BLACK DEATH

2010

RÉALISATION: Christopher Smith SCÉNARIO: Dario Poloni
AVEC: Sean Bean, Eddie Redmayne, Carice van Houten, Andy Nyman et David Warner

J’entretiens une drôle de relation avec le réalisateur anglais Christopher Smith. Certes, j’ai beaucoup de respect pour lui. Néanmoins, j’attends encore qu’il me livre un projet incontournable. Smith a montré une très grande versatilité dans les sujets des films d’horreur qu’il a réalisés jusqu’ici, ce qui est tout à son honneur. Malgré tout, entre le très moyen Creep, le sympathique Severance et un Triangle sur lequel je cogite encore, je cherche toujours chaussure à mon pied. Black Death, le quatrième long métrage de ce réalisateur qui incarne malgré tout un intéressant avenir pour notre genre favori, aura-t-il su me charmer autant que je l’aurais désiré?

1348. Nous sommes dans l’Angleterre du XIVe siècle, une lande décimée par les ravages de la Peste Noire et de la Guerre de Cent Ans (qui n’en était alors qu’à l’apéritif). À l’époque, cette effroyable maladie qu’est la peste aura emporté dans la tombe près de la moitié de la population européenne. La religion catholique, dont l’emprise sur les populations était jadis gigantesque, a trouvé des responsables pour cette hécatombe en la personne de nombreuses sorcières qui seront sacrifiées sur l’autel par de pieux « chevaliers de Dieu ». Dans Black Death, une cohorte de ces soldats désire se rendre dans un village qui serait épargné par la peste étant donné certains rituels païens, bien entendu prohibés par l’Église. Ils seront guidés jusque là par Osmund, un jeune moine qui souhaite lui-même quitter son statut de serviteur divin pour consommer librement l’amour qu’il éprouve à l’égard d’une femme. Seulement voilà, leur quête dans cette communauté d’apparence paisible qui a clairement rejeté le Seigneur pour une nécromancienne aux pouvoirs surprenants va mettre à très rude épreuve la foi de tout le monde, ainsi que leur santé physique…

En général, lorsqu’un film emploie un quelconque contexte historique pour situer son action, il marque déjà quelques points préalables dans mon cœur d’historien. C’est le cas de Black Death, qui se situe à une époque parfaite pour mettre en scène un film d’horreur. En fait, l’Angleterre pestiférée est un film d’horreur en soi. Dès l’introduction, nous sommes immergés avec force dans l’ambiance poisseuse et crasse de cette contrée ravagée par la maladie. Rien ne nous est épargné : des bubons noirâtres aux cadavres à l’aspect grotesque, en passant par ces fameux médecins aux masques d’oiseaux… Avant même de savoir de quoi le scénario de Black Death retourne réellement, le malaise est déjà bien instauré. Christopher Smith a d’ailleurs misé sur des valeurs sûres et habituées à ce genre d’environnements pour ses rôles principaux, sélectionnant un Sean Bean qui ressemble comme deux gouttes d’eau au Boromir qu’il a incarné chez Peter Jackson ainsi qu’Eddie Redmayne, un jeune homme qui a fait ses armes dans de nombreux projets médiévaux tels Elizabeth, The Other Boleyn Girl et surtout The Pillars of Earth.

L’ambiance très glauque de Black Death va d’ailleurs en se densifiant avec l’évolution du projet, présentant la torture de pauvres « sorcières », l’enrayement des pestiférés, certains affrontements très sanglants en plus d’un marécage plus qu’inquiétant… De ce côté-là, le film ne peut clairement pas être critiqué. Le grand segment du métrage passé dans le village est d’ailleurs particulièrement tendu et bizarre, en plus de culminer sur certaines séances de torture assez violentes merci! La caméra de Smith sursaute (l’homme a favorisé un tournage « à l’épaule »), le spectateur n’est décidemment jamais tranquille. Le réalisateur a aussi employé des effets gores classiques, procurant un rendu appréciable. Il est avantageux que le film se déroule dans un petit village isolé au cœur d’une forêt brumeuse, cela vient encore renforcir une ambiance qui était déjà sublime.

Là où Black Death frappe aussi dans le mille, c’est avec son analyse de la religion, qui est en fait le cœur du scénario. Un peu comme dans le film The Devils de Ken Russell, qui est sûrement l’une des (nombreuses !) influences du projet, la thématique théologique est définitivement au premier plan du film de Smith. Jusqu’à la toute fin, les croyances catholiques sont décortiquées dans leur pertinence comme leurs impacts. Le film prend place à une époque très superstitieuse et il est drôle de voir à quel point la manière dont le réalisateur a mis en place son histoire influence les perceptions du spectateur lui-même, qui se retrouve contaminé et parfois même trahi par cette atmosphère de paranoïa chrétienne. Les dernières minutes sont géniales.

Pourtant, je n’ai pas été pleinement satisfait par le film. Il manquait quelque chose à la recette pour la faire tenir debout toute seule, pour cimenter le projet. Black Death est un film qui se suit plutôt bien du début à la fin, mais qui ne transcende rien. Peut-être cela est-il causé par le fait que, justement, il passe après des classiques tels The Seventh Seal, The Wicker Man ou encore The Devils? Les acteurs principaux du film sont légèrement désappointant (à l’exception de Carice van Houten, que j’ai adorée), le groupe de guerriers principaux est assez générique dans les rôles comme les interactions et le dernier tiers du projet tient souvent trop du survival basique…

Chose sûre, c’est un bon film qui vaut la peine d’être visionné au moins une fois. Black Death est un projet réfléchi et possède une ambiance remarquable. De plus, pour les amateurs, les films d’horreur médiévaux ne font pas légion! Celui-ci en vaut le détour. Je n’ai pas vu Season of the Witch, le récent film de Dominic Sena qui aborde une thématique semblable, mais je ne doute même pas que le sujet de cette critique doive lui être dix fois supérieur. De mon côté, je vais continuer à attendre que Christopher Smith me procure un projet renversant! Dans l’intervalle, le réalisateur réussit au moins à me divertir avec une belle régularité, en plus d’adapter des scénarios qui m’ont souvent prêté à réfléchir.

  • Marc-Antoine Labonté

  • • The Seventh Seal (1957) )
    The Wicker Man (1973)

     

     
     


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