| |
FINALE
2009
RÉALISATION:John Michael Elfers
SCÉNARIO:John Michael Elfers
AVEC: Carolyn Von Hauck, Suthi Picotte, Brad Barnes, Elizabeth Holmes et Steven Nieport
John Michael Elfers a sans doute mis sa santé physique et mentale à rude épreuve pour venir à bout de son premier long métrage Finale. Étalée sur une période de quatre ans, la production du film s’est déroulée dans des conditions qu’on s’imagine peu confortables et avec un budget minime pour maintenir le tout en place. C’est grâce à la collaboration d’une petite équipe peu expérimentée mais déterminée que le projet a tranquillement pris vie. Que Finale ait remporté plusieurs prix dans les festivals de genre et qu’il soit maintenant distribué en DVD par un éditeur d’envergure doit être un cadeau tombé du ciel pour Elfers, lui qui tenait d’abord à raconter un épisode autobiographique à travers ce film.
Après le suicide de son fils adolescent, une mère sombre lentement dans ce qui paraît être de la paranoïa. Persuadée que des forces maléfiques sont responsables de la mort de son enfant, elle fouille dans le passé de celui-ci pour découvrir qu’il entretenait des liens avec un groupe sataniste. Durant ce temps, dérangeante coïncidence, sa fille se joint à une troupe de théâtre pour y tenir le premier rôle dans une pièce abordant des thèmes satanistes. Évidemment, la mère ne la trouve vraiment pas drôle. Malgré l’incrédulité de sa famille, la mère fera tout en son pouvoir afin d’éviter que les griffes du mal n’écorchent encore ses proches.
Il y a une part de nous qui meurt d’envie d’aimer Finale. Fait rare ces dernières années dans le cas d’une petite production indépendante, le film est tourné sur pellicule, en format 16mm plus précisément. Dès les premières images, la présence du grain et les éclairages marqués nous ramènent vers un cinéma d’horreur plus naïf, plus pur peut-être et surtout, moins formaté selon les tendances de l’heure. Chose d’autant plus notable, le réalisateur tente essentiellement de livrer son récit visuellement. Sa réalisation constitue le point fort de Finale. Quoiqu’il privilégie une approche « rentre-dedans » nous plongeant constamment au coeur de l’action, Elfers affectionne aussi les cadrages déboussolant. Les détails dans les décors de Finale vont parfois jusqu’à former des masses abstraites et on ne peut jamais trop prévoir ce que le prochain plan nous réservera. Ainsi, tel un manège qui virevolte de manière erratique, Finale donne l’impression d’être sous le contrôle d’une machine détraquée.
Le cinéaste sait tirer profit de l’apparence brute de ses lieux de tournage et de l’aspect artisanal de sa direction artistique pour forger une atmosphère étrangement singulière. Autre point favorable, les effets spéciaux bénéficient d’un traitement à l’ancienne. Le réalisateur ne recourt pas au CGI pour le gore et les nombreuses apparitions des démons et c’est tout à son honneur. Le long métrage possède aussi quelques belles trouvailles esthétiques. Mentionnons notamment que les passages oniriques s’avèrent réussis et qu’une scène de folie en particulier – incluant de la peinture – reste gravée dans notre mémoire pour longtemps. Finale peut certainement être qualifié de film généreux, en ce qu’il excède nos attentes par rapport à la quantité d’événements spectaculaires qu’il contient. Pour cette raison, ainsi que pour son rythme effréné et son aspect parfois quasi psychédélique, Finale nous rappelle spécialement le négligé Horror de Dante Tomaselli.
Toutefois, Finale comporte des facettes beaucoup moins reluisantes. Si Elfers s’efforce à rendre dynamique le développement de son intrigue, il ne semble jamais savoir quand ou comment lâcher le morceau. Elfers mise sans cesse sur un montage alterné (ou parallèle, entre le présent et des flashbacks) qui devient agaçant au fil du temps. Par exemple, on nous montre souvent d’un côté, la mère paniquée, alors qu’elle fouille pour trouver des indices sur le clan sataniste – musique angoissante et percussions à l’appui – et de l’autre, sa fille qui vaque à ses occupations en ne se doutant aucunement du danger qui la guette. Ce genre de procédé narratif n’aide en rien à soutenir le suspense à long terme puisqu’on finit par en reconnaître la recette. De ce fait, les brefs moments de répit du film – dans lesquels on devine que le drame devrait s’installer – ne captent pas plus notre attention, car ils paraissent totalement détachés du reste.
Un autre bémol majeur concerne les effets numériques de montage qui enrobent les scènes d’horreur. Alors qu’Elfers disposait de bons éléments pour représenter les démons, il ruine l’affaire en utilisant un montage saccadé lorsque ceux-ci surgissent. De plus, leur intervention est toujours accompagnée d’un effet d’accéléré, d’un filtre bleuté flou et d’un tapage musical, clichés qui nous irritent davantage qu’on ne le voudrait bien. Sur une autre note, rajoutons que l’intrigue de Finale se révèle assez flasque et sans réels enjeux. La thématique du satanisme n’est que sommairement survolée et n’amène qu’un semblant de profondeur. Bénéficiant pourtant d’un bon fond, l’histoire devient peu à peu accessoire en cours de route. On s’imagine sans difficulté la tangente que prendra le scénario et l’on finit par se désintéresser du sort des personnages. Heureusement, les dialogues ne sonnent pas trop faux et l’honnête performance des acteurs compense plusieurs lacunes du film.
Certains critiques ont comparé Finale au cinéma de Mario Bava et Dario Argento. En ce qui nous concerne, on ne s’emballera pas aussi facilement. Il est vrai qu’on repère les influences de ces cinéastes italiens sur le film, mais les parallèles s’arrêtent secs ici. Nous dirons plutôt que Finale est un premier effort ambitieux qui se démarque des productions indépendantes qu’on retrouve généralement sur le marché. John Michael Elfers a accouché d’une oeuvre difficile à juger, car elle est aussi brouillonne que bourrée de qualités. Bien qu’on ne puisse nier la qualité du travail accomplit par John Michael Elfers à la réalisation, on ressort de Finale avec un sentiment mitigé.
Espérons qu’Elfers fasse preuve de plus de subtilité la prochaine fois.



• Mother of Tears (2007)
• Left Bank (2008)
| |
|