BLUE EYES OF THE BROKEN DOLL

1973

RÉALISATION:Carlos Aured
SCÉNARIO: Paul Naschy et Carlos Aured
AVEC: Paul Naschy, Diana Loris, Eduardo Calvo, Eva Leòn, Inès Morales et Antonio Pica

Bien que la production du giallo ait principalement appartenu à l’Italie, il faut toutefois savoir que plusieurs de ces films furent tournés ou financés en partie par l’Espagne. Blue Eyes of the Broken Doll, une des nombreuses collaborations entre l’icône de l’horreur Paul Naschy et le réalisateur Carlos Aured, se propose comme le premier giallo typiquement espagnol.

Gilles (Paul Naschy), un ancien détenu, est engagé comme homme à tout faire sur une maison de campagne tenue par trois sœurs, dont deux sont physiquement handicapées. Certaines d’entre elles ne tarderont pas à être attirées par Gilles, qui, malgré son tempérament peu bavard, offre une musculature hors pair. Lorsque les meurtres de blondes aux yeux bleus commencent à s’accumuler dans les environs, les soupçons se dirigent immédiatement vers Gilles.

Pour l’écriture de Blue Eyes of the Broken Doll, Naschy admet avoir puisé son inspiration de The Bird With the Crystal Plumage (1970), film phare de la production giallesque au début des années 70. À en voir le résultat, on peut au moins se soulager que Naschy ne se soit pas contenté d’imiter bêtement le film de Dario Argento. D’ailleurs, mis à part quelques éléments sur lesquels est structurée son intrigue, Blue Eyes of the Broken Doll n’a rien à voir du Argento.

On a ici un film dont le récit se déroule en milieu urbain, avec un protagoniste solitaire dont on doute de l’innocence. Mais il est également probable qu’une machination pèse contre ce dernier. L’enquête est menée par des personnages secondaires et l’essentiel de l’action se déroule autour d’un seul lieu entre Gilles et les trois sœurs. Finie la quête existentielle du détective amateur qui erre dans la ville à la recherche d’indices. Blue Eyes of the Broken Doll est davantage un giallo dans la veine de Don’t Torture a Duckling ou de Your Vice is a Locked and Only I Have the Key. Et contrairement à plusieurs films du sous-genre, Blue Eyes of the Broken Doll possède le mérite de demeurer relativement simple dans son intrigue. La prémice est accessible et tous les éléments semblent correctement mis en place pour accrocher le spectateur du début à la fin. On ressent l’ambiguïté psychologique propre à chaque personnage (la performance des acteurs rend justice au scénario) et notre esprit travaille sans cesse à tenter de déceler le mystère.

Mais pour diverses raisons, le film manque de véritable tension. Les scènes s’enchaînent banalement sans jamais présenter de moments culminants ou de revirements marquants. Certaines idées à la base du scénario sont brillantes, mais elles auraient nettement gagné à être exploitées plus en profondeur. La prudence de Naschy est certes valable, mais l’intensité du film en souffre grandement. La réalisation de Carlos Aured pour sa part ne parvient pas à procurer un climat particululier à l’œuvre. La majorité des plans sont d’une sobriété malvenue pour ce genre de production et sa technique redondante rend l’ensemble prévisible. La musique jazzée est quant à elle autant sans saveur que le reste.

Restent une ou deux scènes de meurtres agréables à l’œil et un final assez prenant. Le visionnement de Blue Eyes of the Broken Doll n’a rien de pénible en soi. Seulement, on retient très peu de l’expérience. Décidement, un giallo très mineur. Le film est ditribué sur DVD par Deimos Entertainment.

  • Maxime Duguay

  • Los Ojos azules de la muñeca rota (Titre Original/Espagne)

  • The Strange Vice Of Mrs. Wardh (1971)
  • Deep Red (1975)

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