose d’aussi convaincant dans le registre depuis le film de Tobe Hooper en 1974. L’abattoir, les références à la viande, la campagne perdue… Rappelant aussi à ses heures le nouveau classique Haute Tension, Bereavement est assez sanglant et parvient surtout à susciter des émotions parce qu’il ne fait définitivement pas de quartier.

De plus, le scénario possède une certaine profondeur. Sa fonction de prequel fait qu’au final, peu seront épargnés! Bereavement, bien qu’il rend quelques hommages au slasher, ne tient finalement pas vraiment de ce courant. L’idée de ce tueur qui éduque son successeur est intéressante et parvient à donner plus de densité à une histoire qui, autrement, se distinguerait seulement des autres parce que bien filmée et mise en scène. Le film parvient même à induire une certaine nostalgie. Dans les rôles principaux, Michael Biehn (Terminator, Aliens, Grindhouse) se démarque particulièrement. Cet acteur compte parmi ceux qui auraient du avoir une destinée plus glorieuse que ce qui en aura finalement été! J’espère le revoir régulièrement dans les prochaines années. Dans des rôles diamétralement opposés, les jeunes jumeaux Peyton et Spencer List s’illustrent tous les deux avec des interprétations convaincantes.

Le gros problème de Bereavement, en contrepartie, c’est de se complaire dans certains clichés désagréables. En fait, les deux éléments qui m’ont le plus agacé sont les deux personnages qui disposent du plus de temps d’écran. La jeune Allison, interprétée par Alexandra Daddario, est décidément un personnage peu pertinent. Elle ne représente pas l’adolescence, mais bien le fantasme de ce qu’est l’adolescence! En plus de manquer terriblement de crédibilité, le scénario lui donne des scènes et un background qui approchent dangereusement son caractère de celui de Bella Swan, héroïne de la saga Twilight. Qui de plus est, l’actrice sélectionnée est d’ailleurs un très mauvais choix. Daddario n’a rien fait de mal et sa poitrine photogénique aura même impressionné certains de mes collègues de ce site, mais elle a 25 ans et jamais elle n’arrivera à convaincre qu’elle n’en a que 17 dans ce film. C’est à mon avis un défaut récurrent à plusieurs productions du même genre, mais il est particulièrement probant ici. De plus, le tueur principal incarné par Brett Rickaby dilue dès qu’il est dévoilé toute l’aura de mystère et de terreur du film. Il ne fait pas peur, il n’inspire pas la crainte, c’est seulement un malade mental tristounet qui aurait besoin d’une bonne dose de calmants en suppositoire! Ceux qui connaissent Malevolence savent bien que cet homme n’est là que pour préparer l’avènement du jeune Martin, mais j’ai vraiment été déçu par son personnage.

Au final, je recommande Bereavement sans y avoir retrouvé tout ce que je cherchais. C’est un film bien écrit et bien filmé, mais les deux personnages principaux sont abominables et il m’a réellement été difficile d’en faire abstraction. Dans tous les cas, les amateurs des styles crasseux de TCM 74 ou encore du cinéaste Rob Zombie devraient réellement jeter un œil à ce film indépendant mené avec plus d'aplomb que plusieurs de ses confrères des Majors hollywoodiennes.

  • Marc-Antoine Labonté

  • Malevolence (2004)

     

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