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DEFENCELESS: A BLOOD SYMPHONY2004
RÉALISATION: Mark Savage Malgré qu'il aie offert aux amateurs plusieurs réalisations audacieuses depuis ces vingt dernières années, le cinéaste australien Mark Savage demeure méconnu hors de sa région. Avec Defenceless: A Blood Symphony, il tente de laisser sa marque d'une façon bien singulière dans le sous-genre du "rape and revenge". Face à l'offre d'investisseurs, une femme refuse de céder la propriété de son terrain situé près d'une plage. Pour lui faire regretter de ne pas collaborer, ces derniers tueront d'abord son mari. La femme se liera ensuite d'amour avec une autre femme, qui subira à son tour la médecine des investisseurs. Par vidéo, la pauvre femme verra son amante se faire violer brutalement. Ce sera aussi son fils auquel ils s'en prendront, pour enfin la violer et la laisser pour morte. Neuf mois plus tard, elle reviendra à la vie pour faire payer le prix aux voyous. Si le synopsis de Defenceless vous paraît quelque peu absurde, ce n'est pas pour rien. En fait, le récit du film se veut à la fois banal et incohérent. Ce qui lui permet de tenir en place, c'est surtout un concept des plus inusités pour ce genre de production. Pendant 1h38mins, le film ne contient aucun dialogue et le plus souvent aucun son diégétique. Nécessairement, Mark Savage se lançait tout un défi en adoptant une forme aussi peu commune pour traiter d'une telle histoire. Cette idée d'allier deux univers généralement opposés (le film d'exploitation et le film dit "artistique") fait de Defenceless un film original, mais aussi un film difficile d'approche. Les fervents du "rape and revenge" trouveront sûrement le film lent et trop abstrait, alors que les autres seront repoussés par la brutalité de certaines scènes. Il s'avère difficile de décrire l'expérience que procure Defenceless tellement le film déroge de la norme. D'abord, mentionnons qu'étant donné l'absence de dialogues, la musique occupe une position prédominante. Les compositions musicales, surtout de la musique classique et parfois électronique, envoûtent et forgent subtilement le ton de chacune des scènes. Pour ajouter à cela, le jeu de l'actrice principale Susanne Hausschmid semble parfaitement adapté à l'enjeu du film. Ici, tout passe par la gestuelle et les expressions faciales. Ce qui est fascinant avec le personnage, c'est qu'on ne sait jamais exactement ce qui occupe ses pensées. On s'imagine vaguement où elle se situe psychologiquement, mais on ne peut jamais mettre le doigt dessus. Cela renforce définitivement la dimension abstraite du récit qui se veut le principal attrait du métrage. Defenceless est ce film qui vous amène à vivre différentes émotions sans jamais trop comprendre pourquoi. Grâce à une histoire pratiquement dépourvue d'attache à la réalité, Mark Savage crée des moments poétiques plutôt insolites. De ce fait, précisons que le premier acte de Defenceless peut s'avérer quelque peu déstabilisant pour certains spectateurs. La réalisation de Savage participe grandement à faire de Defenceless une oeuvre particulière. Bien qu'à première vue la photographie du film puisse sembler pauvre, elle est en fait élaborée avec soin. Savage exploite les possibilités du format numérique d'une manière remarquable. L'image de son film possède un aspect artificiel qui cadre efficacement avec l'ensemble du récit. Savage réussit également à créer un contraste intéressant entre les scènes d'errances et les scènes brutales. Les scènes tournées sur la plage sont douces et vaporeuses tandis que certaines scènes de violence rappellent le snuff movie. Malgré l'originalité de l'ensemble, Defenceless déçoit en nous servant un dernier droit plus conventionnel. La partie de la vengeance est beaucoup moins captivante et la méthode selon laquelle la femme liquide ses agresseurs n'a rien de très inspiré. Les meurtres de la finale sont certes sadiques, mais échoueront à surprendre le spectateur averti. En tentant d'adhérer plus fidèlement aux règles du sous-genre, Savage brise en partie ce qui faisait jusque-là le charme propre à son film. Au final, Defenceless laisse un drôle de goût en bouche. Le film n'est pas sans fautes et n'est surtout pas près de plaire à tous, mais il demeure franchement différent. Variante plutôt rafraîchissante sur le "rape and revenge", Defenceless mérite certainement plus d'attention. À essayer !
3/5
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