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THE DEVIL’S BACKBONE
2001
RÉALISATION: Guillermo del Toro
SCÉNARIO: Guillermo del Toro, Antonio Trashorras, David Munos
AVEC: Fernando Tielve, Frederico Luppi, Eduardo Noriega, Marisa Paredes, Irene Visedo
- What is a ghost? A tragedy condemned to repeat itself time and again? An instant of pain, perhaps. Something dead which still seems to be alive. An emotion suspended in time. Like a blurred photograph. Like an insect trapped in amber.
Depuis les années 90, nous assistons à l’émergence d’un nouveau joueur de poids dans l’univers du cinéma d’horreur : l’Espagne. Dans l’état actuel des choses, il s’agit peut-être même du pays qui a la plus intéressante production de cinéma fantastique et d’horreur. L’un des maîtres du genre, le mexicain Guillermo del Toro, revient souvent produire ses longs métrages dans ce fabuleux pays malgré une réputation toute faite aux États-Unis. Entre Mimic. Blade II et Hellboy, il prit ainsi le temps de retourner en Espagne pour livrer ce qui est sans doute l’un de ses plus beaux dons au septième art, The Devil’s Backbone.
Nous sommes en 1939. La sanglante guerre civile espagnole, à laquelle on impute un million de morts, va bientôt s’achever avec une retentissante victoire du fascisme. L’histoire de The Devil’s Backbone nous transporte quelque part parmi les dommages collatéraux de ce conflit inhumain, c’est-à-dire dans un des nombreux orphelinats du pays, alors surpeuplés et forcés de faire des miracles avec bien peu. Carlos est le fils d’un héros de guerre républicain récemment tué, laissé par des camarades de son père aux bons soins des tenants de l’orphelinat. D’abord rejeté par ses camarades, Carlos parviendra malgré tout à s’intégrer. Mais dans les sous-sols de l’endroit où il vit à présent se cachent certains secrets dangereux, dont une quantité non-négligeable d’or et le fantôme d’un jeune garçon, Santi, qui erre en recherche de la paix…
Dans le cinéma d’horreur espagnol, les fantômes, les enfants, la religion et la guerre sont des thématiques que l’on revoit régulièrement, ce qui est fort compréhensible. Comment faire silence sur ce conflit civil atroce et les quarante années de dictature rigide qui s’ensuivirent? Le pays est toujours marqué au fer rouge par ces évènements, comme l’expriment à leur manière plusieurs cinéastes du monde de l’horreur. L’exploration de la guerre espagnole par Guillermo del Toro est principalement reconnue grâce à The Pan’s Labyrinth, un film sublime qui a fait le tour du monde. Mais auparavant, le populaire réalisateur avait déjà imaginé un autre projet sur le sujet, que l’on peut littéralement voir comme un prédécesseur spirituel.
En effet, The Pan’s Labyrinth et The Devil’s Backbone ont fort en commun, même si l’on fait un peu abstraction du contexte. Ils présentent une enfance brutalement interrompue, sans véritables repères parentaux, qui fuit l’implacable cruauté du réel grâce à certaines aventures fantastiques. Un peu comme le Sucker Punch de Zack Snyder, à la différence qu’on parle ici de bons films (!). Peut-on voir dans tout cela une métaphore de la propre jeunesse de del Toro? Ce serait une bonne question à lui poser en entrevue. Dans son rôle d’orphelin, le jeune Fernando Tielve excelle. Il est animé d’un grand charisme et parvient à charmer l’audience. Il est accompagné entre autres du magnifique Federico Luppi, que l’on a jadis pu voir dans le rôle principal de Cronos, premier long métrage de del Toro. Dans le rôle d’un antagoniste incroyablement détestable, on peut aussi retrouver l’hypnotisant Eduardo Noriega, vu cinq ans plus tôt comme un éminent psychopathe dans le Tesis d’Alejandro Amenabar.
Pour revenir vers le schéma classique, dans un bon nombre d’histoires d’esprits, particulièrement les espagnoles, on en vient à réaliser que les fantômes ne font que mettre en garde et hanter un lieu où de grands malheurs leur sont arrivés. C’est aussi le cas dans The Devil’s Backbone. Certes, le réalisateur parvient à mettre en scène à-travers le calme nocturne du vieil orphelinat quelques scènes d’effroi qui sont à couper le souffle, mais ce n’est pas son réel objectif. Ce projet tient d’ailleurs aussi bien du cinéma fantastique que de celui d’horreur. À un certain point du film, on réalise que les antagonistes de la première partie n’en étaient pas réellement, qu’ils n’incarnaient que des feux de paille destinés à s’éloigner de la vraie menace. Cette dernière, c’est le monde des hommes. Ainsi, dans le dernier droit du film, c’est la guerre et ses fruits pourris qui s’en prennent aux enfants avec une froide absence de considération. Nous ne sommes pas aux États-Unis et, ici, certains gamins n’auront pas la chance de se rendre vivants au générique. Cette partie du film est très prenante, bien que son dénouement approche un peu trop toute cette aventure d’un des macabres contes de nos éternels Frères Grimm.
Et comme Blanche-Neige ou Hansel & Gretel en leur temps, The Devil’s Backbone bénéficie d’un conteur hors pair. Del Toro peint avec justesse son environnement désertique. Sa réalisation est superbe, son montage n’a rien de nerveux et la musique qui accompagne le film est très inspirée. Puisque le réalisateur a été à une certaine époque un maquilleur talentueux (ancien élève de Dick Smith), cela transparaît de plus belle de nos jours dans ses films à gros budget. Le sujet de ce texte est un projet d’une grande sobriété, mais on pourra à tout le moins mentionner la superbe apparence du jeune Santi, qui s’il avait été exploité dans une ambiance se prêtant à l’épouvante aurait pu traumatiser les esprits de toute une génération. Del Toro est du genre à avoir une certaine iconographie, que l’on peut avec joie retrouver dans ce film-ci.
Je me souviens, à la fin de 2009, d’un sondage sur un forum américain très populaire qui demandait aux utilisateurs d’identifier le meilleur film d’horreur de la dernière décennie. Cela fonctionnait par rounds, évinçant peu à peu les métrages. À un moment, après que des centaines d’entre eux eussent été écartés, il n’en resta plus que trois: Shaun of the Dead, Let The Right One In et The Devil’s Backbone. Ce dernier n’a pas à rougir de recevoir de tels honneurs. Peut-être est-il aujourd’hui un peu éclipsé par le puissant Pan’s Labyrinth, mais il demeure un film émouvant et excessivement influent dans son sous-genre. À voir.



• L’Échine du Diable (version française)
• El espinazo del diablo (version originale)


• Fragile (2005)
• The Orphanage (2007)
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