FEED

2006

RÉALISATION: Brett Leonard
SCÉNARIO: Kieran Galvin
AVEC: Patrick Thompson, Alex O'Loughlin, Gabby Millgate, Matthew Le Nevez et Sherly Sulaiman

La culture de la minceur a pris des proportions ridicules. De nos jours, si vous n'êtes pas minces et de belle apparence vous êtes "out"!!! Les centres minceurs poussent comme des champignons, les acteurs "laids" sont absents des écrans et les modèles anorexiques font la une de tous les journaux. Que reste-t-il pour les gens souffrant d'embonpoint ? Pas grand chose, si ce n'est que les moqueries des gens appartenant au soit-disant moule de notre société! Le problème ne date pas d'hier et il était temps qu'un film d'horreur s'intéresse au sujet de façon sérieuse.

Le détective Philip Jackson parcourt les sites Internet pour y trouver des activités criminelles. Pédophilie, snuff et torture animale font généralement partie de son quotidien. Son attention est portée sur le site feederX.com. Sur ce site, l'administrateur nourrit des femmes jusqu'à ce qu'elles deviennent énormes (plus de 600 livres). Le rythme cardiaque des participantes ainsi que leur taux de cholestérol sont publiés pour que les visiteurs puissent être témoins de la dégradation de leur santé. L'inspecteur Jackson tentera de retrouver l'administrateur du site pour prouver que ses intentions sont meurtrières.

Feed offre une approche totalement différente au film de tueurs en série puisqu'il a plus en commun avec Super Size Me que The Silence Of The Lambs. Malgré que la base du scénario puise dans le thriller policier (de même que le giallo), l'impact du film repose entièrement sur les scènes "dégoûtantes". Le réalisateur Brett Leonard (The Lawnmower Man, Man-Thing) ne se gêne pas pour nous montrer explicitement des femmes nues de plus de 600 livres se goinfrer. Lorsqu'elles ne sont plus capables de manger, le maniaque les nourrit de gras à l'aide d'un tube et d'un entonnoir. Le cauchemar de tous les superficiels de la terre, quoi! Feed porte énormément à réfléchir sur la condition humaine. Est-il normal d'être plus dégoûté par la vue d'une femme de 600 livres que par une blondasse qui se fait couper la tête par Jason Voorhees? La réponse est évidente, mais il n'en demeure pas moins que le scénariste apporte d'excellents points.

C'est cette morale qui fait la force principale du film, mais malheureusement, le contenu grotesque en vient à enterrer le message. Les intentions du scénario sont bien claires, mais le réalisateur ne semble pas savoir quoi en faire. Sa réalisation nerveuse et son montage artistique nuisent à l'atmosphère du film. Je dois lui donner un certain crédit car Feed ne prend pas la route facile de la copie de Saw comme la majorité des nouveaux films d'horreur. Ironiquement, c'est aussi un aspect négatif puisque le film aurait gagné à ressembler visuellement à Saw. Une photographie crue et fade aurait élevé le côté morbide de l'histoire. Brett Leonard a plutôt décidé d'utiliser une caméra numérique ainsi qu'une palette visuelle plus colorée. L'idée était audacieuse, mais mal appliquée.

Un autre point faible du film est le développement des personnages principaux. Les traits de personnalité extravagants du tueur sont tellement soulignés que le personnage perd de son mordant. Le scénario démontre une certaine profondeur, mais c'est trop peu pour un personnage aussi dérangé. Pour un film traitant de la psychologie d'un maniaque, on s'attend à plus qu'un caprice oedipien comme raison d'être du tueur. Encore plus pathétique est le policier qui ressort comme une grosse poule mouillée sans crédibilité. Ça n'aide pas que l'acteur qui l'interprète soit très ordinaire.

À l'image des victimes du film, VVS Films offre un DVD bien bourré! Parmi les suppléments, on retrouve dix scènes supprimées et une finale alternative. De plus, il y a une entrevue avec le réalisateur, un documentaire de tournage et un vidéo tourné lors du festival de Philadelphie.

C'est toujours choquant de voir une prémisse brillante mal exploitée. Malgré tout, Feed s'en sort passablement bien. Le fait qu'il traite d'un sujet tabou de façon aussi explicite saura plaire aux curieux et aux amateurs d'oeuvres étranges. C'est juste dommage que le réalisateur n'ait pas coupé dans les gras trans pour nous offrir un contenu plus nutritif!!

  • Dany Champagne

  • Seven (1995)
  • The Stendhal Syndrome (1996)

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