BLACK CHRISTMAS

1974

RÉALISATION: Bob Clark
SCÉNARIO: Roy Moore
AVEC: Olivia Hussey, Keir Dullea, John Saxon, Margot Kidder et Andrea Martin

Popularisé à la fin des années 70, le slasher est rapidement devenu un des sous-genres les plus importants de l’horreur ! Malgré que tout le crédit de l’émergence du genre revienne à Halloween, Black Christmas a exploité les règles traditionnelles du slasher contemporain en premier. En fait, ce film canadien, réalisé par Bob Clark (Porky’s!... mais aussi Deathdream), fut le tremplin entre le giallo et ce qu’allait devenir le slasher américain.

Pendant la période de Noël, une bande d'étudiantes habitant dans une confrérie sont la cible d'un dérangé qui leur fait des appels obscènes. Lorsqu'une d'entre elles est portée disparue, l'appeleur mystère est suspecté d'être dans le coup. Puis, les appels deviennent de plus en plus personnels. Il semble alors évident que le tueur est quelqu'un dans l'entourage des étudiantes. Pendant que les policiers essaient de résoudre l'énigme, les cadavres se multiplient. Nous n'avons définitivement pas à faire au film de Noël It's A Wonderful Life!

Sans rien enlever à Halloween (qui lui est légèrement supérieur), il est dommage de constater le sort réservé à Black Christmas. Véritable œuvre pionnière du genre, le film de Bob Clark s’est bâti une solide réputation critique sans jamais prendre la place qui lui était dûe dans le coeur des amateurs du genre. Pourtant, Black Christmas est bien plus que le «grand oncle» du slasher. C’est un exercice de suspense extrêmement bien construit et un film d’horreur exceptionnel! Il est d’ailleurs dommage que les slashers subséquents n’aient qu’emprunté les conventions du genre et non la subtilité de la réalisation de Clark!!

Black Christmas débute avec un plan nous montrant le point de vue du tueur s'approchant d'une maison. Si ce n'était pas de la neige à l'extérieur, on pourrait facilement confondre ce film avec Halloween ! Ce qui différencie Black Christmas des autres slashers, c'est qu'il utilise les règles intelligemment et qu'il mise sur le suspense au lieu du gore. Les appels que le tueur place tout au long du film donnent la chair de poule tant ils sont morbides! Pourtant, on n'a pas à faire à un monstre ou un fantôme, mais seulement à des appels téléphoniques! Clark réussit habilement à ne jamais montrer son tueur, si ce n’est qu’un bref plan de son œil. Pourtant, Billy (c’est le nom qu’il se donne au téléphone) est un des vilains les plus intéressants du cinéma d’horreur. En entendant seulement ses appels, on peut se faire une bonne idée de l'état mental de celui-ci et, croyez-moi, c'est beaucoup plus effrayant que la plupart des tueurs masqués.

Bob Clark signe une réalisation hors pair. Le cinéaste a le soucis de la répartie et bâtit ses plans en fonction d’une montée graduelle de la tension. L’atmosphère oppressante aide énormément à bâtir un suspense psychologique rarement égalé dans un slasher. De façon à installer un sentiment d’inconfort, Clark alterne constamment entre le prospect d’un Noël joyeux et le côté macabre de la situation réelle. La fête de Noël n’est jamais vulgarisée, mais sert de contraste aux horreurs du film. De plus, l’excellente musique de Carl Zittrer mélangée à des chants de Noël donne un résultat particulier. Un des éléments clés à la réussite du film est sa finale qui regorge d’ambiguïté! Tant le scénariste que le réalisateur ne donnent rien pour acquis. Le dernier plan de Black Christmas refuse toute explication, pour laisser le spectateur dans le néant. Génial!

Pour ce qui est des victimes potentielles, on retrouve un groupe de personnages féminins attachants et bien développés. Bien que certaines n'apparaissent pas souvent, le scénariste Roy Moore a quand même réussi à donner une personnalité propre à chacune. De plus, Moore se permet d’introduire le sujet controversé de l’avortement par l’entremise de son héroïne Jessica. À mesure que l’intrigue progresse, le sujet devient de plus en plus central, ce qui ne fait que confirmer la nature audacieuse de l’œuvre (qui est sortie il y a plus de 30 ans!). Dans le rôle de Jessica, Olivia Hussey (Psycho 4) trace en quelque sorte le portrait de l’héroïne finale, si chère au slasher! L’actrice d’Argentine offre une excellente prestation et obtient définitivement mon vote pour son intronisation au Panthéon de la « final girl » !! La canadienne Margot Kidder (The Amityville Horror) est, quant à elle, désopilante dans le rôle de l’étudiante à la grande gueule.

Après quelques éditions DVD décevantes, Anchor Bay et Critical Mass mettent sur le marché une édition spéciale qui se veut définitive. Le film est aussi disponible sur Blu-Ray avec un transfert quelque peu décevant, malgré que le film n'ait jamais été aussi bien présenté. Parmis les suppléments, on retrouve plusieurs entrevues, des scènes alternatives et des bandes-annonces.

Véritable chef-d’œuvre de l’horreur, Black Christmas mérite d’être élevé au rang des Halloween, Friday The 13th et compagnie. Sa popularité plus obscure ne témoigne vraiment pas de l’exceptionnelle réussite de ce film! À regarder juste avant de déballer vos cadeaux … et pendant … et après … et encore après… Joyeux Noël!

  • Dany Champagne

  • • Noël Tragique (version française)
    • Silent Night, Bloody Night (titre alternatif/USA)

     

    Black Christmas (2006)

     

    Halloween (1978)
    When A Stranger Calls (1979)

     

     
     


    Horreur Web © 2003-2008
    Création/rédaction: Dany Champagne • Graphisme: Daniel Bérard