Faces In the Crowd

FACES IN THE CROWD

2011

RÉALISATION: Julien Magnat
SCÉNARIO: Julien Magnat
AVEC: Milla Jovovich, Julian McMahon, Michael Shanks, Sarah Wayne Callies et Marianne Faithfull

"Prosopagnowhat ?!?"

La prosopagnosie est une maladie très rare qui affecte une partie du cerveau, celle qui permet la reconnaissance des visages. Elle apparait généralement suite à un traumatisme crânien et rend les personnes atteintes incapables de faire la différence entre les différents visages. En somme, tout le monde leur apparaît comme un inconnu. À bien y penser, c'est une maladie prédestinée pour le cinéma d'horreur!

Alors qu'elle entre à pied à la maison suite à une soirée bien arrosée avec des amies, Anna (Milla Jovovich) est témoin d'un meurtre. L'assassin la rattrape rapidement, lui faisant goûter à sa médecine. En se défendant, la jeune femme tombe en bas d'un quai, se percutant solidement la tête. Quelques jours plus tard, elle se réveille à L'hôpital entourée de ses amies et de son copain qu'elle ne reconnait plus. Son choc a causé une prosopagnosie qui l'empêche de différencier les visages des gens. Incapable de venir en aide au détective responsable de l'enquête, Anna devra tenter d'apprivoiser son étrange maladie tout en se méfiant du tueur qui se dissimule dangereusement dans sa vie.

Cette coproduction entre la France et le Canada est une oeuvre audacieuse qui n'est pas sans rappeler les premiers gialli du réalisateur Dario Argento. En effet, le cinéaste Julien Magnat (Bloody Malory) ne cache pas son appréciation pour le sous-genre, alors qu'il utilise sans gêne un mystérieux tueur qui aborde comme arme une lame de rasoir effilée. De plus, Faces In The Crowd utilise le gimmick favori du maître Argento, soit la victime témoin d'un meurtre qui doit élucider le mystère bien qu'un de ses sens soit affecté. Ajoutez à cela un détective qui tombe amoureux de la victime et vous avez un film qui ne serait pas étranger à la trilogie animale d'Argento.

Malgré qu'il adhère au genre, Faces In The Crowd est moins porté sur le style visuel et technique qui ont fait la marque du sous-genre italien. Le scénario de Magnat se concentre beaucoup sur le chemin psychologique du personnage d'Anna, qui du jour au lendemain doit apprendre à vivre avec une situation particulière. S'il est difficile d'assimiler la condition de l'héroïne au départ (on est même enclin à se questionner sur l'authenticité d'une telle condition), le film présente la prosopagnosie avec sérieux, s'en tenant seulement aux réalités médicales de celle-ci. Que ce soit la difficulté de gérer sa maladie en côtoyant son copain (elle le reconnait par son noeud de cravate qu'elle fait elle-même tous les matins) ou simplement d'enseigner à une classe d'enfants qui lui semblent tous pareils, Faces In The Crowd dresse un portrait assez complet du handicap d'Anna. Le film démontre même les rares bons côtés de la prosopagnosie dans une scène qui semble tout droit sortie de Sex And The City. Dans celle-ci, une amie d'Anna lui fait remarquer qu'à chaque fois qu'elle baise avec son copain, elle baise un nouvel homme.

Pour qu'il soit plus facile de s'identifier avec le personnage d'Anna, le réalisateur use d'une technique fort audacieuse. Celui-ci utilise jusqu'à dix acteurs différents pour personnifier les personnages clés du film. Comme Anna ne peut différencier les visages, la technique de Magnat vient efficacement brouiller les cartes, surtout lorsque le tueur entre dans la vie de l'héroïne. L'effet est plutôt intéressant, puisqu'il faut utiliser les mêmes techniques que l'héroïne pour bien identifier qui est qui. C'est un peu comme visionner un film les yeux à moitié fermés!

Ceci dit, Faces In The Crowd aurait été plus compétent s'il avait assumé en entier son influence giallesque. S'il est intéressant de suivre la démarche psychologique du personnage, Faces In The Crowd est le plus efficace lorsqu'il sombre dans le suspense et l'horreur. Et avec une structure narrative qui copie sans subtilité celle de Bird With The Crystal Plumage ou Deep Red, on s'attend inconsciemment à une excentricité qui ne se pointe jamais le bout du nez. Le scénario passe un peu trop de temps à nous faire sympathiser avec son personnage central et pas assez à le tourmenter. Onn aurait aussi pu se passer de la finale très mielleuse.

Faces In The Crowd n'est définitivement pas parfait, mais c'est un thriller horrifique efficace qui tient en haleine pour la majeure partie de sa durée. Non, Julian Magnat n'a peut-être pas exploité le côté le plus attrayant du giallo, mais on ne peut l'accuser d'avoir manqué d'audace. À ne pas manque pour les amateurs du genre.

  • Dany Champagne

  • Jennifer 8 (1992)
    The Bird With The Crystal Plumage (1971)

     

     
     


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