LES DIABOLIQUES

1955

RÉALISATION: Henri-Georges Clouzot
SCÉNARIO: Henri-Georges Clouzot, Jérôme Géronimi, René Masson et Frédéric Grendel
AVEC: Véra Clouzot, Simone Signoret, Paul Meurisse, Charles Vanel et Michel Serrault

Le chef-d’œuvre incontestable d’Alfred Hitchcock, Psycho, obtient une bonne partie du crédit quant à la naissance de la vague de thrillers horrifiques au début des années 60. Que ce soit, les films du studio Hammer ou les réalisations de William Castle, nul doute que Norman Bates et sa mère ont eu une influence pesante sur le paysage cinématographique. Mais on oublie souvent de citer Les Diaboliques, auquel Hitchcock a grandement emprunté. Moins spectaculaire que les films qu’il a influencés et flirtant un minimum avec l’horreur, les Diaboliques n’en est pas moins un grand film dans lequel les techniques de suspense sont le résultat d’un cinéaste au sommet de son art.

Basé sur le roman Celle Qui N’Était Plus de Pierre Boileau et Thomas Narcejac, Les Diaboliques raconte l’histoire de deux femmes, Christina et Nicole. Chritina est la directrice d’une école pour garçon qu’elle gère avec son mari abusif et violent, Michel. Nicole, professeure dans l’institution, est la maitresse du mari en question et subit aussi les colères de ce dernier. Poussées par la vengeance, les deux femmes s’allient pour concocter le meurtre parfait. Après avoir drogué et noyé dans une baignoire Michel, elles le jettent dans la piscine de l’école. Le corps tardant à remonter à la surface, la directrice demande à ce que la piscine soit vidée, prétextant une excuse bidon. Lorsqu’il s’avère que le corps de Michel n’y est plus, Christina et Nicole se mettent à douter de la réussite de leur plan. Qui aurait bien pu déplacer le corps? Mais surtout, se pourrait-il que Michel soit de retour des morts pour hanter les deux femmes?

Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot est un exercice de style fort efficace qui a influencé plus d’un film d’horreur. Avec Les Diaboliques, Clouzot a en quelque sorte saturé le style préconisé par Val Lewton (Cat People, I Walked With A Zombie) en préconisant une présentation sobre qui gagne son efficacité dans les petits détails. Il se dégage une froideur du film qui vient accentuer le réalisme des événements. Rarement les répercussions psychologiques d’un meurtre auront été aussi bien mises en scène. Le scénario pousse efficacement le spectateur dans la peau des deux complices en présentant Michel comme un homme méprisant et complaisant qui mérite pleinement ce qui va lui arriver. Il est difficile de ne pas sympathiser avec Christina et Nicole. Avant même l’acte macabre commis, on sent de par le personnage de Christina la réticence et le poids que lui impose sa conscience pour qu’elle revienne dans le droit chemin. À mesure que l’intrigue progresse les nerfs de cette dernière sont mis à rudes épreuves et la paranoïa s’installe sévèrement.

Le film suggère alors qu'une menace venue d’outre-tombe rôde dans l’école où travaillent et habitent les deux femmes. Les revirements narratifs employés par Les Diaboliques ont été utilisés et réutilisés à maintes reprises depuis la sortie du film en 1955, mais il est intéressant de constater la retenue employée par Clouzot. Il est aussi intriguant de penser à quoi aurait ressemblé l’œuvre sous la gouverne d’Alfred Hitchcock (et avec une musique de Bernard Herrmann) qui selon la rumeur est venu à deux cheveux d’obtenir les droits du roman. Clouzot, joue la possibilité du surnaturel sans jamais franchir la ligne de l’improbabilité. Il garde la froideur qui caractérise l’œuvre du début à la fin. Le film se conclut sur un revirement, un des premiers en son genre, fort efficace. Outre ce twist dans l’intrigue, la finale est à faire dresser les cheveux de sur la tête d’un chauve tellement elle est maîtrisée et hyper morbide. C’est bien sûr par celle-ci que Les Diaboliques s’est vu accorder une carte de membre dans le club sélect du cinéma d’horreur. Un tour de force, rien de moins.

Il faut aussi mentionner l’implication d’un autre Clouzot dans la réussite du film; celle de Véra Clouzot, épouse du réalisateur. Dans le rôle de la directrice Christina Delasalle, elle offre une performance magistrale. L'actrice incarne la vulnérabilité de brillante façon et son stress est palpable à mesure que l'intrigue progresse. C'est facilement une des performances d'actrices les plus fascinantes qu'il m'ait été donné de voir.

Le film contient aussi quelques touches d'humour soigneusement placées. Les dialogues sont souvent insolents pour l'époque, surtout ceux sortant de la bouche de Michel à l'endroit de sa femme pour qui il n'a aucun respect. L'humour du film contraste avec la froideur du reste de l'oeuvre et apporte un petit piquant qui vient parfaitement doser la recette.

Atmosphérique, sans pourtant détenir d'atmosphère palpable, Les Diaboliques est un thriller fascinant dont il est difficile de détourner du regard. Même si les techniques préconisées par l'oeuvre ont été mainte fois recyclées, on a l'impression de les découvrir pour la première fois, comme si Les Diaboliques nous transportait tout droit en 1955. Peut-être pas assez horrifique pour certains, mais ceux qui aiment leur film plus nuancé se régaleront!

  • Dany Champagne

  • Diabolique (version anglaise/USA)

     

    Reflections Of Murder (1974)
    House Of Secrets (1993)
    Diabolique (1996)

     

    Cat People (1942)
    What Ever Happened To Baby Jane? (1962)

     

     
     


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