CALVAIRE

2004

RÉALISATION: Fabrice Du Welz
SCÉNARIO: Fabrice Du Welz et Romain Protat
AVEC: Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon, Jean-Luc Couchard et Brigitte Lahaie

Mes attentes étaient élevées envers Calvaire. Depuis 2004, on n'a cessé d’entendre parler de ce film comme étant un survival hors pair. Avec la surprise que nous a servie le réalisateur français Alexandre Aja grâce à Haute Tension, je m'attendais à ce que ce film belge soit une révélation de calibre semblable. L'ayant enfin visionné, je peux vous assurer que Calvaire mérite amplement la renommée qu'il a acquis depuis sa sortie.

Marc Stevens est un chanteur soliste qui passe sa vie en tournée. Il s'arrête dans de petits villages pour se donner en prestation devant des publics surtout composés de vieilles dames. En direction pour son prochain concert, sa camionnette tombe en panne au beau milieu de la campagne belge. La pluie et la noirceur l’obligent à devoir passer la nuit dans une auberge. Si l'hôte semble sympathique au départ, ce n'est que pure apparence. Il s'avère en fait que le propriétaire est un être psychologiquement troublé, assez pour s'imaginer que Marc est en réalité son ex-femme. Ça ne s'arrête pas là. Le village dans lequel Marc Stevens est tombé en panne n'a rien de plus rassurant…

De par sa structure narrative, Calvaire possède tous les éléments typiques du survival. Cependant, le film se démarque du lot en osant renoncer à certaines conventions du genre, pour explorer d’autres terrains moins connus, mais non moins satisfaisants. De ce fait, Calvaire doit être anticipé différemment des autres survivals. Il ne faut pas s'attendre à voir du gore ou un tueur unidimensionnel car rien de cela ne se trouve ici. Par contre, si vous acceptez de vous prendre au jeu, en terme de souffrance psychologique, le film frappe dur. Calvaire demande une réflexion de la part du spectateur pour être apprécié à sa juste valeur. Ce n’est pas le type de film qui vous procure un divertissement assuré et donc, je ne crois pas qu’il convienne à tous. C’est un film qui ne vous dicte pas quoi penser ni quand réagir. Il se donne à vous tel qu’il est, étrangement poétique.

D’abord, un des nombreux éléments que j’ai appréciés du film est la façon dont il nous présente ses deux personnages principaux. Au début du film, on voit Marc Stevens se faire acclamer lors d’un spectacle et, ensuite, repartir subitement parce que les femmes du village s’accrochent à lui telle une bouée de sauvetage. Le personnage de Marc démontre peu d’émotion et semble désintéressé de la vie. Par la suite, lorsqu’on fait la rencontre de Bartel, le propriétaire de l’auberge, ce dernier s’annonce enjoué et fort attachant. Les discussions entre les deux personnages sont particulièrement intéressantes puisqu’elles mettent en évidence, de façon parfois même comique, l’opposition entre leur personnalité. Ce qui ressort aussi de ces discussions, c’est à quel point Bartel semble encore souffrir du départ de sa femme qui était chanteuse tout comme Marc (!). Cette première partie du film m’a bien plu car, contrairement à la norme, on se soucie de nous présenter les personnages dans toutes leurs subtilités. Fabrice Du Welz ne se presse pas à tenter de nous effrayer pour rien et fait donc en sorte que notre imagination travaille à plein régime. C’est dans cette partie qu’on nous fournit des pistes pour interpréter la suite des évènements qui, je vous avertis, est franchement déroutante.

Dans la deuxième partie du film, on assiste impuissant aux souffrances de Marc. En plus du personnage de Bartel qui perd les pédales, s’ajoutent au récit des villageois aussi tordus que lui. On constatera plus tard que ce village traîne un lourd passé et que Marc n’était que l’élément catalyseur pour le faire ressurgir. Cependant, c’est loin d’être aussi simple que cela. Je vous assure qu’au final, Calvaire est un film très nébuleux et que plusieurs interprétations du film sont possibles. D’ailleurs, un autre point fort de Calvaire est son étanche mystère. Contrairement à la norme, celui-ci ne devient pas vraiment plus limpide après le visionnement. Il subsiste et c’est, selon moi, une excellente idée de la part des scénaristes d’avoir conçu le film ainsi. Ce qui est troublant dans Calvaire, ce n’est pas nécessairement la torture physique que subit Marc Stevens. Plutôt, c’est la souffrance profonde de Bartel jumelée à l’atmosphère qui se dégage du village qui provoque de l’angoisse. Le réalisateur Fabrice Du Welz ne propose pas une expérience qu’on rencontre souvent avec les films d’horreur. Il m’a plongé dans un malaise complexe que je ne saurais proprement décrire.

Mis à part cette intrigante histoire, Calvaire est doté d'une superbe réalisation. Je n'ai que des compliments pour Fabrice Du Welz à ce sujet. Une caméra à l'épaule est souvent de mise, ce qui apporte une touche réaliste au film. Pour ajouter à cela, pratiquement aucune musique n’est utilisée. Même si on sait que souvent, la musique détient une grande part de responsabilité pour créer l’ambiance d’un film, Du Welz a recours à d’autres moyens et s’en tire pourtant gagnant. La composition des plans dans Calvaire est très soignée. Par exemple, les plans à l'intérieur de l'auberge traduisent efficacement le malaise intérieur de son propriétaire. Un excellent travail a d'ailleurs été effectué au niveau de la photographie par Benoît Debie (Irréversible, The Card Player).

Parmi toutes les prouesses du réalisateur, je tiens à mentionner que le plan séquence filmé en plongée est une réussite en soi. Cette séquence a définitivement le pouvoir de choquer. Dans le même registre, soulignons que Calvaire contient un hommage d’envergure à la "scène du souper" dans The Texas Chain Saw Massacre. Une autre scène digne de mention est celle où les villageois se mettent à danser en style pingouin. C’est un moment fort jouissif dans le film. Tout simplement une idée géniale. Pour terminer, tous les acteurs, sans exception, font un travail formidable et Jackie Berroyer joue le psychopathe à merveille.

J’ai peu de reproches à adresser envers Calvaire. Certains trouveront que l’histoire n’est pas très claire et que le film contient peu d’action. Ce n’est peut-être pas si faux. Pour ma part, je trouve que le film est parfait ainsi. J’ai complètement tombé sous le charme de l’aspect allégorique du film. Je crois que c’est la raison pour laquelle j’ai autant aimé. C’est le genre de film qui demande plusieurs visionnements avant que l’on puisse saisir tous ses détails. Je le recommande à quiconque apprécie se creuser la tête lors d’un film d’horreur ou à ceux qui voudraient essayer un survival atypique.

  • Maxime Duguay

  • The Ordeal (version anglaise/USA)

  • Misery (1990)
  • Santa Sangre (1989)

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