CARVED: THE SLIT-MOUTHED WOMAN
2007
RÉALISATION: Kôji Shiraishi
SCÉNARIO: Kôji Shiraishi et Naoyuki Yokota
AVEC: Eriko Satô, Haruhiko Katô, Rie Kuwana, Miki Mizuno et Chiharu Kawai
Le Japon est un pays magnifique qui regorge de contes fabuleux singuliers issus de son folklore riche et de l’isolement causé par sa géographie. Longtemps, dans les nombreux petits villages qui peuplent sa superficie, on perpétuait des traditions orales anciennes. En 2000, nous avons vu une nouvelle étincelle. Le Japon est devenu le point de mire des occidentaux… pas le Japon actuel, mais celui traditionnel longtemps oublié. C’est entre autres grâce aux artistes nippons pour qui la production n’est pas quelque chose d’obscure. Dans cette troupe, se trouve les cinéastes fascinés par l’horreur empreintes des légendes locales. Le public oriental et occidental accueille ces œuvres comme des oisillons affamés à l’approche du ver que leur mère leur offre… et en redemandent encore!
C’est dans cet ordre d’idées que Carved fut créé. Flirtant avec les spectres vengeurs, ce film raconte une légende mainte fois remodelé selon la saveur de l’époque. La kuchisake-onna (femme à la bouche fendue) fut autant l’épouse frivole d’un samouraï jaloux qu’une dame démunie avide de chirurgie esthétique. Elle parcourt plusieurs ouvrages cinématographiques, mais aussi les œuvres littéraires, les animes, les jeux-vidéos et les mangas (Shitaro-Kun de Senno Knife). Shiraishi donne un second souffle à cette histoire morbide. Il réinvente une fois de plus les circonstances étranges entourant la kuchisake-onna.
Le culte de la peur médiatisé s’installe rapidement dans une petite ville nippone lorsque la légende de la femme à la bouche fendue refait surface. Oubliée depuis une vingtaine d’années, les commérages vont de bon train. Est-ce la kuchisake-onna qui a enlevé le garçonnet dans le parc? Est-ce la kuchisake-onna qui a découpé la bouche de la fillette traumatisée retrouvée errant dans la rue? Les autorités sont persuadés que l’occulte n’existe pas et qu’il s’agit d’une imitateur. Ils prennent tout de même les choses en main en installant des couvre-feux et d’autres moyens afin de protéger les enfants. Cela n’empêchera pas le paranormal de se manifester. La petite Mika Sasaki, molestée par sa mère, sera enlevée par la Kuchisake-onna devant sa professeure pétrifiée, Mme Yamashita. Sa culpabilité aveuglante poussera l’enseignante à s’allier à son collègue avare de paroles, M. Matsuzaki. Ensemble, ils tenteront d’élucider le mystère et de retrouver la pauvre fillette ainsi que le nombre grandissant d’enfants portés disparus.
L’histoire nous est rapportée au départ par le bouche à oreille. On apprend les grandes lignes grâce aux commérages des enfants puis des adultes. Les personnages qui seront à un moment ou un autre important dans le film prendront un après l’autre la parole afin de propager les phénomènes étranges prenant place dans leur ville. C’est un moyen efficace et original d’introduire une histoire issue d’une légende. On reste en terrain connu.
Ce film ne déroge aucunement de la façon de faire habituelle dans le septième art japonais. Le souci du détail sonore et surtout visuel y est. Ce type d’œuvre filmique respire l’art sans tomber dans l’excès et sans oublier les possibilités de l’image et du son. Bien sur, certains aspects laissent perplexe comme quelques uns des effets spéciaux qui auraient gagné à être fabriqué à la main au lieu d’un CGI boiteux. Selon moi, la bonne vieille recette de sirop de maïs et de chocolat reste une valeur sure pour le faux sang.
Ce type de récit mettant en scène un esprit vengeur aux procédures drastiques et sanglantes réussit souvent mieux dans un contexte oriental. La preuve est dans les flops rencontrer par les remakes américains de films asiatiques ainsi que la plupart des films occidentaux de fantômes légendaires. On aborde dans Carved des tabous difficilement discutables comme la violence faite aux enfants. La société japonaise ferme les yeux sur plusieurs plaies sociales, ce sont les artistes qui dénoncent dans leurs œuvres les injustices. Ici, on tourne beaucoup autour des violences physiques et mentales que des mères font subir à leurs filles. Sujet, à ma connaissance, peu exploité. Il devient ardu à certains moments de garder les yeux rivés à l’écran. Je me croyais à l’épreuve des scènes gores de tous calibres et bien, plusieurs m’ont déstabilisées. La vision d’une fillette se faisant battre brutalement puis égorger sans jamais que la caméra ne bronche, surmontée de cris de terreur ne laisse pas indifférent.
Le film reste une énorme critique métaphorique de la société nippone… en étant tout de même un divertissement qui tient en haleine. Évidement si l’horreur asiatique vous laisse de glace habituellement, Carved ne vous fera pas fondre. Pour ma part, l’objectivité reste difficile. Ma passion pour le cinéma asiatique n’est plus un secret.



• Kuchisake-onna (titre original/Japon)


• A Slit-Mouthed Woman 2 (2008)
• A Slit-Mouthed Woman 0: The Beginning (2008)


• Ju-on (2002)
• Sakebi (2006)
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