A BLADE IN THE DARK

1983

RÉALISATION: Lamberto Bava
SCÉNARIO: Dardano Sacchetti et Elisa Briganti
AVEC: Andrea Occhipinti, Anny Papa, Fabiola Toledo, Michele Soavi et Valeria Cavalli

A Blade in the Dark est le deuxième long métrage de Lamberto Bava ainsi que son premier giallo, sous-genre qu’il revisitera plus tard avec The Midnight Killer et l’ennuyant Delirium: Photo of Gioia. C’est d’abord le producteur Luciano Martino qui approche le scénariste Dardano Sacchetti (A Bay of Blood, The Beyond) pour lui demander d’écrire un giallo destiné à être diffusé au petit écran. Martino avance l’idée d’un film qui serait tourné autour d’un seul emplacement – une immense villa dont il a récemment fait l’acquisition – et qui présenterait un meurtre toutes les 25 minutes de façon à inciter le téléspectateur à revenir l’épisode suivant. Sacchetti ayant été impressionné par Macabre, premier film de Bava fils, il décide de contacter ce dernier pour lui proposer de réaliser le projet.

Bruno vient d’être engagé pour composer la trame sonore d’un nouveau film d’horreur. Il se loue une villa isolée pour favoriser son inspiration et sa concentration. Peu de temps après son arrivée, certains événements laissent présager qu’une présence malveillante rode autour de la villa. Des bruits étranges se font entendre, des objets sont déplacés durant son absence et la voisine qu’il vient tout juste de rencontrer ne donne étrangement plus aucun signe de vie. Bruno remarque enfin des taches de sang, ce qui l’amène à poursuivre son enquête plus loin. Est-ce le film d’horreur qui provoque des effets néfastes sur l’imagination du compositeur ou bien y aurait-il un véritable maniaque dans les environs ?

On ne peut aborder A Blade in the Dark sans considérer l’influence évidente de Tenebre (1982) de Dario Argento sur le film. Pour plusieurs raisons, le film de Bava semble être une espèce de variante ou un quasi-remake de l’ultime giallo du maître italien. Certes, le fait que Lamberto Bava et Michele Soavi travaillaient respectivement en tant qu’assistant-réalisateur et second assistant-réalisateur sur Tenebre l’année précédente n’est pas étranger au rapprochement entre les deux films. Dans A Blade in the Dark, les rôles sont désormais décalés d’un cran : Bava réalise et Soavi l’assiste. Pas tant étonnant donc qu’on retrouve dans ce giallo des bases esthétiques littéralement calquées sur Tenebre. De l’emplacement de tournage, en passant par les costumes, la photographie, jusqu’aux cadrages et aux mouvements de caméra, le pastiche saute aux yeux. Bava a su conserver pratiquement intact ce goût qu’a toujours affiché Argento pour l’hypercliché, pour ces femmes aux démarches provocatrices, pour ce bout de tissu qui attire le regard, pour ce détail qui rend l’atmosphère si instable. Plusieurs similarités s’observent également en ce qui concerne le scénario. Par exemple, comme c’était le cas avec Tenebre, l’essentiel du récit gravite autour d’une œuvre fictive (le film d’horreur pour lequel Bruno compose la musique) qui aura des répercussions dans la réalité.

Et si l’ensemble ne s’avère jamais aussi authentique et éblouissant que Tenebre, force est d’admettre que A Blade in the Dark n’est pas le sous-produit auquel on pourrait s’attendre. On sent que Bava est confiant dans ses choix de mise en scène et qu’il s’efforce à tirer le maximum de profit du peu de moyen qu’il détient. Le film nous plonge dans un climat d’incertitude et contient plusieurs scènes d’angoisse menées avec brio. A Blade in the Dark se veut aussi plutôt attrayant pour l’œil, si bien que l’on peut rester surpris d’apprendre qu’il ait d’abord été conçu pour la télé. La performance des acteurs est quant à elle satisfaisante par rapport à la norme italienne pour le genre.

À certains moments toutefois, A Blade in the Dark tend à se détacher légèrement de son modèle. Délaissant son aspect giallesque, le film s’aventure parfois vers le slasher ou le thriller d’angoisse façon Brian De Palma. La musique typique des années 80 composée par les frères De Angelis favorise d’ailleurs l’ancrage du film dans sa décennie. Mentionnons au passage que la chanson thème du « film dans le film » est efficace pour maintenir le ton jusqu’à fin. Les meurtres de A Blade in the Dark versent aussi dans une violence et un gore plus brutal, plus spectaculaire même, que la majorité des gialli classiques. Le film se range ainsi du côté des gialli/slashers dans la lignée de A Bay of Blood, The New York Ripper, Phenomena, Opera ou Stagefright. L’assassin de A Blade in the Dark manipule le couteau à lame rétractable sans merci. Le film présente plusieurs scènes de meurtre que Bava s’assure de rendre éprouvantes pour le spectateur.

Là où le bât blesse par contre, c’est sans contredit dans la tournure qu’emprunte le scénario au fil du temps. L’intégration progressive du revirement final est d’abord trop longue. Le film perd alors en tension et devient prévisible pour celui qui connaît la majorité des thrillers à succès. Pour sa part, l’idée du film d’horreur à l’intérieur même du film n’est que banalement exploitée. Cette intrigue secondaire devient inutilement lourde à suivre et son dénouement n’apporte rien qui justifie l’importance qu’on y accorde au sein du film. Pas nécessaire de souligner donc que A Blade in the Dark échoue a être le métafilm qu’était Tenebre. Avec sa durée d’une heure quarante minutes, le film aurait enfin gagné à être raccourci. Certaines scènes en milieu de parcours paraissent s’étirer et le récit semble avoir épuisé ses ressources longtemps avant la fin.

Malgré quelques faiblesses scénaristiques, A Blade in the Dark demeure un honnête divertissement qui procure d’agréables frissons. Lamberto Bava se tire très bien d’affaire considérant ses limites budgétaires et signe ici un de ses bons coups avec Demons. Un complément intéressant pour tous ceux qui auraient apprécié Tenebre et une valeur sûre pour les aficionados du clan Argento.

  • Maxime Duguay

  • La Casa con la scala nel buio (titre originale/Italie)
    • La Maison De La Terreur (version française)

     

    Deep Red (1975)
    • The New York Ripper (1982)

     

     
     


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