CAPTIFS
2010
RÉALISATION: Yann Gozlan
SCÉNARIO:
Yann Gozlan et Guillaume Lemans
AVEC: Zoé Félix, Eric Savin, Arié Elmaleh, Ivan Franek et Philippe Krhajac
Je ne me suis jamais rendu en Europe de l’Est. Et vous? Dans tous les cas, il est évident que les pays qui s’y trouvent doivent constamment s’arracher les cheveux à la vue de la mauvaise presse que peuvent leur faire certains films d’horreur. Captifs de Yann Gozlan, un autre projet français gavé aux influences extérieures, vient évidemment renchérir à ce cycle.
Carole, Mathias et Samir sont trois médecins qui viennent de terminer une mission humanitaire en ex-Yougoslavie. Sur le chemin du retour, leur itinéraire de base se retrouve mis à mal par un barrage militaire de quelques heures, permettant le retrait de mines dans le secteur environnant. Nos comparses décideront ainsi de faire un détour par une voie secondaire pour s’éviter de longues heures d’attente… Tout vrai amateur de cinéma d’horreur sait déjà à ce degré du synopsis que c’était une sacrée belle bêtise. Ils seront ainsi kidnappés par de mystérieux ravisseurs, qui toutefois les nourrissent et les soignent. Que leur veulent-ils exactement? Demander une rançon au gouvernement en échanger de leur survie? La réponse est bien pire que ça. Peut-être se cache-t-elle dans cet énorme téléphone, tout à l’extrémité de la rangée de cellules…
Nous garderons ainsi le mystère sur les motivations de nos maniaques yougoslaves pour ne pas froisser quiconque, bien que celles-ci soient assez évidentes si vous vous êtes minimalement informés sur Captifs. Habituellement, lorsque je débute pour Horreur-Web un texte qui aura au final une notation positive, je commence par énumérer les qualités propres au film. Néanmoins, les défauts de Captifs sont du genre à sauter aux yeux. Démystifions les donc dès maintenant.
D’abord, Yann Gozlan demeure toujours dans une zone bien délimitée par ses multiples influences. Notons certains succès américains comme l’exotique Turistas et la saga Hostel d’Eli Roth, mais aussi des projets bien français comme Martyrs ou encore Frontières. Outre certains arcs narratifs profondément trop redondants pour émouvoir (je pense ici à l’introduction/conclusion du film), Captifs débarque chronologiquement parlant beaucoup trop tard pour ajouter son grain de sel à un sous-genre qui aura été ratissé à l’extrême au courant des dernières années. Le film pourrait aussi décevoir les amateurs en manque de tripes, puisque celui-ci en offre peu à se mettre sous la dent. Quant à eux, les cruels antagonistes gueulent dans un langage incompréhensible durant tout le film. Bien sûr cela rajoute au réalisme, mais la façon dont le tout est tourné introduit parfois un côté ridicule qui n’était certainement pas désiré par la production.
Tous les éléments étaient là, nous aurions bien pu assister à quelque chose d’aussi générique et de peu enlevant que le Dans ton Sommeil des deux du Potet. Mais avec surprise, j’ai réalisé que Captifs… En vaut le coup! Le film n’est pas à louanger pour l’originalité de son concept, mais bien celle de sa prise en charge.
Dès le départ, le film s’illustre. Première surprise? Une scène d’introduction effrayante et très crade, appuyée par une photographie des plus léchées. Puis, on transitera vers nos protagonistes principaux. Deuxième surprise. Des portraits de qualité, des dialogues crédibles, des relations franches qui ne sont jamais trop appuyées et surtout des acteurs très convaincants, particulièrement Eric Savin et et Zoé Félix. Félix a d’ailleurs été récompensée pour sa prestation au Screamfest Award de Los Angeles.
Servant d’introduction, les vingt premières minutes de Captifs sont sans faute et proposent une réelle immersion, à mon sens. Par la suite, le film demeurera toujours très maîtrisé. Il ne se gêne pas pour illustrer la réalité de l’enfermement, exploitant avec originalité et efficacité les sentiments que celui-ci suscite. La peur, la paranoïa, la haine et aussi les espoirs fous. Par sa mise en scène inspirée, le réalisateur parvient à rendre la moitié du film passée en cage des plus passionnantes. Le travail sonore est impeccable, particulièrement pour cette sonnerie de téléphone des plus glauques… Et une séquence finale techniquement très réussie où Gozlan illustre l’étendue de son savoir faire. Ayant tourné en 2007 le court métrage The Echo, où il gère le phénomène de l’acouphène avec brio, il récidive ici sans peine.
Sans jamais être très original et en appelant souvent de l’intervention divine ou encore de la bonne volonté du spectateur, le dernier droit de Captifs sait pourtant aisément nous prendre au jeu. On coupe alors net avec la première heure du film. La réalisation sait faire culminer la tension de la première partie tout en offrant quelque chose de profondément différent. C’est d’ailleurs à ce moment que prendra place à peu près toute la violence du projet. Jusqu’à la toute fin, rien n’est vraiment vendu d’avance et le stress est constant.
En conclusion, voici une agréable surprise. Réalisé par quelqu’un d’autre, Captifs aurait très bien pu tourner au vinaigre. Heureusement, nous assistons ici à un film qui transcende sa prémisse un peu creuse à l’aide d’aspects techniques des plus maîtrisés, que ce soit du côté de la mise en scène, des acteurs, de la photographie ou du travail sonore. Sans m’avoir marqué ad vitam aeternam, Captifs est un film d’horreur que je n’ai pas honte de conseiller pour une location. Yann Gozlan est définitivement un produit de la nouvelle vague de genre française que je vais surveiller de très près. En espérant que la prochaine fois il soit aux rênes d’un scénario un peu plus inspiré sur le fond!



• Caged (titre anglophone)


• Turistas (2006) • Hostel Part 2 (2007)
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