BUNDY: A LEGACY OF EVIL

2008

RÉALISATION: Michael Feifer
SCÉNARIO: Michael Feifer
AVEC: Corin Nemec, Kane Hodder, Jen Nikolaisen, David DeLuise et Shannon Pierce

Les serial killers réussiront toujours à provoquer une certaine fascination morbide chez le commun des mortels. Sans trop l'avouer ouvertement, on se délecte de ces histoires vraies, on veut savoir le comment et le pourquoi ils ont commis de tels atrocités. Les cinéastes aussi ont compris tout le potentiel commercial rataché aux plus célèbres tueurs en série de l'Histoire. Le problème c'est que, dans la majorité des cas, ce sont des réalisateurs sans argent et, surtout, sans talent qui montrent de l'intérêt pour de tels projets. Certains, comme Michael Feifer, en ont fait leur spécialité. Après nous avoir livré des films sur plusieurs de ces vedettes du meurtre en série (Ed Gein: The Butcher Of Plainfield, B.T.K., Chicago Massacre: Richard Speck, The Boston Strangler), voilà qu'il s'attaque à un gros morceau avec son dernier long-métrage, Bundy: A Legacy Of Evil. Avec un personnage aussi complexe que Ted Bundy, je me suis dit qu'il était impossible de faire un mauvais film sur ce sujet; mais le visionnement de l'oeuvre de Feifer m'a prouvé le contraire.

Le synopsis de Bundy est fort simple: on nous montre point par point (pas chronologiquement, mais presque) la vie de Ted Bundy telle que décrite sur les 2 pages de Wikipedia. Rien de plus, rien de moins. Je serais prêt à parier que Michael Feifer n'a fait aucune autre recherche ni lu aucune biographie sur son foisonnant sujet tellement il ne déroge pas des informations primaires écrites sur le site internet. Le scénario ne s'intéresse pas à un segment en particulier de la vie du célèbre tueur, mais essaie de couvrir toute la période de sa vie en seulement 1h30. Ted Bundy, un homme supposément très intelligent et charmant, avait tué plus d'une trentaine de collégiennes sur une période de cinq ans dans les années 70.

Le scénario de Feifer est un fourre-tout pitoyable, sans cohésion et, surtout, sans suspense. Le scénariste-réalisateur semble prendre pour acquis que le spectateur connaît déjà l'histoire de Ted Bundy. Le film veut tellement nous montrer d'événements que jamais il n'en traite un en profondeur. Le personnage de Ted Bundy nous est donc présenté en surface seulement, sans chair autour de l'os, sans portée psychologique: une simple caricature. Le scénario nous laisse constamment sur notre appétit. Il s'attarde très longuement sur des détails insignifiants et parcourt en quelques minutes des segments importants de la vie de Bundy. Par exemple, une scène beaucoup trop longue et répétitive nous donne la chance de voir Ted conduire saoul sur une route quasi déserte pendant un laps de temps interminable et, à l'inverse, on peut nous montrer 15 meurtres en trois minutes dans un montage musical plus médiocre que ceux de Baywatch ou nous présenter son procès en quatre minutes et trois répliques. Bref, ce n'est pas avec ce film qu'on en apprendra davantage sur la vie de ce mystérieux personnage.

Comme vous pouvez vous en douter, le budget de production est très limité, alors pour palier à cela, la réalisation de Feifer essaie de ressembler à un film d'exploitation des années 70 (période où l'histoire se situe). La caméra est instable, les images souvent un peu floues et le montage boiteux. La musique d'Andres Boulton, elle, est insupportable, en plus de ne jamais cadrée avec l'action, ce qui donne un effet encore plus brouillon au long-métrage. Les scènes de meurtres et de violence nous sont plus suggérées que montrées. La suggestion peut parfois être plus efficace que l'abus de gore, mais dans ce cas-ci, ça ne fonctionne pas, car jamais on arrive à sentir l'ampleur de la démence et de la perversité de Ted Bundy pendant les séquences de meurtres. Ce n'est pas parce qu'une scène nous montre Bundy embrasser le genou d'une fille qu'il vient de tuer à coup de bat de baseball, qu'on nous suggère qu'il va comettre un viol nécrophile (surtout si le spectateur ne connaît pas l'histoire du renommé criminel). Le film aurait eu beaucoup plus d'impact s'il avait mis en image toute la monstruosité des actes perpétrés par Bundy, car ce n'est pas avec le jeu du comédien Corin Nemec qu'on arrive à percevoir la complexité du personnage.

À la fin du film, avant son exécution, il nous est dit qu'il est sûrement la personne la plus intelligente à être passée sur la chaise électrique et, pourtant, depuis le début, grâce au mimiques de l'acteur principal, toutes plus Jim Carreyesque les unes que les autres, et aux faiblesses du scénario, il nous semble être une personne timide, ridicule et ignard. Il y a une scène qui se déroule après un meurtre où Corin Nemec se met à quatre pattes dans le désert et se met à hurler comme un loup: il m'a été impossible de me retenir de pouffer de rire tellement l'acteur était mauvais et la scène loufoque. De plus, l'acteur de 40 ans joue aussi le personnage de Bundy lorsqu'il était au collège (sans qu'un maquilleur n'ait essayer de le rajeunir): cette séquence est pathétique pour le pauvre acteur qui ressemble autant à un étudiant que David Hasselhoff (pour rester dans mes comparaisons avec Baywatch). Sur la pochette du DVD, outre le nom de Corin Nemec, on veut nous vendre le film en ajoutant celui de Kane Hodder (célèbre interprète de Jason Voorhees) qui pourtant est présent environ cinq minutes dans un rôle de directeur de prison.

Bundy n'est, au final, qu'une tentative de faire de l'argent grâce à la notoriété de son sujet. Le film, lui, ne dépasse jamais l'état de brouillon insipide autant avec sa réalisation que son scénario qui ressemble à une rédaction d'un élève du secondaire à qui on aurait demandé de faire une biographie d'un personnage connu. Je vous conseille fortement, à la place, de regarder le Ted Bundy de Matthew Bright: il ne s'agit pas d'un chef-d'oeuvre, mais est de loin supérieur à un film de serial-killer d'Ulli Lommel; ce qui n'est pas le cas du Bundy de Michael Feifer.

  • Dominic Gagné

  • Ted Bundy (2002)
    • The Deliberate Stranger (1986)

     

     
     


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