EATEN ALIVE

1977

RÉALISATION: Tobe Hooper
SCÉNARIO: Alvin L.Fast, Mardi Rustam et Kim Henkel
AVEC: Neville Brand, Marylin Burns, Robert Englund, Stuart Whitman et Kyle Richards

En 1974, Tobe Hooper réalise The Texas Chain Saw Massacre, un film d'horreur qui marque le genre à jamais. Son film est inspiré des crimes sordides de Ed Gein, un tueur en série bien connu du public. Trois ans plus tard, Hooper revient à la charge avec Eaten Alive, un film reposant sur une légende toute aussi macabre. En effet, le scénario du film est basé sur la vie de Joe Ball. À ce jour, on croit encore que cet individu aurait tué trois de ses femmes pour ensuite les donner à manger à ses alligators. Grâce à cette histoire répugnante, Tobe Hooper avait ici la chance de se forger une solide réputation en tant que réalisateur.

Creux dans les bayous du Texas, Judd est l'étrange propriétaire d'un vieil hôtel décrépit. Visiblement atteint de problèmes psychologiques, Judd ne semble pas très bien comprendre la fonction première d'un réceptionniste d'hôtel, à savoir, offrir une chambre aux gens et les laisser tranquille. Au contraire, ce dernier reçoit les visiteurs d'une façon bien à lui. Disons que les séjours sont de très courte durée à l'hôtel Starlight. Un par un, les visiteurs feront connaissance avec sa dangereuse faux et, surtout, finiront dans la gueule de son précieux crocodile.

Tout d'abord, les comparaisons sont inévitables entre Eaten Alive et son grand cousin. Il est bien évident qu'avec Eaten Alive, Hooper tente de recréer une ambiance semblable à celle de son premier succès. Si dans les premières scènes on peut repérer certains éléments qui faisaient la force de The Texas Chain Saw Massacre, c’en est tout autrement au fur et à mesure que le film se dévoile. Eaten Alive nous amène certes dans un univers malsain. Toutefois, il ne parvient pas à talonner le célèbre film d'une quelconque façon.

Parmi les bons côtés au film, il est important de mentionner que Eaten Alive est tout de même parsemé de scènes de meurtres fort agréables. Je dirais d'ailleurs que c'est ce qui m'a le plus plu du film. Le vieux Judd est imprévisible et violent avec sa faux, faisant de lui un redoutable meurtrier. Lui et son crocodile forment un duo assez dur à battre, croyez-moi. J'ai aussi apprécié le fait que, lorsque que Judd décide de passer aux choses sérieuses, la caméra devient nerveuse et qu'une musique déstabilisante accompagne les luttes. J'ai trouvé la plupart des meurtres bien orchestrés et le gore suffisant malgré des effets spéciaux plutôt faibles. Lorsque Judd se fâche, une atmosphère stressante se dégage du film. À cet effet, je dois souligner que la première demi-heure du film m'a impressionné en sachant maintenir une tension efficace.

Cependant, il en a été tout autrement pour le reste du film. Ce que je trouve dommage, c'est que l'idée à la base du scénario avait pourtant un potentiel certain. Le problème est que cette idée est le seul élément du scénario qui en vaut la peine. Pour commencer, j'ai trouvé que le personnage de Judd ainsi que ses motifs pour tuer étaient mal définis. On l'entend marmonner plusieurs monologues lorsqu'il est seul, mais cela ne nous aide pourtant pas à mieux le comprendre. Ce qu'il dit fait très peu de sens et sa personnalité est difficile à cerner. Tout ce qu'on finit par savoir de lui, c'est qu'il est fier de son crocodile et qu'il serait perturbé depuis son retour de la guerre. Étant donné que le film en entier repose sur ce personnage, les scénaristes auraient dû penser à rendre sa folie plus compréhensible.

Un autre problème du film est surtout que son scénario est trop linéaire et affreusement prévisible. Sans véritable revirement dans le récit, les meurtres s'enchaînent et deviennent répétitifs. Quant aux personnages secondaires et aux victimes, on se soucie peu d'eux car ils ne sont pas très développés. Néanmoins, certains d'entre eux sont plus significatifs et apportent au récit, comme Buck (Robert Englund, très bon), un redneck pervers bien stéréotypé. Autrement, j'ai eu de la difficulté à comprendre quel était le problème du père de famille. Non mais, faire une imitation exagérée d'un chien qui aboie tandis que sa pauvre petite fille est complètement perturbée parce qu'elle a vu son chien se faire dévorer par le crocodile. Il faut le faire !

Par rapport à l'esthétisme de Eaten Alive, j'admettrai que je suis assez indécis. J'ai trouvé que certains plans filmés à l'intérieur de l'hôtel manquaient d'éclairage. D'un côté, cela renforce l'atmosphère glauque et ça rend l'hôtel encore plus crasseux. De l'autre, cela témoigne des restrictions budgétaires évidentes du film. Comme de fait, le crocodile souffre lui aussi de ce manque de budget. Malgré tous ses défauts, il y a une certaine part d'originalité dans le décor et dans la photographie de Eaten Alive. Par contre, le visuel du film manque considérablement de finesse et ne parvient pas à excuser la faiblesse du scénario.

Le film sort chez nous en DVD édition double gracieuseté de DarkSky Films. Une piste de commentaires audio réunissant plusieurs membres du tournage, dont certains acteurs, le producteur et coscénariste et le responsable des effets spéciaux nous est offert. Les suppléments incluent une entrevue avec Robert Englund, un documentaire sur la légende de Joe Ball, une entrevue avec Tobe Hooper, des bandes-annonces et une galerie photos.

Tobe Hooper n'a définitivement pas su égaler le génie de son Texas Chain Saw Massacre avec Eaten alive. Plusieurs lui reprochent d'ailleurs de ne jamais s'en être approché à nouveau et je ne suis pas en désaccord total avec eux. En nous offrant plus de gore dans Eaten Alive, le réalisateur s'est en quelque sorte tiré une balle dans le pied. Il aurait dû à nouveau miser sur la suggestion, cet art qu'il avait su maîtriser avec tant de subtilité dans son premier classique horrifique.

  • Maxime Duguay

  • Le Crocrodile De La Mort (version française)

  • Psycho (1960)
  • Toolbox Murders (2005)

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