Allez chercher loin loin dans vos souvenirs... À quel âge avez-vous été déviergé? Je vous parie que pour 95% d’entre vous, ça se situe entre 9 et 13 ans. Vers la fin de l’école primaire. C’était dans le sous-sol d’un ami, il était tard le soir. C’était probablement un Halloween, un Friday The 13th, un Freddy ou bedon Predator (c’est mon cas!). Vous aurez deviné que je parle d’ici d’un dépucelage visuel : de votre premier film d’horreur... à VIE! Vous avez eu la chienne de votre petite vie, vous avez senti votre cœur battre fort fort. Même si vous ne vouliez pas vous l’admettre (car vous êtes quand même un vrai gars, un tough!), vous aviez eu très peur de rentrer à pied, seul, dans la nuit sombre, vers 21h30 (!). Votre premier film d’horreur est sûrement gravé dans votre tête, et il restera toujours très spécial pour vous, presque comme votre premier amour. Mais pourquoi?
C’était le début de votre adolescence. La vraie vie commençait à peine. Vous commenciez à avoir du guts, à vouloir prouver aux autres (et à vous-mêmes) que vous étiez courageux. Que vous étiez fort. Que vous n’étiez plus le ti-gars-à-sa-maman, mais bel et bien un homme. À cet âge, on veut se placer en situation « épeurante », « dangeureuse » même, et être capable de s’en sortir par soi-même. Dépendant de l’âge et de l’expérience de vie, ces situations vont de voler un paquet de gomme balloune au dépanneur du coin à conduire à 180 km/h sur l’autoroute, à minuit le soir. Mais pour vous, à cet âge, regarder un film d’horreur, c’était le top de l’interdit, le comble de la délinquance (car papa et maman n’auraient pas été contents de savoir que vous aviez loué ce film-là!). C’est ce qui rend ce film si spécial encore aujourd’hui.
Maintenant, vous êtes rendus des grands garçons (et moi une grande fille!). Ces films ne font plus autant d’effet. Je suis maintenant capable de marcher seule sur la rue à minuit après avoir regardé le jouissif Silence of the Lambs! Sauf que... j’ai encore un petit feeling en regardant un film d’horreur. Un feeling qui fait en sorte que je me sens encore cool, encore jeune, encore ado. Je me sens encore, très subtilement, rebelle de regarder ce genre de films. Peut-être qu’à 24 ans, je ne me sens pas encore prête à quitter l’adolescence et tout son monde de découvertes. Alors je me recrée artificiellement ces sensations.
Ainsi, regarder un film d’horreur sert un but précis, que vous en soyez conscients ou pas. Rechercher le sentiment de peur en écoutant Signs, Wrong Turn ou The Ring vous ramène directement aux débuts de l’adolescence. C’est comme si vous vouliez arrêter l’Horloge du Temps, et y rester encore un peu, parce que vous y étiez tellement bien et que la vie était tellement plus excitante que maintenant. Premier baiser VS première baise? Première journée au secondaire VS première journée à votre « vraie » job? Premier film d’horreur ou dernier film d’horreur? Lequel vous rappelle le souvenir le plus intense???