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DELIVER US FROM EVIL
2009
RÉALISATION: Ole Bornedal
SCÉNARIO: Ole Bornedal
AVEC: Lasse Rimmer, Lene Nystrøm, Mogens Peterson, Jens Andersen, Bojan Navojec, Fanny Bornedal
Vive l’Europe du Nord. J’aime leur musique, leur littérature… Leurs mesures sociales ! S’il y avait des chandails pour ça, je les porterais ! Et depuis quelques temps, l’Europe du Nord fait une percée intéressante dans le monde du cinéma horrifique (Let The Right One In ou Cold Prey, quelqu’un ?). Si l’on resserre notre vue d’ensemble à un seul pays de cette région du monde, le Deliver Us From Evil d’Ole Bornedal vient en fait s’inscrire dans une vague néo-horrifique assez impressionnante, soit celle qu’a récemment connue le Danemark (Antichrist, Fear Me Not, The Substitute, etc). Des films qui sont pour la plupart psychologiques, sobres et réflexifs, qui ne conviendront peut-être pas à tous les publics, mais qui m’ont personnellement grandement surpris. Ce qui est encore mieux avec Deliver Us From Evil, c’est que c’est probablement le meilleur film qui ait été tourné parmi les titres mentionnés plus haut. En fait, c’est jusqu’ici mon film favori de 2010.
Johannes est un avocat réputé qui quitte la ville avec sa femme et ses deux enfants pour se réinstaller dans le village où il a passé sa jeunesse. Sitôt arrivé, son statut plus qu’enviable attirera les convoitises de ses anciens camarades. Parmi eux il y a Lars, son grand frère. Lars n’est jamais rien devenu. C’est une brute stupide et alcoolisée. Un jour, alors qu’il revient d’une de ses livraisons, Lars percute une femme avec son camion. Il tente de dissimuler le méfait au mieux, mais il se trouve qu’il vient de tuer l’amour d’Ingvar, le vieillard le plus puissant de l’endroit. Effrayé, Lars réussit à tout mettre sur le dos d’Alain, un réfugié bosniaque qui travaille chez Johannes et tente vainement de réapprendre à vivre après la fin tragique de sa famille aux mains cruelles de la guerre. Rapidement, une bande de campagnards danois xénophobes se lancent à la chasse du pauvre homme. Seul Johannes, qui garde une tête sur les épaules, tente de leur barrer le chemin et de mettre la situation au clair…
Il est probable que pour ceux qui ont vu Straw Dogs, ce synopsis vous évoque le film de Sam Peckinpah ? Après visionnement, il est clair et net que c’est le cas ! Deliver Us From Evil aborde des thématiques vraiment similaires. Déjà, qu’un personnage éduqué et pacifiste doive affronter les préjugés profonds d’une communauté rurale violente. Au fur et à mesure du développement, il faudra au protagoniste puiser dans son for intérieur pour survivre à la folie ambiante, en appliquant la même violence que le camp d’en face. Ce que Deliver Us From Evil propose de plus, c’est une analyse politique « in your face » d’un pays aux profondes tensions raciales ! Le Danemark est extrêmement intolérant, il suffit de regarder les interdictions en tout genre qu’ils émettent, ainsi qu’une haine grandissante au sein de la population vis-à-vis l’immigration en général ! Si vous prenez la peine de vous renseigner sur le sujet, vous verrez rapidement que le phénomène a une ampleur impossible. Avec la montée de l’extrême droite, symbolisée par Parti du Peuple, le scénario d’Ole Bornedal doit souvent se comparer à une douche acide pour certains danois ! Du génie ! Dans le film, le lynchage public d’un bosniaque semble chose due. Pour ceux qui n’ont rien à voir dans cette histoire, vaut mieux ne pas s’interposer entre Alain et le fusil vengeur… L’étranger est toujours considéré comme inférieur, et pour cela, certains moments scénaristiques du film vous sembleront peut-être surréalistes par rapport à ce que vous vivez au quotidien.
Le métrage de Bornedal ne démarre pas nécessairement sur les chapeaux de roue. Au contraire, il s’installe en finesse. Après trois quarts d’heure, on pourrait presque douter de la validité du film sur Horreur-Web.com ! Mais ce serait faire une erreur assez grossière. Le drame se mute en un huis-clôt angoissant et violent et une tension ferme et constante s’installe pour le reste du visionnement. Tout se bâtit lentement. On découvre l’atmosphère du village, la tolérance qui affronte le préjugé, mais aussi des couples dans la tourmente, des morts que l’on pleure et des enfants qui sont plongés dans une bulle de surprotection et de paranoïa. Beaucoup d’emphase est d’abord mise sur l’histoire de Lars, pierre angulaire des événements à venir et élément de réflexion important. Ce développement qui mêle drame, rapports humains et philosophie captive a été écrit d’une superbe manière et fait part intégrante d’un tout, l’œuvre, qui fout complètement à terre une fois observée dans sa globalité. Lors de la seconde partie une famille est laissée seule parce qu’elle s’est rangée du côté de l’ennemi. On assiste à plusieurs meurtres cruels, à une scène de viol difficile et à la défense acharnée du personnage principal pour ses principes et pour la vie de son ami.
Pour avoir déjà vu deux films d’Ole Bornedal avant celui-ci, j’avais un certain respect pour le réalisateur. Son cinéma est avant-gardiste, original et d’excellente qualité. Avec Deliver Us From Evil, Bornedal s’impose carrément comme un cinéaste de génie. Son film est probablement le meilleur effort de genre que j’ai vu depuis Let The Right One In. Et ceux qui connaissent mon affection sans bornes pour le film de Tomas Alfredson savent du même coup la valeur d’un tel compliment ! Narré par une femme décédée, Deliver Us From Evil prend les allures d’un sombre conte. Les tontes de gris arides employées dans l’image offrent l’un de ces visuels qui parlent d’eux-mêmes. En fait, le traitement des images est souvent poétique et aérien, faisant contraster le somptueux décor de la nature danoise aux artificielles cruautés humaines qui s’y immiscent. La musique poursuit exactement le même objectif, bien qu’elle sache faire preuve d’un peu plus de rigueur lorsque c’est opportun.
Bien entendu, ce qui accentue l’effet dramatique de Fri os fra det onde (titre original), c’est tout le talent déployé par les nombreux acteurs danois qui parcourent son univers cruel. Le Johannes de Lasse Rimmer est extrêmement crédible, homme qu’on voit d’abord difficilement comme un héros à venir. J’avais régulièrement envie de l’applaudir. Beaucoup d’emphase est aussi mise sur Lars, au début du récit. Jens Andersen offre un personnage terriblement crédible que l’on ne déteste pas entièrement. Pour moi, c’est une des choses géniales dans Deliver Us From Evil. Des personnages qui semblent avoir une dimension, une existence et une personnalité hors des 100 minutes de film présentées. On mentionnera aussi Mogens Perdersen comme leader du lynchage à l’âme détruite. Son personnage est à la fois touchant et effrayant.
Deliver Us From Evil est un film horrifiant d’honnêteté. Une vision du monde effarante, qui plonge dans les tabous sans se gêner. Avec ce métrage, Ole Bornedal ne signe rien de moins qu’un vibrant chef-d’œuvre. Ceci est pour l’instant la pièce maîtresse de sa filmographie et j’espère qu’il sera reconnu pour cela. Deliver Us From Evil sera présenté à Montréal dès le 10 septembre 2010. J’espère sincèrement que tous les amateurs de drames fonceront dans les cinémas pour le visionner. C’est un film intense et différent, comme on en voit trop rarement dans nos salles.
Pour se délivrer du mal, il faut d’abord découvrir et assumer où il se terre réellement…



• Délivrez-nous du mal (Version française/Québec)
• Fri os fra det onde (Titre original/Danemark)


• Straw Dogs (1971)
• The Virgin Spring (1960)
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