Chillerama

CHILLERAMA

2011

RÉALISATION: Adam Rifkin, Tim Sullivan, Adam Green et Joe Lynch
SCÉNARIO: Adam Rifkin, Tim Sullivan, Adam Green et Joe Lynch
AVEC: Richard Riehle, Ray Wise, Joel David Moore, Sean Paul Lockhart et Kane Hodder

Quelle est la dernière fois que vous avez eu du plaisir au cinéma? Et par plaisir, je ne veux pas dire d'avoir simplement été diverti par le film projeté, mais bien d'avoir eu du gros fun sale, le genre que vous n'auriez pas eu seul à la maison en regardant le même film sur DVD. Trop longtemps, hein?! L'anthologie Chillerama, c'est un hommage à une époque révolue, une lettre d'amour aux séries B d'antan et un gros doigt d'honneur à la conformité hollywoodienne. Du fun, vous-dites?

Chillerama est le bébé de quatre cinéastes - Adam Green (Hatchet, Frozen), Tim Sullivan (2001 Maniacs), Joe Lynch (Wrong Turn 2) et Adam Rifkin (euh... Detroit Rock City) - qui se sont donné comme mission d'assembler une anthologie horrifique à l'ancienne totalement éclatée. Le film débute dans un cinéparc, là où le fier propriétaire s'apprête à projeter un marathon de films d'horreur pour la dernière fois avant que l'endroit ne soit détruit, faute de la baisse d'achalandage. L'homme d'un certain âge présente avec amour chaque film devant une audience fébrile pendant que quelque chose de louche se trame dans l'endroit...

Le premier film présenté se nomme Wadzilla et raconte l'histoire d'un homme qui suit un traitement expérimental puisque ses spermatozoïdes ne sont pas assez forts. Le traitement s'avère douteux lorsqu'à la moindre excitation, une douleur sévère se fait sentir dans ses testicules. Le médecin responsable du traitement lui suggère simplement de faire sortir le méchant avec une bonne branlette. Chose qu'il fait, laissant s'échapper un spermatozoïde disproportionné qui ne finit plus de grandir. La chose envahit les rues de New York, ravageant tout sur son passage.

Parodiant efficacement les films de monstres géants des années 50, ce segment est une brillante façon de débuter l'anthologie en force! D'emblée, le film de Rifkin démontre que Chillerama a l'intention d'allier kitch et humour en dessous de la ceinture, et ce, sans prétention. Les gags se suivent à un rythme effréné, mais surtout, atteignent tous leur cible. L'absurdité de Wadzilla débute progressivement, alors que le personnage principal éjacule un spermatozoïde de quelques centimètres, pour quelques heures plus tard, se battre avec celui-ci dans la salle de bain sous le regard dégoûté d'une femme qu'il tentait jusque-là de séduire. Puis, Rifkin se déchaîne, prouvant qu'il n'y a pas seulement que le réseau SyFy capable d'effets CGI de piètre qualité, mais dans un rare cas, le tout agrémente la qualité du segment.

Cette hilarité spermazoïdale est suivit de I Was A Teenage Werebear de Tim Sullivan. Ce segment est celui que les gens auront certainement le plus de difficulté à digérer. Sullivan, dont le dernier film, 2001 Maniacs: Fields Of Scream, défiait les lois de la médiocrité, revient en force avec un pastiche des comédies musicales des années 60 se déroulant à la plage, le genre popularisé par Elvis Presley. L'histoire met en scène une rivalité entre les sportifs et les voyous de l'école. Au milieu se trouve un jeune homme confus sur son orientation sexuelle. Lors d'un cours d'éducation physique, il se fait mordre le derrière par le chef des voyous, déclenchant ainsi un processus qui le transformera en Ours-Garou, un type d'homme à la poitrine velue qui préconise le cuir et la sodomie.

Bien qu'il soit le maillon faible de l'anthologie, I Was A Teenage Werebear n'en demeure pas moins le chapitre le plus audacieux. Évoluant dangereusement sur la mince ligne qui sépare la dérision et l'homophobie, Sullivan nous offre des numéros musicaux absurdes, mais totalement authentiques aux années 60, le tout servi avec de l'humour qui pourrait difficilement être plus au premier degré. I Was A Teenage Werebear n'atteint pas toujours sa cible, mais lorsqu'il le fait c'est en plein coeur. Bien que plusieurs aient déjà accusé le segment d'homophobie, Sullivan lance plutôt une flèche aux homophobes et c'est lorsqu'il s'en prend à ceux-ci que son film est le plus réussi. Par contre, âmes bien pensantes s'abstenir, puisqu'en terme d'humour sexuel de mauvais goût, I Was A Teenage Werebear ne donne pas sa place.

Ensuite nous vient le meilleur segment, The Diary Of Anne Frankenstein du prolifique Adam Green. Dans celui-ci, on apprend que la famille d'Anne Frank a écourté son nom qui était jadis Frankenstein. Lorsque Hitler est mis au courant que l'ancêtre des Frank était capable de réanimer les morts, il vole le journal de la famille pour tenter de se créer un monstre indestructible.

Non seulement Green a tenté de recréer le style de parodie préconisé par le cinéaste Mel Brooks (pensez à Young Frankenstein), mais il a réussi à surpasser le maître. Le réalisateur a émulé parfaitement le style de films d'horreur des années 30, tout en y apportant un style d'humour qu'on n’avait pas vu depuis les beaux jours de Brooks. Le film se déroule entièrement en allemand, ou plutôt un allemand approximatif dans lequel se glisse des noms de personnages de Star Wars et des références à d'anciens sitcoms. Joel David Moore (Hatchet) personnifie un Adolf Hitler cabochon avec brio et le monstre qu'il créer, un Rabin en puissance, n'est joué par nulle autre que Kane Hodder. Si vous ne riez pas durant ce segment, votre vie doit être triste en titi!

Finalement, Joe Lynch nous offre Deathecation, une oeuvre de quelques minutes qui donne tout son sens à l'expression "il faut le voir pour le croire"! Ce segment est en fait qu'une excuse pour étendre l'histoire du propriétaire du cinéparc qui voit ses clients se transformer en zombies après avoir mangé du popcorn contaminé. Ce qui débute sur deux jeunes amoureux qui sont incapables de se révéler leurs sentiments se transforme en orgie de zombies. Lynch reprend les moments les plus débridés de The Return of The Living Dead et Re-Animator et les multiplient pas dix! Chapeau d'un point de vue scénaristique, puisque la majorité des dialogues utilisés en fin de parcours sont des citations de films connus.

Ce segment de Lynch intitulé Zom-B-Movie excelle à lier les différents films et à faire de Chillerama l’expérience cinématographique qu’il est. Dans son genre, cette anthologie est le plus digne des nombreux émules du Grindhouse de Robert Rodriguez et Quentin Tarantino. J’irais jusqu’à dire que c’est le Creepshow de la nouvelle génération.

Au-delà des blagues de mauvais goût, Chillerama est le constat d’une industrie qui se consomme trop souvent sur nos cellulaires et écrans de portables plutôt qu’en masse, autour d’un gros bol de popcorn. Définitivement un sérieux candidat au titre du meilleur film de l’année.

  • Dany Champagne

  • The Return Of The Living Dead (1985)
    Grindhouse (2007)

     

     
     


    Horreur Web © 2003-2011
    Création/rédaction: Dany Champagne • Graphisme: Daniel Bérard