CASE 39

2009

RÉALISATION: Christian Alvart
SCÉNARIO: Ray Wright
AVEC: Renée Zellweger, Jodelle Ferland, Ian McShane, Bradley Cooper et Callum Keith Rennie

Tourné à la fin 2006, Case 39 devait sortir sur nos écrans il y a plus de deux ans déjà. Maintes fois reporté sans raison apparente, c’est finalement à l’approche de l’Halloween 2010 que le distributeur, Paramount Pictures, a cru que son rejeton était enfin apte à séduire le public nord-américain. Suite au visionnement du film, on se demande encore pourquoi tant de détours?

Emily Jenkins (Renée Zellweger) est une travailleuse sociale spécialisée dans les cas de maltraitance envers les enfants. Débordée par une quantité de dossiers à traiter, elle accepte tout de même d’en prendre un dernier à sa charge : le cas 39. Dans celui-ci, Lilith (Jodelle Ferland), dix ans, presque mutique, ne dort pratiquement plus et affiche de récentes difficultés scolaires. Pour expliquer cela, on regarde en direction des suspects habituels que sont les parents. Évidemment, ces derniers ne veulent coopérer ni avec l’école ni avec les services sociaux pour tenter de justifier l’état de leur fille. Emily soupçonne tout de suite un climat familial malsain et désire en connaître davantage sur cette famille, mais on lui refuse d’intervenir plus loin sous prétexte qu’elle ne détient pas encore de preuve valable pour le faire. Lorsque Lilith est sauvée in extremis de se faire brûler vivante par ses parents, ceux-ci sont condamnés à la prison et aux soins psychiatriques. Persuadée qu’elle peut aider Lilith à se remettre du mauvais traitement qu’elle a subi durant son enfance, Emily décide de la prendre sous son aile et de l’héberger à sa maison. Et si les parents de Lilith n’étaient pas si méchants que ça en fin de compte…

Tel un enfant qui se débarrasse de ses devoirs pour pouvoir aller rejoindre ses amis au parc, Case 39 entame les choses de manière expéditive. Le long métrage du cinéaste allemand Christian Alvart (Antibodies, Pandorum) s’amorce avec une mise en situation rapide, simple et efficace qui permet au spectateur de repérer les principaux enjeux du récit sans trop se creuser la tête. Les motivations du personnage d’Emily sont claires dès le départ et on partage sa frustration devant un organisme (l’équivalent au Québec de la DPJ) et un système judiciaire pourris par la lourdeur de leurs procédures. La visite de la travailleuse sociale à la demeure des parents de Lilith rend drôlement inconfortable, ceux-ci rappelant même vaguement l’infâme couple de The People Under the Stairs. Cette première partie, s’achevant sur une scène aussi rocambolesque que dérangeante où Lilith se réveille coincée à l’intérieur d’un four chauffant à plein régime, constitue surement la meilleure du film.

C’est lorsque l’intrigue commence peu à peu à dévoiler son contenu horrifique que Case 39 se met à accumuler les maladresses. Le revirement qui s’opère ne pose pas tant problème en soi. Mais puisque le réalisateur s’acharne à nous faire languir alors qu’on devine aisément la tournure à venir, on garde tout au long l’impression d’assister à la conception d’une farce qui ne nous sera jamais adressée. D’ailleurs, nos doutes quant à l’idée d’une personnalité trouble chez Lilith sont tôt éveillés par une mise en scène inutilement suggestive. Au fil des allers-retours de l’intrigue, on ne comprend même plus si Alvart tient à nous cacher ou non la vraie nature du personnage. Son jeu devient irritant et l’on voudrait fuir comme la peste les fausses pistes que le scénariste Ray Wright (le remake de The Crazies) nous sert afin d’étirer le temps. Ajoutez à cela plusieurs sursauts insignifiants, de la musique de type X-Files appuyant la présence de Lilith et du CGI typique lors des moments d’horreur graphique et vous vous retrouvez devant une énième grosse production qui cherche à se tirer d’affaire en s’assurant de jeter assez de poudre aux yeux du spectateur moyen.

Lilith, qui possède d’abord un don terrible pour la manipulation, finit par présenter des pouvoirs aux proportions démesurées, nous ramenant plus près d’un Final Destination édition jeunesse que du film d’horreur psychologique annoncé. Certes, la petite sait nous glisser quelques vicieux frissons grâce aux regards qui accompagnent ses répliques assassines et l’actrice qui l’incarne fait preuve d’un talent indéniable. Mais le personnage est malmené par un scénario en constante quête d’identité, dans lequel on visite pratiquement un à un chaque mythe de « l’encyclopédie des troubles chez l’enfant maléfique » avant de s’arrêter sur un choix qui paraît trivial. Le dernier quart du film nous tire vers les bas-fonds de l’horreur bon marché, le tout se concluant sur une note particulièrement faible. Renée Zellweger, qui jusque-là se débrouillait honnêtement dans son rôle, semble alors en arracher pour s’aventurer dans un registre qui n’est pas le sien.

Case 39 est donc un film d’enfant-meurtrier des plus ordinaires, mais qui se tortille dans tous les sens pour essayer de nous persuader du contraire. Ses producteurs ont certainement dû voir rouge à la sortie d’Orphan (2009), car l’oeuvre de Jaume Collet-Serra ressort comme la version idéalisée de ce que Case 39 espérait être. Un film qu’on tolère difficilement si on le prend au sérieux et qui gagnerait probablement à être regardé exclusivement pour son côté outrancier, voire ridicule.

  • Maxime Duguay

  • • Le Cas 39 (version française/Québec)

     

    The Children (2008)
    • Alice Sweet Alice (1976)

     

     
     


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