ERASERHEAD

1977

RÉALISATION: David Lynch
SCÉNARIO: David Lynch
AVEC: Jack Nance, Charlotte Stewart, Allen Joseph, Jeanne Bates et Laurel Near

Premier film de David Lynch (Lost Highway, Twin Peaks), Eraserhead a une notoriété sans pareil. Depuis que je m'intéresse au cinéma de façon sérieuse, son mystère planait au profond de mon subconscient. Lorsque j'ai enfin mis le DVD du film dans mon lecteur, je me suis senti comme Naomie Watts sur le point de regarder la cassette mythique dans The Ring! À la fin du film, je n'ai pas eu d'appel m'annonçant ma mort dans sept jours, mais plutôt une claque cinématographique en plein visage!

Alors qu'il ne connait sa copine que depuis quelques semaines, Henry Spencer apprend qu'elle a donné naissance à un bébé (très) prématuré. Henry doit alors prendre soin de son poupon aux allures d'un fétus animal, tout en essayant de ne pas être distrait pas le monde surréaliste qu'il s'est créé.

La moitié des gens ayant vu Eraserhead le classe comme film d'horreur, tandis que l'autre moitié le classe dans toutes autres catégories. Personnellement, je n'ai aucune idée dans quelle catégorie classer Eraserhead. Est-ce un film d'horreur ? Posez-moi la question une fois et je vous répondrais non. Posez-la moi une seconde fois et je répondrais oui! Le film de Lynch semble avoir hérité de l'étiquette horrifique, car aucune autre ne lui convenait. Eraserhead contient son lot d'horreur et de fantastique, mais c'est surtout son ambiance glauque et surréelle qui m'a hanté pendant plusieurs jours. Eraserhead est un voyage dans l'inconscient absurde d'un cinéaste atteint d'un "cancer de l'imagination"! L'expression est utilisée comme qualificatif aux visions dérangées et saugrenues que propose le film.

C'est bien connu, Lynch ne suit aucune logique narrative. Son premier film est une expérimentation dans lequel le cinéaste a apposé une série de visuels bizarres et, à première vue, dénudés de sens. Ce n'est pas le genre de film à proposer lors d'un premier rendez-vous amoureux, mais plutôt une oeuvre que tout amateur de cinéma alternatif se doit de voir. La beauté du film est que son ambiguïté cache un discours cohérent et logique pour ceux qui ont l'esprit ouvert. Le film requiert plus d'un visionnement pour bien saisir ses nuances et aussi pour mieux s'imprégner de son atmosphère particulière. Pour un film au budget restreint, Lynch a réussi un coup de maître épatant. Avec comme toile de fond un scénario de 22 pages, le cinéaste a concoté un long métrage de 90 minutes angoissant et déstabilisant.

L'histoire se veut une métaphore remplie de symboliques. Le sujet principal dont traite le film dépend de l'interprétation porté à celui-ci. Près de 30 ans après sa sortie, le premier long métrage de David Lynch suscite encore les débats. Chaque personne a sa théorie sur le sens du film, mais personne ne peut affirmer détenir les vraies réponses, puisque Lynch ne s'est jamais prononcé sur celles-ci. Les bizzareries du film incluent le fameux bébé-mutant, un poulet miniature cuit qui pisse le sang et une femme dans un radiateur qui danse et chante une chanson (In Heaven, magnifiquement reprise par les Pixies 10 ans plus tard). Ce n'est pas tout, attendez de voir la signification du titre... j'en suis encore bouche bée!

Je ne pourrais dire ce qui est plus effrayant: le film même où la pensée que celui-ci provient de l'imaginaire d'un être humain! Les monstres qui peuplent notre conscience sont beaucoup plus effrayants que ceux de la réalité. Eraserhead est un film d'horreur (oui, oui!) fascinant qui se doit d'être vu par tout amateur en manque de défi intellectuel.

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