THE BURROWERS

2009

RÉALISATION: J.T. Petty
SCÉNARIO: J.T. Petty
AVEC: Karl Geary, William Mapother, Sean Patrick Thomas, Doug Hutchison et Clancy Brown

Il arrive parfois, si on est très patient, qu’à travers le lot hebdomadaire de nouveautés "direct-to-dvd" on trouve une pierre précieuse, non pas de l’or, mais quelque chose qui étincelle davantage que tous les remakes, suites, imitations et belles-pochettes-mauvais-films qui s’entassent dans les clubs vidéos. Il arrive parfois qu’on tombe sur un film comme celui de J.T. Petty, The Burrowers, un film avec une approche particulière, une facture à contre-courant de tout ce qui est populaire en ce moment. Il arrive parfois qu’un film sort des sentiers battus, mélange western et horreur avec précision pour notre plus grand bonheur ou notre plus grand ennui.

Je tiens à spécifier d’emblée que ce film ne plaira pas à tous: ses plus grandes qualités pourront être perçues par certains comme ses plus grands défauts.

En 1879, dans la vallée du Dakota, Fergus Coffey s’apprête à demander la main de la douce Maryanne, mais cette dernière ainsi que toute sa famille disparaissent dans des circonstances nébuleuses la même nuit que leurs voisins sont sordidement assassinés. Coffey forme un détachement d’hommes qualifiés pour partir à leur recherche. Son convoi se joint à l’armée qui a le mandat d’élucider le mystère, sous le commandement d’Henri Victor persuadé que les responsables sont les Amérindiens Utes. Ils apprendront bien vite que les vrais coupables sont d’une tout autre nature et possèdent des motivations autres que la guerre ou la vengeance.

J.T. Petty (Mimic 3: Sentinel, S&Man) nous a concocté avec The Burrowers un film d’horreur comme il s’en fait très peu: atmosphérique et contemplatif. Avec l’aide d’un directeur de la photographie de talent, Phil Parmet (The Devil’s Reject, Halloween), il nous livre une oeuvre au rythme extrêmement lent où l’intrigue se dévoile peu à peu par fines couches. Les images sont splendides, visiblement tournées pour le grand écran, avec des plans larges, des plongées à couper le souffle et beaucoup de scènes nocturnes. Le paysage, les terres arrides du far-west, prend toute la place à l’écran volant même la vedette aux personnages principaux. On ne peut éviter les comparaisons avec un réalisateur comme Terrence Malik ou des similitudes avec The Assassination Of Jesse James By The Coward Robert Ford d’Andrew Dominik tellement le film prend son temps pour présenter, sublimement tout de même, le décor. Par contre, la lenteur à laquelle se déroule l’action, même si la photographie est superbe, peut vite lasser le spectateur – surtout celui de films d’horreur.

Le scénario est très bien construit, petit à petit on accumule des informations qui soutiennent le suspense : tout d’abord les trous dans le sol, suivi d’un corps retrouvé enterré vivant et puis... les bêtes apparaissent (ne vous inquiéter pas il ne s’agit pas d’un punch du film, depuis le début on sait qu’il s’agit de créatures, mais plus le film avance plus on les découvre). Les dialogues assez limités sont un des points forts du scénario qui contribuent à l’atmosphère éthéré de l’histoire. Cependant, sachant que J.T. Petty dans son premier film, Soft For Digging, avait incorporé moins d’une minute de dialogue, on pourrait lui reprocher de ne pas avoir reserrer encore plus la vis. Car, trop souvent dans le film, les personnages expliquent en mots ce que l’on vient d’apercevoir en images. Les comédiens, tous excellents, doivent interpréter des rôles souvent stéréotypés, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un western! Autre bémol : on en a assez des scènes de pieds dans un piège à ours ou loup ou n’importe quel animal!!!!

En ce qui concerne les monstres, les Burrowers (ceux qui enterrent), Petty a confié les maquillages et effets spéciaux à un autre talentueux monsieur, Robert Hall (réalisateur de Laid To Rest et fondateur d’Almost Human, compagnie Fx qui a travaillée sur plusieurs productions d’envergure). En plus de bien maîtriser le côté western de son film, le réalisateur arrive à bien rendre le côté fantastique. Les créatures se dévoilent un petit peu à la fois et sont visibles en entier qu’à la fin du film. Par contre, selon moi, le bruitage des bêtes est complètement raté, trop excessif, il tombe même sur les nerfs et enlève un aspect apeurant aux Burrowers. En plus, la morale derrière la motivation des monstres, l’aspect écolo trop explicite, m’a beaucoup dérangée – si elle avait seulement été montrée et non expliquée elle aurait eu plus d’impact.

Dans l’ensemble, le long-métrage de J.T. Petty, avec sa lenteur, sa photographie du far-west magnifique et son peu de dialogues est un ovni dans le paysage du cinéma horrifique actuel. Il a certes plusieurs petits défauts, mais a le mérite de proposer quelque chose de complètement différent, voire même unique en son genre. The Burrowers est le premier film mélangeant horreur et western à être une réussite; un film imparfait, mais plus près du diamant brut que du simple zyrcon.

  • Dominic Gagné

  • • Dead Birds (2004)
    • Ravenous (1999)

     

     
     


    Horreur Web © 2003-2009
    Création/rédaction: Dany Champagne • Graphisme: Daniel Bérard