CONJURER

2008

RÉALISATION: Clint Hutchinson
SCÉNARIO: Clint Hutchinson et David Yarbrough
AVEC: Andrew Bowen, Maxine Bahns, John Schneider, Liz McGeever et Tom Nowicki

Un peu en retrait des autres films d’horreur du moment, il y a Conjurer. Difficile à cerner par son extrême peaufinage de l’image et par sa thématique un peu décalée; une sorcière vengeresse. Bien sûr nous avons eu droit à Drag Me to Hell de Sam Raimi cette année qui nous fusionnait à une malédiction de sorcière, mais ici nous somme ailleurs, plus près du début du millénaire. Un film comme The Blair Witch Project (Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, 1999) se retrouve à ses côtés, si on oublie l’utilisation de la caméra subjective. Les deux prennent leur source dans le folklore d’un petit village isolé où les traditions verbales sont omniprésentes et où la désinformation urbaine a moins d’emprise.

Après un avortement spontané involontaire, Helen et Shawn décident de changer d’environnement afin d’oublier cette dure épreuve. Suivant leur conseiller financier, le frère d’Helen, ils achètent une maison ancienne en campagne. Sur le terrain de leur nouvelle acquisition se trouve une vieille cabane décrépie. Ils apprennent rapidement que, selon les légendes du village, c’était la demeure de la sorcière Hattie à qui on enleva son bébé naissant et qui fut tuée. Elle jura de se venger de quiconque s’approcherait de sa terre. Helen se soucie peu des racontars et met tout son énergie dans la décoration de sa nouvelle demeure. De son côté, Shawn s’intéresse à Hattie et sa légende. Suite à l’apparition de spectres sur ses photographies et à ses cauchemars terrifiants, il deviendra de plus en plus obsédé par l’histoire. Lorsqu’Helen lui apprend qu’elle est à nouveau enceinte, il sera prêt à tout pour protéger son enfant de la sorcière.

Plusieurs éléments du récit me semblent incompréhensibles. Certains événements se produisent sans que l’on nous explique la cause plus tard. Entre autre, la bague que le corbeau donne à Helen et qu’on oublie totalement ensuite. L’élément déclencheur reste lui-même obscure. Shawn visitant la cabane trouve un pot de cendre qu’il brise par mégarde. Symboliquement, on serait tenté de dire qu’il vient de libéré l’esprit maléfique, mais jamais on nous donne la confirmation que Hattie ne pouvait nuire sous l’emprise d’un sort. Le scénario prend des chemins hasardeux sans jamais être confiant du dénouement final. L’écriture reflète une plume fragile manquant d’expérience et puisant ses idées dans une faible connaissance filmique du genre horrifique. Trop souvent, on oublie d’insérer des ferments d’intrigue qui captivent le spectateur et le poussent à rester attentif. L’intérêt pour l’histoire se casse à tout moment, laissant notre petite tête vaquer à n’importe quoi sauf la suite du film. On aurait aussi gagné à développer les personnages pour lesquels aucune empathie ne semble possible.

Le point fort, parce qu’il y en a un, se trouve définitivement au niveau de la conception de l’image. Le personnage principal étant photographe artistique, on ressent aisément l’empreinte qu’il lègue sur l’entièreté du film. Les prises de vue sont surprenantes et recherchées. On tente d’optimiser chaque plan et chaque parcelle du film. Plusieurs séquences, celles oniriques ou hallucinatoires, semblent tournées en pellicule. C’est possiblement un effet rajouté au montage mais les imperfections et le grain du médium physique sont totalement crédibles, intéressants et ils rappellent notre petite tête à l’ordre. Franchement, certains cadrages m’ont étonnés par leur ingéniosité et je me devais de souligner cet effort réussit. Si vous avez regardé The Midnight Meat Train (Ryûhei Kitamura, 2008), vous comprenez exactement ce dont il est question ici par rapport à l’originalité et le léchage au maximum de l’image ainsi qu’à l’introduction d’un personnage photographe et les répercussions qu’il cause sur tout le film.

Je me trouve donc relativement tiraillé avec cet œuvre. Mon côté féru d’histoires qui me surprennent et me tiennent en haleine est complètement brimé tandis que mon penchant pour tout ce qui est visuellement artistique et travaillé avec force est comblé au maximum. Tristement mon envie de divertissement a pris le dessus. En écoutant mes premières impressions suivant le visionnement, je me rends compte que j’étais foutument insatisfaite de ces 88 minutes. Oui, j’avais eu le temps de planifier ma journée du lendemain ainsi que ma liste d’épicerie, mais justement, je n’avais pas réussit à m’évader suffisamment de ma petite vie en manque d’action!

  • MaryBel Gervais

  • Darkness Falls (2003)
    The Amytiville Horror (2005)

     

     
     


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