DEAR MR. GACY

2010

RÉALISATION: Svetozar Ristovski
SCÉNARIO: Kellie Madison et Jason Moss
AVEC: William Forsythe, Jesse Moss, Patrick Gilmore, Jeffrey Bowyer-Chapman et Emma Lahana

John Wayne Gacy, le clown meurtrier ayant fait une trentaine de victimes aux États-Unis jusqu’à sa capture en 1980, reste encore aujourd’hui l’un des tueurs en série américains les plus notoires. Quelques mois avant son exécution, le 10 mai 1994, un jeune étudiant en criminologie de l’université de l’Illinois nommé Jason Moss prend contacte avec le meurtrier. En se faisant passer pour un jeune homosexuel qui cherche sa place dans la société, Moss espère se rapprocher de Gacy afin de lui soutirer des informations sur ses motivations et son état d’âme en tant que tueur en série.

Ce qui au départ n’est qu’une correspondance écrite à des fins académiques se transforme rapidement en lourd fardeau psychologique pour le jeune homme. Les lettres deviennent des coups de fil hebdomadaires, qui progressivement, s’assombrissent jusqu’à en devenir profondément troublants. Gacy menace d’utiliser ses contacts extérieurs pour faire du mal à Jason s’il met un terme à leur amitié, ce qui plonge l’étudiant dans une sérieuse paranoïa. L’ambition du jeune homme triomphe toutefois et l’emmène jusqu’au centre correctionnel de l’Illinois, où il fait la rencontre d’un John Gacy fort excité. Cette rencontre marquera la fin de l’étude de Jason ainsi que les derniers moments d’existence du tueur, qui sera exécuté quelques jours plus tard.

Cette brève récapitulation est tirée d’une histoire vraie. Jason Moss (interprété par Jesse Moss, Final Destination 3) a bel et bien étudié les cas de plusieurs tueurs en série dont Henry Lee Lucas, Charles Manson et sa plus fructueuse introspection, John Wayne Gacy. Suite à cette vaste étude, le jeune homme originaire de l’Illinois aux États-Unis a décidé d’écrire un livre intitulé The Last Victim, sur lequel le réalisateur d’origine yougoslave Svetozar Ristovski s’est basé pour créer Dear Mr. Gacy. Le titre de son livre fait référence à l’état d’âme de son auteur puisque Moss à subit de graves blessures psychologiques lors de cet expérience.

En juin 2006, Jason Moss s’enlève la vie à son domicile d’Henderson, au Nevada, ce qui ultimement, donne tout son sens au titre de son ouvrage, La Dernière Victime.

De transposer cette histoire à la fois touchante et morbide au cinéma est un pari imposant. D’une part, la légende de Gacy est l’une des plus connues dans l’univers des tueurs en série, ce qui peut très facilement soulever l’indignation des amateurs quant au respect des faits. D’autre part, il y a les choix de réalisation et d’écriture qui s’imposent très tôt dans le processus d’adaptation d’un best seller qui relate des faits vécus.

Ristovski a décidé de miser sur une approche cinématographique très sobre, qui flirte avec un certain nombre d’images d’archives pour donner un léger sentiment de documentaire. Il nous introduit au sujet avec l’arrestation réelle de Gacy, avant de nous présenter les acteurs qui auront la lourde tâche de nous convaincre. Dans le cas de Gacy lui-même, le choix du comédien n’aurait pu mieux tomber. William Forsythe (The Devil’s Rejects), incarne avec brio le célèbre tueur qui inspire autant à la sympathie que le mépris total. On y croit et on en redemande. Dans le cas du jeune Jesse Moss par contre, l’attachement est difficile. On a l’impression que le jeune acteur a fait ses devoirs, qu’il tente tant bien que mal d’incarner Jason dans toute son innocence, mais au final, nous n’éprouvons que très peu de sympathie à son égard.

Je ne peux dire que je ne me suis pas légèrement emmerdé. Le ton du film donne l’impression de regarder une dramatisation de fait divers banal tel que présenté à la télé les soirs de semaine. Le point le plus percutant réside dans la dernière minute du film, alors qu’on nous présente de véritables images de Jason Moss avant de nous informer (pour ceux qui ne le savent pas déjà) de son suicide en 2006. Somme toute, l’adaptation est un peu bâclée et les valeurs cinématographiques ne sont aucunement mémorables mais pour l’histoire, Dear Mr. Gacy mérite qu’on s’y attarde.

  • Robert Parent

  • The Silence of the Lamb (1991)
    • Se7en (1995)

     

     
     


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