BLACK SABBATH

1963

RÉALISATION: Mario Bava
SCÉNARIO: Mario Bava, Alberto Bevilacqua et Marcello Fondato
AVEC: Boris Karloff, Michèle Mercier, Mark Damon, Susy Andersen et Jacqueline Pierreux

Bien avant que le studio Amicus en fasse un genre d'envergure, le réalisateur Mario Bava a choisi la route de l'anthologie, question de balancer une plus grande dose de contes macabres au visage de son public! Présentées par Boris Karloff (qui interprète aussi le rôle d'un vampire dans la seconde histoire), les trois histoires de Black Sabbath n'ont rien en commun, ni fil conducteur, si ce n'est que leur visuel recherché et leur excellente réalisation.

Le premier segment, The Telephone est un mélange entre le thriller hitchcockien et ce qu'allait devenir le giallo. Une femme reçoit des appels d'un homme qui lui promet de la tuer. Persuadée que le coupable est son ancien copain qu'elle a fait incarcérer, elle appelle une amante pour lui venir en aide. Entièrement tourné dans l'appartement de la victime, The Telephone se prête parfaitement au concept de l'anthologie. L'histoire va droit au but et ne se perd pas dans les détails. Rappelant When A Stranger Calls, The Telephone a la distinction de se terminer après 30 minutes, au lieu de laisser son récit s'essouffler. Teinté d'une tension sexuelle et de revirements excentriques, The Telephone continu de tracer les règles du giallo déjà établies par Bava avec The Girl Who Knew Too Much. Il est certain que cette partie n'est pas la plus palpitante de Black Sabbath, mais c'est un bon apéritif aux chapitres suivants.

The Wurdalak tant qu'à lui, pourrait bien être une des meilleures histoires de vampires jamais tournées! De quoi rendre jaloux le studio Hammer! Un père d'une famille est parti chasser un redoutable vampire qui sème la terreur depuis trop longtemps. S'il n'est pas revenu dans cinq jours à minuit, il a donné l'ordre de ne pas le laisser entrer dans la maison puisqu'il sera probablement un vampire. Quelques minutes après l'ultimatum, le vieil homme cogne à la porte et sa famille le laisse entrer... Atmosphérique à souhait, The Wurdalak fait visuellement penser à ce à quoi aurait ressembler Black Sunday, le premier film de Bava, s'il avait été tourné en couleur. Bien qu'elle soit prévisible, l'histoire est passionnante et si bien mise en scène que la perspective de quitter l'écran des yeux est impossible. Le seul défaut de ce segment est qu'il est si bon et riche en développement qu'il aurait été préférable de lui accorder un long-métrage entier.

Finalement, The Drop Of Water est une histoire de fantômes dans laquelle une infirmière est hantée par une patiente décédée à qui elle a volé une bague. Encore une fois très atmosphérique, ce segment est efficace en raison d'un jeu subtil de lumières et d'ombrages. Bava s'amuse allégrement à mélanger les éclairages colorés pour donner un visuel particulier, qui allait rapidement devenir sa marque de commerce. Le réalisateur Dario Argento s'en est visiblement inspiré et j'irais même jusqu'à qualifier The Drop Of Water de l'ancêtre de Suspiria et plus particulièrement Inferno. Le fantôme de la patiente est aussi particulièrement effrayant avec son visage un peu trop expressif! Il est certain que l'histoire manque d'exposition, mais en tant qu'exercice visuel, The Drop Of Water est un incontournable.

En raison du succès de Black Sunday à travers le Monde, Bava a bénéficié de la présence d'acteurs de renoms. Le principal est bien entendu Boris Karloff (Frankenstein) qui en plus d'agir d'hôte au film, interprète le père de famille devenu vampire dans The Wurdalak. Karloff donne vie à un des moments les plus classiques de sa carrière lorsqu'à la fin du film, la caméra d'éloigne de lui révélant le décor, les techniciens et le faux cheval sur lequel il galopait! Michèle Mercier (la saga Angelique), Mark Damon (The Fall Of The House Of Usher) et Jacqueline Pierreux sont aussi de la partie.

Black Sabbath est distribué par Anchor Bay. Le film fait partie du coffret "Bava volume 1" qui comprend aussi Black Sunday, The Girl Who Knew Too Much, Knives Of The Avengers et Kill Baby...Kill. Parmi les suppléments du DVD on retrouve une piste de commentaires avec le biographe Tim Lucas, une entrevue avec Mark Damon, des bandes-annonces et une galerie de photos.

Un fil conducteur entre chaque histoire aurait certainement élevé la qualité du film en tant qu'ensemble, mais malgré tout, Black Sabbath est un premier de classe! Rares sont les anthologies aussi fascinantes et réussies que Black Sabbath. Bava nous livre une triple dose de son talent. Il faudrait être idiot de ne pas s'y laisser tenter!

  • Dany Champagne

  • I Tre Volti Della Paura (version original/Italie)
  • Les Trois Visages De La Peur (version française)
  • The Three Faces Of Fear (titre alternatif/USA)

  • Black Sunday (1960)
  • The Girl Who Knew Too Much (1963)

    Venez discuter de Black Sabbath sur le forum.