Épisode 10:
ÊTES-VOUS UN CRACKÉ MENTAL ???

Vous aimez les films d’horreur. Encore plus s’ils sont vraiment gore, avec des scènes de torture et de meurtres à vous glacer le sang. Vous êtes un fan de Jigsaw ou de Leatherface, et vous vous surprenez même, quelques fois, à les trouver vraiment brillants quand vous regardez la façon dont ils tuent froidement leurs victimes. Peut-être avez-vous même quelques figurines dans votre chambre? La majorité des filles vous trouvent vraiment dégueu de tripper sur ce genre de film. Mais est-ce que cette passion fait de vous un cracké mental? Un fou de qui il faut se protéger? Un serial killer en devenir?

Pour la majorité, je dirais « non ». En fait, c’est probablement même une façon saine d’extérioriser sa rage et son agressivité. Certains d’entre vous doivent se défouler en regardant un film vraiment gore. Peut-être imaginez-vous votre ex qui vient de vous domper là comme un vieux kleenex faire éventrer par Freddy ou votre mère qui vient de vous engueuler pour une connerie se faire mordre par un loup-garou. Ça vous défoule parce que vous avez enfin l’impression de reprendre le contrôle et le pouvoir sur votre vie en décidant du sort de la vie des autres, mais personne n’est blessé dans ce processus. C’est formidable!!!! En tout cas, c’est beaucoup mieux que de péter la gueule à un mec que vous ne connaissez même pas à la sortie d’un bar, après une soirée trop arrosée (pour oublier vos foutus problèmes...)!

Depuis quelques années, plusieurs psychologues et spécialistes du comportement se plaisent à citer des études démontrant un certain lien entre la violence à la télévision et l’augmentation de la criminalité. Je suis partiellement d’accord avec eux. Il faut prendre le tout avec un grain de sel. On s’entend tous pour dire qu’un meurtrier n’ira pas tuer son ex parce qu’il vient de se taper The Exorcist ou bedon Texas Chainsaw Massacre! Cependant, le fait de voir de la violence partout (dans les films, mais aussi dans les bulletins de nouvelles) nous désensibilise progressivement à ce genre de comportement. Souvent, je vois des images provenant d’Irak ou d’Afghanistan, où un malade s’est fait explosé dans un autobus, et ça ne me fait rien. Nada. Nothing. Je vois, en direct, une quarantaine de personnes MOURIR, et je m’en câlisse. WOW! ÇA, c’est fucké. Me foutre de la violence, ça, ça fait de moi une cracké mental. J’ai été désensibilisée à ce genre d’événements parce que j’en ai trop vus!!! Réalisez-vous seulement à quel point c’est WEIRD?!?!?!

En fait, c’est surtout ça le drame : être complètement insensible à la violence alentour de nous. Est-ce que les films gore ont leur part de responsabilité? Oui. À force de regarder des dizaines et des dizaines de films sanglants et meurtriers, la VÉRITABLE violence, celle qui se déroule en Irak ou à Montréal-Nord, ne me fait plus rien. Normalement, je devrais ressentir au moins un peu de peine envers la famille des victimes ou de la colère envers celui ou celle qui est responsable de la tragédie. Mais non. Je me dis que toute cette violence se déroule loin de moi, et que, anyway, je ne la connaissais pas la madame qui vient de se faire tirer dans un Tim Hortons!

Je ne pense pas qu’on devrait bannir tous les films horrifiants, ni qu’on doive les interdire aux personnes mineures. Je crois seulement qu’un travail de sensibilisation devrait être fait. Question de remettre les choses en leur contexte véritable. Que la fusillade à Toronto le 26 décembre dernier, c’est horrible. Que la fusillade à la Polytechnique, c’est vraiment dégueulasse. Que de se révolter contre les milliers de morts faits en Irak, c’est tout-à-fait sain! Et que le responsable de tous ces tristes événements, ce n’est pas Mr. Cinéma d’Horreur, mais bien le gouvernement américain qui invente des raisons pour aller envahir l’Afghanistan et « qui fait rouler en boucle la bobine pour que l’horreur ne fasse plus horreur, mais devienne de la routine », le gouvernement canadien qui n’investit pas assez dans les ressources d’aide aux gens en difficulté et Monsieur et Madame Tout-Le-Monde qui s’en foutent vraiment de ce qui se passe pour de vrai, dans la vraie vie...