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DEMENTIA 13
1963
RÉALISATION: Francis Ford Coppola
SCÉNARIO: Francis Ford Coppola et Jack Hill
AVEC: Luana Anders, William Campbell, Bart Patton, Mary Mitchel et Patrick Magee
Qu’ont en commun James Cameron, Tom Hanks, Charlize Theron, Steven Spielberg, Johnny Depp, Jennifer Connely et Francis Ford Coppola? Si vous avez répondu qu’ils ont tous démarré leurs vénérables carrières dans des films d’horreur à petits budgets, écrivez moi à l’adresse disponible au bas de cette critique puisque vous venez de gagner une copie DVD du film Stiff ! (cette dernière affirmation était 100% ironique et visait seulement à attirer quelques curieux vers ma critique du film Stiff).
L’anecdote est qu’à l’époque, le jeune Coppola (The Godfather I-II-III, Apocalypse Now, The Cotton Club, pour les incultes) travaillait en Irlande avec Roger Corman comme assistant réalisateur sur le film The Young Racers. Roger Corman était tout un producteur, et l’une de ses méthodes consistait à créer des surplus dans les budgets qui lui étaient alloués afin de réaliser par la suite un autre petit film qui saurait engranger des recettes. De The Young Racers donc, il restait la modique somme de 22 000$ et Corman projetait de réaliser un quelconque film de monstres avec l’argent. Jusqu’au moment ou Coppola débarque en lui proposant le script d’un thriller étrangement proche du Psycho d’Alfred Hitchcock, script assez intéressant et très réalisable. Corman donne donc carte blanche à Coppola, qui peut se servir de l’argent restant, des acteurs de son film ainsi que des décors. Tourné à toute vitesse et à des heures impossibles pour ne pas interférer avec le tournage principal (les deux films se sont faits simultanément), critiqué après coup par Corman qui a demandé à une personne tierce le tournage de scènes additionnelles, Dementia 13 s’est malgré tout imposé comme un très bon film pour plusieurs, beaucoup plus mémorable que The Young Racers et représentatif du talent brut de l’un des cinéastes les plus respectés du XXe siècle.
Louise est une superbe femme. Elle est mariée à John Haloran, qui tente au début du film de négocier une part d’un héritage gigantesque à sa mère, qui elle veut tout donner à des œuvres caritatives. Malheureusement, John meurt trop tôt d’une crise cardiaque. Appâtée par le gain, Louise cache son corps et tente de se rendre au château familial pour négocier en son nom. Elle y rencontre là-bas les deux frères et la mère de John, qui procèdent tous à un rituel annuel en l’honneur d’une sœur décédée par noyade il y a des années de cela dans la cour du domaine. Louise tente de manipuler son ex belle-mère, et réalise que celle-ci est très croyante et affectée par la mort de sa fille. Elle établit donc un plan visant à faire croire à la vieille femme que l’esprit de sa fille, Kathleen, lui parle. Première étape : la nuit tombée, se rendre au lac…
Dementia 13 se base énormément sur la structure narrative de Psycho, il faut l’admettre. Il est impossible de ne pas sentir le spectre du film d’Hitchcock sur nos têtes en regardant celui de Coppola. Malgré tout, notre principal intéressé est parvenu à se forger une identité. Si le réalisateur reprend les idées de la femme criminelle, du revirement à la façon de la douche ainsi que de l’enquête tortueuse, il les modifie assez pour qu’un bon intérêt subsiste à suivre les péripéties de Louise dans le vieux château et l’enquête criminelle qui s’ensuivra. Ce plaisir est aussi partiellement à accorder à la qualité des diverses interprétations. Les desseins de Louise ont beau être terriblement égoïstes, Luana Anders en fait un personnage très intéressant, vicieux et passionnant. Dans son investigation musclée, Patrick Magee apparaît quant à lui comme très théâtral et débonnaire. La conclusion de Dementia 13 n’est pas terriblement surprenante, mais en même temps elle met la table à celle d’un film aussi populaire que Friday the 13th !
Ce qui vient en aide au film, aussi, c’est son ambiance globale. Localisé dans un vieux château irlandais, tourné en noir et blanc, doté d’une très belle photographie, Dementia 13 génère une ambiance gothique palpable et digne des plus grands. Le choix des plans possède d’ailleurs souvent une forme surprenante et poétique. Visuellement, le film est un bijou. Les conditions de tournage rendent ce fait d’autant plus glorieux. Le métrage est aussi parsemé de délectables meurtres à la hache qui sont très bien mis en scène par Coppola. La scène du lac est nettement la meilleure du film, délicieuse du début à la fin ! Lors des investigations de Louise, la tension parvient à atteindre un certain paroxysme. Tandis qu’elle arpente les vieux couloirs du château, la réalisation arrive à générer beaucoup de stress. La musique, composée par Ronald Stein, n’y est d’ailleurs pas pour rien ! La trame sonore est définitivement de qualité.
Dementia 13 n’a définitivement rien à voir avec Apocalypse Now ou le Dracula de 1992. Mais ce petit film créé à la va-vite possède des qualités techniques indéniables et jouit encore aujourd’hui d’une certaine renommée. J’imagine que la réputation du réalisateur a tout de même à y voir, mais je crois aussi que le film en lui-même vaut la peine d’être découvert.



• Psycho (1960)
• Bay of Blood (1971)
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