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DREAM HOME
2010
RÉALISATION: Ho-Cheung Pang
SCÉNARIO: Ho-Cheung Pang, Chi-Man Wan et Kwok Cheung Tsang
AVEC: Josie Ho, Eason Chan, Norman Chu, Michelle Ye et Chu-chu Zhou
Souvent appelée « la Monaco de l’Asie », l’île d’Hong Kong est en fait une possession de la Chine qui conserve toutefois une certaine indépendance (principalement en ce qui a trait aux affaires civiles) par rapport à la superpuissance en émergence. Mais ce que le territoire a particulièrement en commun avec le monstrueux dragon chinois, c’est une densité de population absolument incroyable. Sur 1104 kilomètres carrés (deux fois l’île de Montréal), dont 80% sont des zones où aucune construction n’est possible, plus de 7 millions de personnes sont littéralement entassées. Le principal souci d’Hong Kong est à présent de caser tout ce beau monde. Certes, un nombre important des plus grandes fortunes d’Asie résident à cet endroit, mais aussi une quantité non négligeable de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté. Ces derniers paient souvent beaucoup trop cher pour loger dans des réduits insalubres qui ont la taille de la garde-robe de certaines québécoises! Hong Kong est définitivement l’un des endroits du monde où le problème de surpopulation est le plus probant, et c’est dans cette atmosphère que va prendre place le film Dream Home d’Ho-Cheung Pang.
Lorsqu’elle était petite, Cheng Lai-Sheung a été expropriée de l’appartement qu’elle possédait à Hong Kong par de cruels propriétaires fonciers. Depuis, elle n’a qu’un seul désir : retrouver ce qu’elle a perdu. Cumulant deux emplois, elle tente tant bien que mal de rassembler les fonds nécessaires pour pouvoir acquérir un logis avec vue sur la mer. Malheureusement, dans une situation où la surpopulation provoque une crise du logement sans précédent, c’est plus facile à dire qu’à faire. Croyant enfin avoir mis le grappin sur l’offre parfaite, notre protagoniste aura à confronter une nouvelle déception. Étranglée par des revenus qui n’ont rien d’exceptionnels, elle imaginera pourtant une solution intéressante à son problème… Solution qui ne sera pas sans dégâts!
Il est rare que les films asiatiques qui parviennent à faire le voyage jusqu’en Amérique du Nord ne bénéficient pas de bonnes qualités techniques. Le réalisateur Ho-Cheung Pang, qui en est déjà à son neuvième long métrage (sa filmographie oscille principalement entre drame et comédie), livre ici un film esthétiquement très beau. Dès le générique d’introduction qui cadre avec adresse de gigantesques tours à logement, on réalise que les aspects visuels et sonores ne seront pas un problème. Le vrai défi technique de Pang était ici clairement dû au fait qu’il s’agisse de son premier film d’horreur et qu’il avait à y mettre en scène un bain de sang crédible.
Pourtant, le réalisateur le fait probablement avec plus d’aplomb que plusieurs cinéastes récurrents à l’industrie! Dans Dream Home, une rage incroyable est libérée. Ce film est exceptionnellement sanglant, douloureux par procuration et surtout inventif! Les yeux quittent leurs chaudes orbites, les planches de bois pénètrent les crânes, les tripes jaillissent, certaines victimes suffoquent de manière sadique et pénible… Chaque meurtre de Dream Home est accompli avec une tension à couper au couteau et une brutalité des plus extrêmes. Rarement un slasher américain sera parvenu à mettre en scène une telle boucherie avec autant d’esthétisme et de réalisme visuel!
Si justement, il s’annonçait clairement aux adeptes comme un slasher, Dream Home en emploie bien certains codes tout en s’imposant finalement comme un commentaire social sur la société en milieu urbain extrême. Une bonne partie du film propose en effet l’histoire de Cheng Lai-Sheung (très bien dépeinte par l’actrice Josie Ho), pour que le spectateur comprenne pourquoi elle en est allée jusqu’à tuer ses pairs. Ces segments de son passé occupent plus de la moitié du long métrage et sont assurément cruciaux à la dynamique globale. Finalement, un peu à la façon de l’excellent film coréen Bedevilled, la violence graphique de Dream Home n’est donc pas omniprésente et représente plutôt une finalité pour une femme poussée dans ses derniers retranchements. Par le meurtre brutal, le film semble aussi se vouloir matérialisation du capitalisme sauvage qui régit la toile de fond du scénario. De plus, il y a dans cette histoire quelques commentaires acerbes savamment réservés aux mâles, Dream Home pouvant se vouloir à réflexion plus poussée une métaphore à l’émancipation féminine.
L’approche aurait pu être brillante, mais elle représente pourtant le gros défaut du film. Au lieu d’assumer le drame qu’il s’apprête à présenter, le réalisateur préfère entrecouper les divers épisodes de la vie de Cheng Lai-Sheung avec l’épilogue du film, soit le massacre qu’elle commet. D’après moi, cela a été fait avec l’objectif de garder dans le bain les amateurs de cinéma d’horreur, peut-être aussi de s’aménager un coup de théâtre en ne dévoilant que peu à peu les motivations de la meurtrière. Cette structure narrative m’a largement déplu puisqu’elle dilue considérablement la tension du segment « massacre sans pitié » de notre film. Je n’ai pas de problèmes avec le cinéma d’horreur qui joue lourdement de la corde dramatique, mais pas quand cet aspect est construit de sorte qu’il nuise à l’efficacité du carnage! Peut-être ce scénario n’aurait-il pas été meilleur si filmé de manière chronologique, mais dans l’état actuel des choses les transitions entre les deux histoires sont sèches et peu bienvenues.
Ne nous méprenons pas, je conseille Dream Home. J’aime la critique sociale présente dans le film, l’actrice principale est superbe, le réalisateur a du talent et le massacre présent dans le film est à voir comme à revoir. C’est cependant la manière dont l’histoire est racontée qui me laisse certaines réserves, faisant que pour moi, Dream Home ne passera pas instantanément à la postérité.



• Wai dor lei ah yut ho (Titre original)


• Bedevilled (2010)
• Cold Prey (2006)
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