CHAIN LETTER

2010

RÉALISATION: Deon Taylor
SCÉNARIO: Deon Taylor, Diana Erwin et Michael J. Pagan
AVEC: Nikki Reed, Keith David, Brad Dourif, Cherilyn Wilson et Cody Kasch

La peur est un sentiment primitif et fondamental. Depuis la nuit des temps, l’être humain ressent le besoin quasi instinctif de s’effrayer, et pour certains, d’engendrer ce sentiment chez ses comparses. Le cinéma est une mine d’or quant à ce phénomène. Un film d’horreur culte se doit d’amener ses spectateurs dans les spirales descendantes de la peur. La meilleure façon d’y arriver, pour un scénariste, est de sonder les terreurs de son époque. Malgré la collaboration de trois plumes, ce qui peut rapidement se butter à un mur, Chain Letter gratte au sang les bobos de la société actuelle. Les jeunes de la nouvelle génération devraient se délecter devant cet artifice visuel qui aura tout pour leur plaire, les berçant dans leurs habitudes télévisuelles et les poussant à affronter les problèmes sociaux peuplant leur vie.

Jessie Campbell (Nikki Reed, la Rosalie des Twilight) et sa bande sont tous à l'affût des technologies de l’heure. Entre leur cellulaire, l’internet, les messageries textes et leurs jeux vidéos, ils ont très peu de temps pour analyser le concept de vie privée bafouée qu’engendre l’explosion technologique. Jusqu’au jour où un de leur professeur (Dourif), un peu «psycho-weirdo» sur les bords, les met face à leur réalité en leur imposant un essai sur le sujet. Parallèlement, étrange coïncidence (ou pas), ils reçoivent une chaîne de lettre avec la mise en garde typique de transférer ce message à d’autres sous peine de payer de leur vie. Menace plus ou moins prise en compte puisque tous les destinataires seront mis à l’épreuve.

Le film débute sur une note intéressante en nous présentant un montage alterné entre la routine matinale d’un couple versus les faits et gestes du tueur préparant la punition de sa victime. Les deux séquences se joignent et nous amène à constater que la victime sera démembrée involontairement par les deux voitures du couple lors de leur départ. Un commencement plein de potentiel. Par contre, il se trouve tristement affaiblit par Saw (James Wan, 2004) et ses suites. À la minute où j’assiste à un meurtre mettant en jeu le libre arbitre d’autrui comme bouée de sauvetage, une petite pensée pour Saw surgit dans mon esprit.

Le générique succède à cette scène, et par sa composition singulière, nous donne l’empreinte visuelle qu’aura l’entièreté du film. On mise tout sur l’esthétique accrocheuse du vidéoclip. On divise l’écran en quatre portions où différentes actions prennent place. On insert des images d’appareils électroniques et de bulletins de nouvelles afin de nous informer des propos du film. On rehausse l’ensemble avec des sons de technologies diverses (téléphones, interférences, échos radiophoniques, etc) qu’on apprête comme une simili-mélodie. Original et efficace, on nous flatte décidément dans le sens du poil.

L’essence du vidéoclip est plus que présent dans Chain Letter. Un film qui épouse magistralement la rythmique musicale dans son montage et transpose cette esthétique par l’usage de filtres francs (vert fluo) et de mouvements de caméra insolites. Ce n’est pourtant pas une réussite à tous les coups. On abuse parfois de cette machination. Par exemple, les fondus au noir lorsqu’on change de plan (au lieu de scène) sont injustifiés et casse le court de l’histoire. Certains n’apprécieront pas ce type de réalisation. Je tiens pourtant à dire, même si je suis habituellement fermé sur le sujet, que selon moi, l’utilisation d’une formule «vidéoclipesque» est symbiotique avec les discours tenus dans le film.

Car en fait, Chain Letter n’est qu’une énorme critique sociale non implicite de l’avancé de la technologie comme The Lawnmower Man (Brett Leonard, 1992), Hackers (Iain Softley, 1995) et Antitrust (Peter Howitt, 2001) l’étaient avant lui. Pour les plus dures de la feuille, on crache par la bouche du professeur une théorie sur la perte d'individualité due aux réseaux sociaux, aux GPS intégrés et à l’accessibilité d’internet. On traite aussi du terrorisme et des mouvements extrémistes, groupes qui font couler beaucoup d’encre actuellement et génèrent des sueurs froides chez plusieurs.

Si vous pensez vous asseoir devant un film qui vous barbera par son moralisateur et introspectif, détrompez-vous. L’action s'enchaîne rapidement et les scènes gores sont bel et bien présentes. Les effets spéciaux rendent justice à ces moments crus (sauf à un endroit où ça sent le «fake» à plein nez) contrairement à la performance des acteurs qui laisse parfois à désirer.

Dans l’ensemble, Chain Letter représente un divertissement... point! Loin d’être phénoménal, il tente tout de même par plusieurs astuces de se frayer un chemin dans la culture horrifique. J’imagine qu’à un certain point, on souhaitait nous déstabiliser lorsqu’on recevra une chaîne de lettre pour la prochaine fois. Alors, Chain Letter à partager? Pas sûre!

  • MaryBel Gervais

  • Saw (2004)
    Cry_Wolf (2005)

     

     
     


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