COMBAT SHOCK
1986
RÉALISATION: Buddy Giovinazzo
SCÉNARIO: Buddy Giovinazzo
AVEC: Rick Giovinazzo, Veronica Stork, Mitch Maglio, Asaph Livni et Leo Lunney
Empruntant une route similaire à Taxi Driver, Combat Shock nous présente un homme détruit mentalement par sa participation à la guerre du Vietnam. Celui-ci ne parvient pas à réintégrer la société adéquatement et trouve refuge dans la violence. Abordant une violence graphique supérieure à la norme, Combat Shock a mis deux ans à trouver preneur chez les distributeurs. Celui qui a eu l'audace de distribuer en salles le premier film de Buddy Giovinazzo est nul autre que Loydd Kauffman et son studio Troma. Profitant du 25e (en quelque sorte) anniversaire du film, Troma lance sur le marché une édition DVD double sous sa bannière "Tromasterpiece Collection". Un bel honneur pour un film plutôt obscur.
Frankie Dunlan a subi les horreurs de la guerre du Vietnam. Après que les membres de son peloton furent tous sauvagement assassinés, il a été kidnappé, drogué et torturé pendant deux ans. Maintenant père de famille, Frankie tente d'oublier le passé et refaire sa vie dans un quartier ultra démuni de Staten Island. Sans éducation, ni compétence, Frankie se bute aux nombreux refus des employeurs et doit supporter la pression de devoir nourrir sa famille (sa femme et son fils d'un an complètement hideux) sans le sou. Le passé violent du jeune homme refera surface dans des conditions tragiques.
Le cinéaste Buddy Giovinazzo a produit Combat Shock avec l'argent qu'il a reçu en cadeau lors de son mariage. Au vu du produit final, il est facile d'assumer que la liste d'invités ne devait pas être très grande. Combat Shock oscille entre le cinéma expérimental et amateur. Tant le visuel que les acteurs dégagent un manque de professionnalisme agaçant. Le style du film concorde parfaitement avec la mentalité du studio Troma, il n'est donc pas surprenant que Kauffman ait mis le grappin dessus. Sans vouloir dénigrer le pilier du cinéma indépendant horrifique qu'est Troma, c'est justement cet amateurisme non contrôlé qui empêche Combat Shock d'être considéré au même niveau que Maniac, The Driller Killer ou Henry: Portrait Of A Serial Killer, tous des films similaires.
Le scénario de Combat Shock traite son sujet avec sérieux. Le constat d'une Amérique sans espoir est très bien rendu et supporté par des décors naturels de Staten Island à donner envi de vomir. Mais le traitement involontairement cabochon que lui accorde son réalisateur vient amoindrir la gravité du propos. Giovinazzo opte pour un style pseudo-documentaire (un peu comme Henry: Portrait Of A Serial Killer l'a si bien fait) pour rehausser le réalisme de son film. Par contre, ses acteurs sont si mauvais que le contraste entre leur performance et la tentative de réalisme saute aux yeux. Il n'est pas surprenant que la majorité d'entre eux n'ait jamais tenu de rôle dans une autre production, pas même une production Troma. Seul Rick Giovinazzo (le frère du réalisateur) s'en sort correctement dans le rôle principal. Il est juste dommage que le parcours psychologique de son personnage manque de crédibilité.
Pour ajouter encore plus au côté amateur du film, Giovinazzo a décidé que le fils d'un an de Frankie allait être malade et déformé. Le concept ressemble beaucoup au bébé mutant d'Eraserhead, qu'il est difficile de ne pas penser que le réalisateur n'a pas plagié David Lynch. Ce qui le sauve, c'est que son bébé est tellement mal fait (pensez à E.T. modelé avec de la plasticine par un enfant de cinq ans), que Lynch a dû trouver inutile toute procédure de poursuite.
Malgré tous ses défauts, Combat Shock s'est néanmoins bâti une bonne réputation parmi les amateurs de cinéma underground. Ceci est attribuable à sa finale extrêmement sanglante et cruelle. Il faut avouer que Giovinazzo n'a pas eu froid aux yeux en ne s'imposant aucune limite ni censure. Bien que les événements de cette finale soient précipités d'un point de vue narratif, Giovinazzo touche la cible. Les effets gores, gracieusetés de Ralph Cordero (Splatter University), sont efficaces compte tenu du maigre budget disponible.
Troma propose Combat Shock dans une édition anniversaire double. Le DVD contient la version originale et un director's cut, sous le titre American Nightmares (Combat Shock avait été imposé par Troma lors de l'acquisition du film). Parmi les suppléments, on retrouve une piste de commentaires audio avec le réalisateur, des entrevues, des courts-métrages de Giovinazzo et un documentaire mettant en vedette John McNaughton, Scott Spiegel, Richard Stanley, William Lustig et Jim VanBebbber. Une belle édition pour un film qui n'en méritait pas tant!
Combat Shock n'est pas entièrement à déconseiller. Giovinazzo a beau manquer de finesse, la passion qu'il démontre est contagieuse. Par contre, on ressort du visionnement avec l'impression d'avoir déjà tout vu ailleurs et surtout mieux fait ailleurs.



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• American Nightmares (titre original, version longue/USA)


• Henry: Portrait Of A Serial Killer (1990)
• The Driller Killer (1979)
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