DEAD SILENCE

2007

RÉALISATION: James Wan
SCÉNARIO: Leigh Whannell
AVEC: Ryan Kwanten, Amber Valletta, Donnie Wahlberg, Michael Fairman et Joan Heney

Suite au succès de son film Saw en 2004, James Wan est rapidement devenu un réalisateur très en demande. Il aurait été tentant pour un jeune cinéaste inexpérimenté comme lui de succomber à la tentation de réaliser les suites de son premier succès. Wan a plutôt préféré prendre son temps pour accoucher d'un projet original, mais surtout, différent de l'oeuvre qui l'a fait connaître.

C'est une soirée tout à fait normale que s'apprête à passer le couple formé de Jamie et Lisa Hashem. Lorsque ça sonne à la porte, Jamie y trouve un emballage dans lequel repose un vieux pantin de ventriloque. N'ayant pas d'adresse de retour ni d'indice sur la provenance de cet étrange présent, Jamie n'y porte pas trop attention. Lorsqu'il revient du restaurant avec sa commande, il retrouve sa femme morte, la langue arrachée. Tout porte à croire que le pantin est la clé de l'énigme. Ce dernier, va conduire Jamie tout droit à Raven's Fair, sa ville natale. Ce petit patelin est notoire pour sa légende du fantôme de Mary Shaw, une ventriloque qui a péri dans des circonstances nébuleuses. Le retour de Jamie à Raven's Fair coïncide avec une série de meurtres sordides. Celui-ci devra résoudre l'énigme avant d'être la prochaine victime.

Ce n'est pas un hasard si Dead Silence est précédé du vieux logo en noir et blanc du studio Universal. Le nouveau film de James Wan a beaucoup plus en commun avec les classiques du cinéma macabre des années 30 et 40 qu'avec la vague de films d'horreur actuelle. Histoire de fantômes dans le plus classique du terme, Dead Silence n'est rien de plus qu'un ramassis habile de conventions mille fois vues dans les films du genre. Par contre, ce qui le différencie de la masse, c'est l'habileté étonnante avec laquelle Wan emmêle une atmosphère gothique envoûtante à un suspense continu. Tout en adoptant un style qui a fait ses preuves, Wan se permet plusieurs décisions innovatrices et audacieuses. Dead Silence démontre que Wan a l'étoffe d'un grand réalisateur de films d'épouvante. Le jeune cinéaste a fait ses devoirs et applique ses connaissances avec justesse. Visuellement, son film a de la classe et un souci du détail que l’on retrouve trop rarement dans le cinéma moderne. À des années lumières de ce à quoi ressemblait Saw, Dead Silence prouve que son réalisateur n'est pas un feu de paille et qu'il est non seulement capable de s'adapter, mais aussi de maîtriser plus d'un style,

Initialement intitulé Silence, le film porte bien son nom. Le son est un élément primordial à l'histoire. Les apparitions du fantôme sont accompagnées d'un silence total. Wan bâti habilement son suspense à partir de ce silence angoissant. Ce dernier laisse languir le spectateur, qui n'a d'autre choix que de remarquer tous les détails de l'image. La technique est audacieuse, si on tient compte que la majorité des films se fient à une hausse subite du son pour effrayer! Cette méthode rehaussée de l'atmosphère gothique et du visuel recherché, donne une identité particulière à l'oeuvre. Bien que le silence soit l'élément clé du suspense du film, la trame sonore composée par Charlie Clouser (Saw) ne passe pas inaperçue. Celle-ci concorde parfaitement avec la mentalité rétro du récit.

À défaut d'être totalement original, le scénario de Leigh Whannell (un autre rescapé de Saw) a au moins le mérite de ne pas être un dérivé des histoires de fantômes japonaises! Le scénariste a plutôt bâti une histoire de fantômes calquée sur le modèle classique. L'idée d'entremêler une légende de fantôme avec des pantins est quant à elle originale et, à ma connaissance, jamais vue. Whannell a réussi à combiner habilement deux éléments susceptibles d’effrayer facilement le public. Aussi, le côté minimaliste de l'histoire est catalyseur au style de réalisation imposé par James Wan. Le script ne regorge pas de revirements ou de scènes d'action, mais fait plutôt place à plusieurs opportunités effrayantes et macabres. Par contre, le récit manque un peu de profondeur. L'histoire déboule beaucoup trop rapidement et il est difficile de totalement s'investir dans la quête du personnage principal. Le revirement final, fortement tiré par les cheveux, en décevra aussi plus d'un. L'idée est pourtant géniale, mais c'est dans l'exécution que le tout n'est pas tout à fait réussi. Avec sa série de flashbacks explicatifs et sa musique excessive, le revirement semble tout droit sortie de la série... Saw! Comme quoi, chassez le naturel et il reviendra au galop!!

Par contre, cette légère lacune n'est pas ce qui fait le plus mal au film. Ce qui empêche Dead Silence d'évoluer à un niveau supérieur, c'est la performance plus qu'ordinaire de l'acteur principal Ryan Kwanten. Ce dernier se contente d'exécuter son travail sans aucune passion. À aucun moment il est possible de croire à son deuil ni à sa détermination de résoudre l'énigme du meurtre de sa femme. Ce qui est le plus dommage est que tous les autres acteurs sont excellents, ce qui fait ressortir encore plus les lacunes dans le jeu de Kwanten! Lorsque Donnie Wahlberg (The Sixth Sense, Saw 2), qui n'a jamais été reconnu comme un acteur talentueux, réussi à voler la vedette à l'acteur principal, c'est mauvais signe...

Dead Silence ne réinvente définitivement pas le genre. Par contre, ceux qui aiment les films d'horreur à l'ancienne ainsi que la subtilité au lieu des effets chocs, devraient se régaler. Plusieurs seront déçu que James Wan n'ait pas continué dans la ligné de Saw. Le fait qu'il ait évité de réaliser un autre clone de son premier succès démontre, à mon avis, le sérieux de sa démarche. Plus que jamais, Wan est un cinéaste à surveiller!

  • Dany Champagne

  • Silence De Mort (version française/Québec)

  • Dead Of Night (1945)
  • Magic (1978)

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