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THE DAY OF THE BEAST
1995
RÉALISATION: Álex de la Iglesia
SCÉNARIO: Álex de la Iglesia et Jorge Guerricaechevarria
AVEC: Álex Angulo, Santiago Segura, Armando De Razza, Maria Grazia Cuchinotta et Nathalie Sesena
Dans une Espagne bouillonnante où le film d’horreur se fait la part belle, le cinéaste Álex de la Iglesia a su saisir le cheval par la bride et s’imposer comme l’un des maîtres du genre. Depuis Acción mutante, paru en 1992, de la Iglesia enchaîne des films hétéroclites mais tous profondément empreints de cet incroyable humour noir qui fait aujourd’hui encore la marque du réalisateur. Dès 1995, avec El Día de la bestia, il s’affirme clairement comme l’un des espoirs les plus prometteurs de sa génération. On retiendra d’ailleurs que The Day of the Beast fut cette année là récipiendaire du Grand Prix au Festival international du film fantastique de Gérardmer.
Ángel Beriartúa est un prêtre spécialisé en théologie qui est parvenu, là où tous les autres avant lui ont échoué, à décoder les Évangiles. Selon le message crypté qu’il a réussi à traduire, l’Antéchrist s’apprête à naître à l’occasion du réveillon de Noël 1995. L’ecclésiastique a aussi pris pour acquis que le Démon devrait voir le jour à Madrid, étant donné une vague de crimes sordides sans précédent. Étant celui sur qui repose la lourde tâche d’enrayer cette menace que Satan ourdit contre l’humanité depuis la nuit des temps, Ángel doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour trouver où précisément aura lieu la naissance du Fils du Diable.
Pour cela, le prêtre devra faire le Mal autour de lui afin de se rapprocher de la Bête, l’Ange Déchu… Et il pourra bientôt compter sur José Maria, un fan incontestable de Death Metal, ainsi que le professeur Cavan, célèbre pour l’émission de voyance qu’il anime chaque nuit à la télévision. Notre trio de choc fera face à toutes les péripéties possibles afin de vaincre le Malin, mais a-t-il finalement une quelconque chance d’interférer à son œuvre?
Je n’irai pas avec le dos de la cuillère : The Day of the Beast est sans nul doute l’une des meilleures comédies d’horreur jamais réalisées! Dans le domaine de l’humour noir, ce film rivalise sans peine avec les épisodes les plus tordus de la célèbre série South Park! À-travers des moments surréalistes et une violence hébétante se trace le solide propos d’un réalisateur dont le cynisme n’a définitivement pas de limites. Proposant trois antihéros charismatiques et marginaux (particulièrement José Maria, représentant de premier ordre de la communauté Métal), Álex de la Iglesia va foutre un bordel monstre dans une ville de Madrid qu’il présente comme tordue, violente et incroyablement cruelle. Car si les personnages principaux de son film isolent clairement le bien et le mal dans leur croisade contre le Démon de laquelle on peut carrément douter du début à la fin du film, on ne peut cependant nier la véracité de la gratuité dont fait preuve ce gang de bourgeois qui tabasse et brûle vif des sans-abris au nom d’une « Madrid Propre »…
Sans aucun doute, The Day of the Beast se veut aussi critique d’un pays où la religion catholique se fait encore aujourd’hui terriblement sentir. Certain d’être investi d’une mission divine, notre protagoniste se met à perpétrer les pires atrocités en Son nom. Il faut le voir droguer une vierge afin de collecter son sang et d’invoquer Satan! Cette scène est aussi drôle que malaisante, à l’instar de la majorité du film, puisque le personnage demeure toujours persuadé du bien fondé de ses actions. Même lorsqu’il tue, qu’il vole, qu’il tabasse des gens, qu’il consomme du LSD, qu’il se scarifie… Je vous ai dit que ce film était un beau bordel? Le réalisateur profite aussi de son temps d’antenne pour attaquer diverses choses, notamment la sauvagerie du milieu urbain et la stupidité de shows télévisés comme ceux qu’anime le professeur Cavan.
De plus, de la Iglesia propose un film exempt de tous temps morts. La mission divine de notre Ángel affronte un nombre impressionnant d’imprévus et il se passe toujours quelque chose à l’écran pour nous faire pouffer! Les fusillades, les poursuites en voiture, tout cela est monnaie courante dans ce film où le temps qui passe se fait lourdement sentir pour les personnages, puisque chaque minute rapproche de la naissance de l’Antéchrist! Le cinéaste propose pour cela une réalisation particulièrement dynamique, qui prend au ventre et présente chacune des incroyables conneries de nos personnages principaux comme un océan de rigolade à venir! Que ce soit lors de leur fuite éperdue sur l’enseigne d’un gigantesque building, d’une prise d’otage des plus improvisées ou encore avec un final cruel, jamais nous ne disposerons d’une seconde de répit. Crampes aux abdominaux à prévoir! Quelques larmes imprévues pourraient aussi se glisser au mélange...
En somme, il s’agit d’un produit hautement recommandé. Amateurs de films d’horreur, de musique brutale, de South Park, d’humour noir, de marginalité… Vous allez ici vous retrouver en terrain béni. The Day of the Beast est une comédie solide comme le roc, à voir et à revoir. J’applaudis son auteur de manière inconsidérée et je vous recommande une petite exploration de sa filmographie, puisque ce film-ci n’est que la pointe de l’iceberg de la Iglesia. Dans tous les cas, il s’agit un excellent titre pour s’initier à son art.



• Le Jour de la Bête (version française)
• El dia de la Bestia (version originale espagnole)


• La Communidad (2000)
• The Devils (1971)
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