DREAD

2009

RÉALISATION: Anthony DiBlasi
SCÉNARIO: Anthony DiBlasi
AVEC: Jackson Rathbone, Shaun Evans, Hanne Steen, Laura Donnelly et Jonathan Readwin

Contrairement à un auteur comme Stephen King, l'intérêt pour l'écrivain Clive Barker au cinéma est périodique. La fin des années 80 et le début des années 90 ont été prolifiques pour l'auteur qui a vu Hellraiser, Night Breed, Lord Of Illusions et Candyman portés au grand écran. Ensuite, c'est le néant. Seules des suites inutiles à Hellraiser et Candyman ont envahi le marché du vidéo, diluant la vision initiale de Barker. Sorti sans grandes fanfares en 2008, l'excellent The Midnight Meat Train a ravivé l'intérêt de porter à l'écran les visions infernales de Barker. Voilà que deux cinéastes ont décidé d'adapter l'auteur culte. Après John Harrison et son Book Of Blood, Anthony DiBlasi s'en prend à Dread.

Quaid est obsédé par le sentiment de la peur depuis le jour où il a été témoin du meurtre de ses parents. Voulant nourrir son obsession, il fait équipe avec un étudiant en cinéma pour produire un documentaire sur l'origine de la peur chez l'être humain. Lui et son nouvel allié, Stephen, s'entretiennent avec plusieurs bénévoles lors d'entrevues destinées à apparaître dans le documentaire. Insatisfait des réponses obtenues et de la direction que prend le documentaire, Quaid décide de transporter son obsession pour le sentiment de peur au niveau supérieur. Il utilise donc les informations obtenues lors des entrevues contre les participants dans le but de les pousser à la limite de leurs phobies.

Tiré du recueil Books Of Blood, Dread est une histoire particulière, puisque c'est une des seules de Barker à ne pas contenir de références surnaturelles. C'est plutôt un film d'horreur psychologique original et rafraîchissant. Bien que différent des autres adaptations de Barker, il n'y a pas de maniaque au marteau à viande ou de démon au visage cloué, Dread explore des thèmes récurrents dans l'univers de l'auteur, soit l'obsession envers la douleur. La douleur de Dread n'est pas tant physique, mais plus psychologique.

Avec un sujet peu exploité, Anthony DiBlasi livre un film consistant qui laisse un poids dans l'estomac. Le réalisateur recru jette un regard effrayant sur la psyché humaine, démontrant à quel point notre subconscient nous manipule pour échapper à ce sentiment de peur. Bien que Dread soit moins exubérant qu'un Hellraiser, son impact est aussi efficace. De par ses agissements, le personnage de Quaid nous pousse à constater que notre semblant de bien-être ne tient qu'à un fil. Voilà un constat beaucoup plus effrayant que n'importe quel démon! Avec un minimum de violence physique et de l'horreur minutieusement proportionnée, Dread procure un sentiment de malaise et de peur de début à la fin. Comme quoi, il porte magnifiquement bien son titre.

Ce qui aide grandement à la crédibilité de l'histoire, ce sont les personnages qui osent se dévoiler à la caméra. Bien que la majorité des candidats interviewés relate de peurs anodines, certains se dévoilent comme un livre ouvert. En se dévoilant ainsi, les personnages montrent une vulnérabilité qui renforce le contenu dramatique de l'oeuvre. Il est ainsi plus facile de s'identifier à eux. Ils sont tellement vulnérables qu'on ressent leur peur instantanément. Parmi eux, le personnage d'Abby (Laura Connelly), dont le corps est recouvert à la moitié d'une tâche de naissance, apporte une touche émotive favorable au film. Et le sort que lui réserve Quaid est dès plus cruel! La finale du film compense pour le manque d'hémoglobine de reste du film. Même s'il est bien ancré dans la réalité, Dread offre des scènes dégoûtantes qui rivalisent sans problème avec les autres adaptations de Barker. La scène impliquant un morceau de viande est particulièrement réussie et la toute dernière scène est d'une noirceur étouffante.

Outre une réalisation bien menée (notamment lors de la scène de meurtres des parents de Quaid), la grande réussite du film provient des acteurs. Dread contient la distribution de jeunes acteurs la plus talentueuse à apparaître dans un film d'horreur depuis fort longtemps. Jackson Rathbone (Twilight) est parfait dans le rôle de Stephen, un jeune cinéaste rongé par sa peur de vivre. Shaun Evans est parfait dans son rôle de psychopathe, son regard pouvant à lui seul jeter une sensation de malaise au spectateur. Finalement, Hanne Steen et Laura Donnelly se donnent à fond lors de scènes totalement horrifiques.

Dread est une autre adaptation d'une oeuvre de Clive Barker fort réussie. La compagnie de production derrière ce film est aussi responsable de The Midnight Meat Train et Book Of Blood et prévoit produire plusieurs autres adaptations de Clive Barker. Souhaitons qu'elles soient toutes aussi bonnes que Dread.

  • Dany Champagne

  • Martyrs (2008)
    Pathology (2008)

     

     
     


    Horreur Web © 2003-2009
    Création/rédaction: Dany Champagne • Graphisme: Daniel Bérard