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CHERRY FALLS
2000
RÉALISATION: Geoffrey Wright
SCÉNARIO: Ken Selden et Jace Anderson
AVEC: Brittany Murphy, Michael Biehn, Gabriel Man, Candy Clark et Jay Mohr
« It’s an hymen holocaust !»
Bien que plusieurs crachent sans hésitation sur les slashers sortis à la fin des années 90, je persiste à croire que le succès de Scream a donné vie à plusieurs films de qualité. Cherry Falls est un de ceux-là, mais contrairement à I Know What You Did Last Summer ou Valentine, le film de Geoffrey Wright n’a pas bénéficié d’une grande visibilité due à un distributeur frileux. Il faut dire que suivant le tragique massacre de Columbine aux États-Unis, les censeurs n’entendaient pas à rire avec une œuvre subversive comme Cherry Falls et celle-ci a été charcutée et abandonnée au profit d’une première sur le réseau américain USA Network. C’est dommage, puisque Cherry Falls est probablement le seul slasher de la vague post-Scream à ne pas se contenter d’émuler la recette du succès de Wes Craven.
Le petite ville de Cherry Falls est aux prises avec un tueur en série. Les cadavres d’adolescents sont retrouvés avec la mention « virgin » gravée au couteau sur leur cuisse. Lorsque le coroner confirme que les corps des victimes adolescentes ont l’hymen intact, le shérif n’a d’autre choix que d’en venir à la conclusion que le tueur s’en prend aux puceaux! Lorsque cette théorie se répand, les habitants de la ville sont consternés. Les adolescents, eux, en profitent pour organiser une grande fête visant à dépuceler les victimes potentielles du tueur. Dans tout ce brouhaha, le shérif est inquiet pour sa fille (Brittany Murphy), encore vierge, qui est la seule à s’être échappée des griffes de l’assassin, une femme caractérisée par sa mèche de cheveux blancs.
Si la bonne petite fille vierge est généralement celle qui survie dans les films d’horreur, c’est tout le contraire dans Cherry Falls. Oubliez les risques d’attraper une ITS, être une salope n’aura jamais été aussi préventif!
Comme l’a fait Kevin Williamson avec Scream le scénariste Ken Selden a trouvé une façon intelligente de donner un second souffle à la formule du slasher, tout en adhérant parfaitement à la mentalité de celle-ci. Malgré un concept qui semble sorti du studio Troma ou d’une version horrifique d’American Pie, le scénario de Cherry Falls est beaucoup plus réfléchi qu’on pourrait le croire et traite son sujet intelligemment. Selden s’attarde beaucoup sur la perte d’innocence prématurée des personnages adolescents et l’hypocrisie de certains parents envers leurs enfants. En ce sens, certaines thématiques rappellent A Nightmare On Elm Street avec la banlieue irréprochable qui sert de camouflage à une société imparfaite. Le tout est enrobé d’un humour sarcastique qui vise souvent dans la mille. Le titre du film en est le meilleur exemple.
Le réalisateur australien Geoffrey Wright, qui s’est fait connaître grâce au brutal Romper Stomper était un choix particulier pour réaliser un slasher pour adolescents. Visuellement, le film va de pair avec les autres films du genre tournés à la même époque. Ce qui le différencie, c’est une atmosphère plus vicieuse et une violence quelque peu plus brutale, qui reste néanmoins dans les bonnes grâces de la décence. Le tout est plus souvent suggéré que montré, mais puisque la base de l’histoire traite du meurtre d’adolescents vierges, la suggestion semble être plus marquée. La plupart du temps, Wright évite de tomber dans la mise en scène cliché et offre quelques moments inspirés. La première altercation entre le tueur et le personnage de Britany Murphy est fort réussie. Au lieu de la scène de poursuites classiques, Wright nous en offre une à toute allure dans les corridors de l’école.
Un autre élément qui joue en la faveur de Cherry Falls est que le film est peuplé de moments absurdes et déplacés dans le contexte de l’histoire. Le plus notoire est sans contredit celui où après avoir appris des révélations sur ses parents, le personnage de Britany Murphy force son copain à lui sucer le gros orteil en le frappant au visage avec son pied! Il y a aussi des insinuations de relations incestueuses entre le personnage de Murphy et ses parents. C’est peut-être le fruit du hasard ou le résultat des coupures imposées par la censure, mais ces moments laissent leur marque et agrémentent la qualité et l’atmosphère étrange du film. Il est aussi intéressant de constater que même si le film est peuplé de personnages clichés, Wright a trouvé une façon de les rendre sympathiques et réalistes. Le plus bel exemple est le personnage principal, qui est l’emblème de la bonne petite fille, personnifiée avec de belles nuances par Britany Murphy. Loin du modèle créé par Jamie Lee Curtis et perpétué par Neve Campbell, Murphy est plus singulière, tuque avec oreille de souris à la tête et attitude plus extravagante. Le rôle va d’ailleurs à Murphy comme un gant.
Si Cherry Falls devait originalement bénéficier d’une sortie majeure en salles, le distributeur a changé d’idée à la dernière minute. Même si la bande-annonce circulait déjà dans les cinémas et que le magazine Fangoria en avait fait la promotion, le film a dû se contenter d’une première à la télévision, sans ses moments les plus juteux. Il est clair que le distributeur avait peur des répercussions en raison de son sujet tabou. Le plus dommage est que le gore promis par le réalisateur a été réduit de beaucoup et que ça affecte l’impact de l’oeuvre. Le montage, plus saccadé et énergique, durant les scènes de meurtres laisse transparaître les altérations. Pour un film au concept pervers, il est dommage que le résultat final ne soit pas plus dévergondé et exubérant. La finale, qui se déroule lors d’une orgie entre étudiants, est particulièrement fade si on tient compte du contexte particulier de celle-ci. Malheureusement, malgré ce que peuvent laisser sous-entendre certaines rumeurs, la version intégrale du film n’est pas disponible.
Un autre aspect nuisible, et qui n’a rien à voir avec la censure et les altérations du studio, est la musique de Walter Werzowa
(Mimic 2). Celle-ci flirte beaucoup plus avec le techno et les arrangements électroniques qu’avec les sonorités habituelles de ce genre d’œuvre. On sent une tentative de s’éloigner de la norme de la part de Walter Werzowa
, mais sa musique tape sur les nerfs pour les mauvaises raisons. À la même époque, Marco Beltrami (Scream 1-2-3) et Christopher Young (Urban Legend) ont fait beaucoup mieux avec le même style de film.
Au final, Cherry Falls a un excellent scénario et une réalisation solide, tous deux freinés par le climat social de l’époque à laquelle le film a été tourné. Il aurait été intéressant de voir à quoi ressemblerait Cherry Falls s’il avait été produit à une époque où les Hostel, Saw et Martyrs ont défoncé les barrières de la violence au cinéma . Les amateurs de slashers ne devraient toutefois pas bouder la version du film qui leur est offerte. Même amputé, Cherry Falls réussit à se démarquer de la compétition… à condition bien sûr que les amateurs prennent la peine de lui donner sa chance.



• Urban Legend (1998)
• Lovers Lane (1999)
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