| |
CADAVRES
2009
RÉALISATION:Érik Canuel
SCÉNARIO: Benoit Guichard et Francois Barcelo
AVEC: Patrick Huard, Julie Le Breton, Sylvie Boucher, Christian Bégin et Gilles Renaud
Cadavres est l’adaptation du roman Québécois de Francois Barcelo parue en 1998. En entrevue, le réalisateur Érik Canuel a déclaré : « Avec ce film là, la critique va nous démolir… et on s’en câlisse! ». En effet, avec Cadavres, Canuel fera réagir les plus puritains sans s’excuser. Alors que la démarche est plus que bienvenue dans une société où son cinéma est la plupart du temps d’un ennui total, sans saveur et s’auto masturbe dans sa condescendance artistique hautaine, Cadavres n’est malheureusement pas le chef-d’œuvre qui donnera une grande claque à l’industrie pour qu’elle vire de bord à 180 degrés.
Le soir où il tue sa mère, Raymond appel sa sœur pour lui annoncer la nouvelle. N’ayant plus rien, car elle a perdu son chum et son émission de télé policière à succès, Angèle se rend donc à la vieille maison familiale. Le soir même, les vieilles habitudes recommencent et Angèle se promène nue à nouveau devant son frère pour l’exciter et attirer son amour. Cette histoire d’amour malsaine sera testée lorsque les cadavres d’étrangers se mettent à s’accumuler dans leur sous-sol par de malheureux événements fortuits.
Cadavres est un film unique et complexe. À vrai dire, c’est deux films en un seul! Il y a Cadavres le film noir artistique et Cadavres, la grosse comédie grasse!
Tout d’abord, Cadavres, le film noir n’est malheureusement pas le meilleur des deux. Canuel (Bon Cop, Bad Cop) n’a jamais été reconnu pour être un grand réalisateur et n’a jamais eu de style à lui. Dans ce film, ce manque d’étincelles visuelles parait à en crever les yeux. Canuel tente donc de teinter son film sur le style de Jean-Pierre Jeunet en peinturant Cadavres d’une apparence moins trash que Delicatessen, mais plus hard-core que Le Fabuleux Destin D'Amélie Poulain. À plusieurs reprises, Canuel nous sert des scènes aux allures d’un conte freak show avec ses mouvements de camera rapides, saccadés et très léchés. Malheureusement, il ne s’approprie jamais vraiment le style et ne fait que le calquer, sans comprendre les nuances, allant même jusqu'à copier la musique d’Amélie Poulain aux endroits les plus farfelues. Sans même avoir lu d’articles sur la vision de Canuel sur Cadavres, on voit à travers ses images et son traitement du sujet que le cinéaste veut lancer un gros Fuck You a l’industrie et les spectateurs en voulant dire « Ceux qui n’aiment pas ça, manger de la marde, vous connaissez rien »!
Je n’ai pas lu le livre Cadavres, par contre, pour ce qui est de son adaptation, disons que le sujet est mal exploité. Le film parle d’inceste, de meurtres et de sujet difficiles. Malheureusement, le scénario pousse ses sujets soit trop ou pas assez loin. Sur le sujet de l’inceste par exemple, Canuel traite son sujet de façon très sexualisé en montrant Julie Le Breton toute nue, trop souvent et longtemps (merci quand même!!!) ou en montrant Patrick Huard en train de se branler en espionnant sa sœur. De cette manière, le sujet est traité de façon peu subtil et très dur, mais il aurait pu aller beaucoup plus loin en analysant les personnages, leurs pulsions et leurs désirs de façon subtile. Ça aurait été moins choquant visuellement, mais pas nécessairement moins choquant point. De plus, en poussant la sexualisation de son sujet au maximum, l’impact en est réduit. Alors que la nudité d’Angèle devant son frère nous perturbe au début, à la longue, on fini par s’habituer et même s’en lasser! L’ambiance sur laquelle Canuel se tient tombe alors à plat et lui pète au visage.
Par contre, l’élément le plus réussi et le plus présent dans le film est son humour. Le scénario est construit principalement autour du talent de Patrick Huard et celui-ci livre ses répliques à la perfection. Mais dans ce domaine, Huard n’est pas la seule star. Tous les personnages secondaires emmènent un vent de fraîcheur pour contre balancer l’aspect noir du film. Ainsi, Hugolin Chevrette, Christian Bégin, et Patrice Robitaille sortent particulièrement du lot grâce à leurs personnages hilarants et leurs interprétations parfaites. En tentant de vouloir faire une comédie noire, Canuel s’est plutôt mis les pieds dans les plats en mélangeant trop de styles. Ainsi, au lieu de former un amalgame fluide, chaque genre se retrouve séparé des autres, comme de l’eau dans de l’huile. Ainsi, la comédie nuit aux propos dur du film en nous les faisant oublier à grands coups d’éclat de rire. Surtout que, même si il y a bien de l’humour noir, la plupart des blagues tombent dans l’absurde et l’humour gras rappelant Les Boys et autres. C’est entièrement grâce à ce volet du film que Cadavres réussit d’ailleurs à nous garder rivé au long métrage et nous divertit autant!
Julie Le Breton est peut-être la moins chanceuse du lot. Malgré un talent extraordinaire, elle n’arrive jamais à rendre son personnage attachant. Ce n’est pas qu’elle n’essait pas, mais son personnage est tout simplement exécrable ou utilisé à l’outrance durant les segments de son émission fictive. D’ailleurs, ces moments dans le film sont tous simplement de trop. Amusant la première fois, à la longue, ça ne fait que couper le rythme et le ton au film. Dommage, car c’est une excellente actrice qui mériterait mieux.
Canuel a au moins le mérite de tenter de changer le paysage cinématographique au Québec. Avec Bon Cop, Bad Cop, il avait tenté d’installer un genre que le cinéma Québécois boude, le film d’action, qu'on semble considérer trop minable pour nous. Cadavres n’est pas le Bon Cop, Bad Cop du cinéma « flyé », ni même un bon film de genre, mais il pave la voie à ceux qui veulent faire éclore le style ici, au Québec. Le plus dommage, c’est qu’après l’écoute du film, on a réellement envi d’aimer Cadavres pour toute sortes de raisons, mais on n'y arrivent juste pas. Érik Canuel aurait dû promouvoir son film pour l’amour du genre en nous enlaçant au lieu de nous lancer un gros "Fuck you" défensif en pleine face avant toute chose.
Alors en réponse: Fuck you Érik Canuel de nous avoir gâché un film au potentiel énorme seulement pour te venger des critiques. Si tu avais fait un film vraiment pour l’amour du genre, tu n’aurais pas eu a attaquer et te défendre en te cachant derrière Cadavres.



• Natural Born Killers (1994)
• Delicatessen (1991)
| |
|