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BLOOD TRAILS
2006
RÉALISATION: Robert Krause
SCÉNARIO: Robert Krause et Florian Puchert
AVEC: Rebecca Palmer, Ben Price, Tom Frederic, J.J. Straub et Kurt Rauscher
À défaut de pouvoir réinventer le genre (ce talent n’est pas donné à chacun), certains réalisateurs se contentent du bon vieux moule établi et lui ajoutent un ingrédient nouveau, peu ou jamais utilisé, pour que leur film se démarque du lot. C’est le cas du cinéaste allemand, Robert Krause, qui, dans son premier long métrage, Blood Trails, un survival tout ce qu’il y a de plus classique, donne une touche de nouveauté au genre avec l’utilisation du vélo de montagne. Est-ce que cet ajout réussira à transporter le film et les spectateurs hors des sentiers battus?
La prémisse de Blood Trails est fort simple : Anne, coursier à vélo, trompe son copain, Michael, avec un intrigant policier; rongée par le remords, elle accompagne Michael dans une escapade romantique en montagne pour essayer de réparer les choses et se changer les idées en faisant du vélo; mais le mystérieux amant les a suivis et il est prêt à tuer quiconque s’interposera afin d’avoir Anne pour lui-seul. La fin de semaine de retrouvailles se transforme vite en course effrénée où la survie est le seul enjeu. Avec un tel synopsis (simple mais aux multiples possibilités), un décor sauvage à couper le souffle et l’obtemption du Prix du Public au Festival Dead By Dawn, on pourrait s’attendre à un croisement entre 2 Secondes et Deliverance ou Wrong Turn, mais dû à un scénario extrêmement pauvre, le paysage enchanteur mis en place perd très vite tout son charme.
La réalisation de Krause m’a plus dès le départ, le type s’y connaît côté technique même s’il s’agit d’un premier opus : chaque image est léchée, chaque plan ou cadrage semble avoir été étudié pour donner le meilleur effet visuel possible, les couleurs sont superbes (parfois grace à des filtres ou des jeux de contrastes), les scènes de vitesse en vélo de montagne sont aussi très bien réussies et filmées avec style. En ce qui a trait aux meurtres, Blood Trails ne manque pas d’hémoglobine ni d’originalité. Même si les morts peuvent se compter avec les doigts, les scènes de meurtres sont efficaces et bien exécutées; que ce soit avec un couteau, une hache ou même un vélo, les effets spéciaux et les maquillages tiennent la route. Ce qui n’est pas le cas du scénario. Dès le premier meurtre, quand le tueur, devant les yeux ahuris d’Anne, effectue un saut en vélo et tranche la gorge de Michael avec la roue dentelée de son pédalier (mort très originale mais peu réaliste), le film se met à déraper.
Dès lors, la pauvre Anne prend la fuite à vélo (elle prend même le temps de mettre son casque) et déambule ici et là dans la forêt sans but précis sans que le spectateur ne sente qu’elle est en danger. Pendant plus de vingt minutes, on la voit fuir sans jamais apercevoir l’assaillant à ses trousses. Le scénario tourne vite en rond, on étire la sauce pour atteindre 1h30 minutes. Des personnages secondaires apparaissent de nulle part (un garde-chasse, deux bûcherons) seulement pour ajouter un peu de gore et quelques cadavres. Le personnage principal, interprèté par Rebecca Palmer qui tire malgré tout son épingle du jeu, ne cesse d’accumuler les incohérences et les décisions douteuses. Par exemple, elle réussit à se rendre au pied d’une croix (ou Michael est cruxifié) au sommet d’un des monts, elle appelle alors la police avec le cellulaire du garde-chasse et lorsqu’on lui demande où elle se trouve et des précisions pouvant aider à la retrouver rapidement, elle dit « dans les montagnes à Whistler » et elle ne parle pas de la croix. De plus, avant qu’un des bûcherons ne se fasse embrasser par une hache, Anne aperçoit l’assassin mais reste muette, elle ne voit pas l’importance d’alerter le pauvre homme. Le milieu du film regorge d’inepties du genre et de scènes de vélo pour étirer le temps jusqu’au tête-à-tête finale.
Dans les vingt dernières minutes, le film change de ton, la tension devient enfin palpable lors de la séquestration d’Anne dans un chalet. Mais il est déjà trop tard, les trop longues digressions en forêt nous ont fait décrocher, et l’acteur incarnant le psychopate, Ben Price, est aussi crédible que Geneviève Jeanson nous disant qu’elle n’a pas pris d’EPO.
Dans l’ensemble, Blood Trails n’est pas un mauvais film, il vaut quand même le détour. S’il avait duré 40 minutes de moins, on parlerait d’un petit bijou. Par contre, dans sa version intégrale, il démontre la preuve irréfutable que l’enrobage c’est bien beau, mais le contenu est primordial. Mieux vaut un scénario solide avec une réalisation chancelante que le contraire. Pour son prochain film, Krause devra passer plus de temps devant son ordinateur que derrière la caméra.



• Sentiers Sanglants (version française/Québec)


• Deliverance (1972)
• Wrong Turn (2003)
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