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BITTER FEAST
2010
RÉALISATION: Joe Maggio
SCÉNARIO: Joe Maggio
AVEC: James LeGros, Joshua Leonard, Amy Seimetz, Larry Fessenden et Megan Hilty
L’horreur culinaire - c’était presque prévisible. Avec la popularité sans cesse grandissante des émissions de cuisine à la télé, la bouffe a la cote. L’horreur aussi. Ce n’était qu’une question de temps avant que quelqu’un tente d’en tirer profit. La naissance du "gastric-horror"? Ou du "kitchensploitation"? J’en doute.
Peter Grey (James LeGros) est un chef réputé qui gagne sa vie à la barre d’une émission culinaire sur le déclin nommée "The Feast". Trop prétentieux et entêté, il est incapable de travailler en équipe ou de modifier son contenu afin d’améliorer l’émission. Quand le critique culinaire branché JT Franks (Joshua Leonard) publie une critique désastreuse de "The Feast", c’est le début de la fin pour Peter Grey. L’émission est presque aussitôt retirée des ondes et le chef se voit contraint de quitter sa cuisine sans préavis.
Par le billet de flashbacks de son enfance, on comprend que Grey ne l’a pas eu facile, et que sa santé mentale pourrait en être sérieusement affectée. Comme il associe sa chute professionnelle à la critique du blogueur JT Franks, il décide de le kidnapper et de lui faire subir toutes sortes de tortures et de défis culinaires insensés pour se venger. Malheureusement pour le chef, Franks est complètement désillusionné depuis le décès de son jeune enfant, et ne se soucis gère de mourir. Le chef doit alors faire preuve d’imagination afin de venger la mauvaise critique qui a ruiné sa carrière.
Tout le monde est sensible à la critique, à un certain degré. Je peux comprendre la haine que peut engendrer une mauvaise critique par un blogueur influent, cependant, ça sonne comme un concept bien mince pour un film d’horreur. Lors d’une brève entrevue accordée pour les suppléments du DVD, le grand chef cuisinier Mario Batali (figure importante du Food Network, qui interprète aussi un petit rôle dans Bitter Feast) affirme que cette idée lui a beaucoup plu, et que ce film s’imposera comme un film culte au sein des cuisiniers renommés de ce monde. Peut-être est-ce ma distance avec le métier, mais d’un point de vue cinéphile, il n’y a rien de mémorable dans ce plat fade qu’est Bitter Feast.
Contrairement aux nombreux films de qualité qui traitent de kidnapping/torture (Calvaire, Martyrs, The Loved Ones, Wolf Creek…), la seule chose qui diffère un peu ici, c’est la relation bourreaux/victime qu’entretiennent les deux protagonistes. James LeGros est un acteur qui n’a plus besoin de faire ses preuves, et il incarne brillement le chef Grey, un genre de Christian Bégin qui sombre dans la folie (enfin, plus qu’à l’habitude). Le rapport avec sa victime est relativement inspiré, donnant place à certains échanges inusités. Les premières 20 minutes sont même prometteuses, alors qu’on nous présente les deux personnages dans leurs vies respectives, mais dans la minute qui suit l’enlèvement, l’intérêt se dissipe progressivement, jusqu’à complètement s’effacer.
Le problème, c’est qu’en plus de se foutre du sort du critique culinaire, on se fout des défis auxquels il fait face, qui sont plus ridicules les uns que les autres. Le chef Grey fait la lecture de certaines critiques dans lesquelles Franks accuse différents chefs de ne pas savoir cuire un œuf tourné ou un steak à point, et le challenge ensuite d’effectuer des cuissons parfaites même s’il est enchaîné, sinon quoi il ne mangera pas. Big deal. Le chef Grey fait preuve d’un brin de folie, mais n’arrive jamais à nous surprendre, ou au moins, à nous dégoûter.
Rien de nouveau au menu donc, sauf peut-être le fait que cette fois-ci, il s’agit de la revanche d’un chef cuisinier envers un critique culinaire. On ne parle cependant pas d’une perte de temps totale : La production est soignée, les comédiens oscillent de bons à très bons, certains échanges sont amusants, mais c’est tout. Le réalisateur Joe Maggio peut être fier de ce qu’il a accompli, mais doit être conscient qu’il n’a rien de bien frais à nous offrir. J’ai dû combattre l’envie de détourner l’attention à plusieurs reprises, ce qui en effet, rend le mélange un peu surette.



• Martyrs (2008)
• The Loved Ones (2009)
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