BOY MEETS GIRL

1994

RÉALISATION: Ray Brady
SCÉNARIO: Jim Crosbie et Ray Brady
AVEC: Tim Pool, Danièlle Sanderson, Margot Steinberg, Susan Warren et Nathalie Khanna

Les années 90, comme chaque décennie, ont permis de briser plusieurs tabous sociaux cinématographiques. L’ouverture d’esprit se faisant de plus en plus grande, l’émergence de nouveaux types de films grandit incontestablement. En restant dans le cadre du cinéma d’horreur, mais aussi en prenant en compte une liberté sexuelle en constante progression, l’apparition de films mettant en scène subtilement de la torture sado-masochiste, des viols, des meurtres d’un réalisme percutant, trouvent acheteur sur le marché cinéphilique. Ce type de films, appelés Snuff, survivant déjà depuis x années sur le terrain underground, prend tout à coup de l’essor et une foule de curieux avides de nouvelles sensations fortes s’y intéressent. C’est dans ce contexte qu’en 1994, Boy Meets Girl voit le jour en Angleterre. D’abord banni du pays pendant huit ans, il sera ensuite distribué avec la mention 18 ans et plus (ou sans cote sous le label « Unearthed Films »).

Dans un bar londonien, Tevin rencontre une française avec qui la connexion semble parfaite. Après une soirée festive, la femme l’invite à prendre un dernier verre chez elle. Sans détour, elle entraîne Tevin au salon afin de déguster l’alcool devant un film pornographique. L’homme commence a se sentir étourdit et perd conscience. Il se réveille ligoté à une chaise de dentiste. C’est à ce moment que débute une longue succession de torture physique et psychologique dans la veine sado-masochiste.

Par sa thématique brutale et par ses antécédents d’interdit, on aurait tendance a s’armer de tolérance et d’insensibilité afin de visionner ce film, mais finalement rien dans ce long métrage n’est excessivement choquant. Peu de détails sont exposés dans les scènes de torture. On n’utilise pratiquement pas le gros plan et ceux réalisés sont assez minables côté effets spéciaux, peu crédibles disons. Une chance que le talent expressif des acteurs sauve la mise.

L’esthétique du film est très originale. Réalisé dans les années 90, Boys Meets Girl transpire beaucoup plus les 80’s. On l’observe par la musique électroniquement synthétisée, par les nombreux intertitres aux lettrages rétro et aux jeux de mots douteux. mais aussi par les expérimentations singulières à cette époque. On s’amuse incontestablement avec les possibilités esthétiques et photographiques du cinéma. D’abord en introduisant des plans cadrés dans un autre cadre puis en amenant une nouvelle perspective de vue en utilisant divers matériaux; reflet dans un miroir éclaté, dans un rétroviseur, dans des lunettes de soleil, dans un moniteur télé, etc.

Ray Brady, en lien avec la montée fulgurante des jeux vidéo, s’est permis de rendre son film interactif par son rapport à l’image et par la façon dont il pousse le spectateur à s’identifier à la fois à la victime et au tueur. Il réussit à créer une ambiance intrigante aux accents gothiques grâce à un éclairage d’une efficacité surprenante. Le tout rappelle légèrement les ombrages subjectifs des films issus de l’expressionnisme allemand dans le style de Nosferatu (1922) de F.W. Murnau. On sent qu’il y a plus derrière cette lumière qui en premier abord est d’un réalisme frappant. D’ailleurs tous les aspects de ce film se veulent un rappel à la réalité comme si nous étions devant la captation d’un vrai crime. Le son y aide, le langage déconstruit et cru aussi. Mais, au dessus de tout, il y a le fait qu’un deuxième personnage, plus passif que la dominatrice, filme les scènes avec une petite caméra amateur. Il nous est permis, à quelques reprises, de voire à travers sa lentille.

J’imagine que cette œuvre cinématographique a fait crier haut et fort les féministes. On renforce l’image que les femmes indépendantes sont dominatrices et castratrices. Le seul homme de l’histoire semble si petit et faible face à ces succubes.

Si vous décidez d’écouter Boy Meets Girl, je vous conseil de l’approcher avec une ouverture d’esprit sans faille et d’effacer de votre mémoire tous les films que vous avez vu avant.

  • MaryBel Gervais

  • Videodrome (1983)
  • Funny Games (2008)

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