THE FLY

1986

RÉALISATION: David Cronenberg
SCÉNARIO: David Cronenberg et Charles Edward Pogues
AVEC: Jeff Goldblum, Gina Davis, John Getz, Joy Boushel et Les Carlson

La raison pour laquelle les remakes sont souvent moins réussis que les films originaux est que les producteurs n'ont pas compris leur utilité. Ça ne sert à rien de reprendre des films comme The Texas Chainsaw Massacre, Dawn Of The Dead ou The Amityville Horror, car ces films sont des icônes. Une nouvelle version n'a rien d'intéressant de plus à montrer qui ne l'a pas déjà été dans la version originale. Certains cinéastes ont néanmoins compris qu'il était possible de transposer l'histoire d'un vieux film à une réalité moderne. Ça n'arrive pas souvent, mais parfois, un cinéaste réussit même à s'emparer d'un film au point que sa version devient plus importante que le film original. Ce fut le cas en 1982 avec The Thing de John Carpenter et, bien évidemment, avec The Fly de David Cronenberg en 1986.

Seth Brundel est un jeune scientifique qui a sous la main l'invention du siècle. Lors d'un congrès, il fait la rencontre de Veronica Quaife, une journaliste qui lui est tombée dans l'oeil. Brundel décide de lui faire confiance et la choisit pour écrire un article sur les progrès de son travail. La fameuse invention est une machine qui permet de téléporter un objet d'un télépode à un autre. Lorsqu'il trouve la solution pour téléporter des êtres vivants, Brundel décide d'être son propre cobaye. Lorsqu'il entre dans son télépode, une minuscule mouche entre avec lui. Téléportés dans l'autre télépode, les gênes de Brundel et de la mouche ont été unis. Au début, Brundel se découvre une force amplifiée. Bientôt, il est capable de monter sur les murs. Il croit que sa nouvelle invention l'a purifié et qu'il est un humain "neuf". De nouveaux symptômes, moins agréables, font aussi leurs apparitions. D'étranges poils lui poussent dans le dos, ses ongles et ses dents tombent et sa peau commence à prendre un teint verdâtre. Petit à petit, Brundel se transforme en mouche géante, au grand damne de sa copine Veronica, qui ne peut supporter de le voir se détériorer ainsi.

Le film original The Fly, sorti en 1958, n'était rien de plus qu'une banale série B. Un film dans lequel un homme se voyait pris avec un corps de mouche, tandis qu'une mouche faisait des ravages avec son corps humain. En tant que film d'horreur, ça divertit, mais pour le reste, on repassera. Le brillant réalisateur canadien David Cronenberg (Scanners, Videodrome) a transformé ce concept en un film d'horreur intelligent et peuplé de métaphores sur la vieillesse et la maladie (cancer, SIDA). À la base, Cronenberg a voulu raconter une simple histoire d'amour tragique. Le scientifique solitaire rencontre son âme soeur en la personne de Veronica, une journaliste. Ils tombent éperduemment amoureux l'un de l'autre et ne peuvent se quitter sans s'ennuyer de l'autre. Puis, le sombre destin frappe. Seth Brundel est diagnostiqué avec le cancer, peut-être même le SIDA, et sa condition se détériore à vue d'oeil. Veronica se sent impuissante en voyant son amoureux se dirigé vers une mort certaine. The Fly étant un film de Cronenberg, la maladie a, bien sûr, été changée par une métamorphose.

The Fly est un des rares films qui, même après plusieurs écoutes, réussit encore à me faire tortiller sur mon sofa. Cronenberg a réalisé un film qui marque, et pour longtemps. Chaque fois que je me coupe les ongles, je pense à la scène où Jeff Goldblum arrache les siens. Chaque fois que j'entends parler d'accouchement, j'ai en tête le bébé larve qui sort de Geena Davis. Chaque fois que j'assiste à un duel de bras de fer (pas que ça arrive souvent) je me mets à souhaiter que l'os du perdant lui sortira par le bras. The Fly est un excellent film, un des meilleurs de David Cronenberg. Le film est différent puisqu'il n'y a pas de réel antagoniste, juste un couple frappé par une tragédie. Non seulement The Fly est magnifiquement tourné par un cinéaste en plein contrôle de sa vision, mais le film est extrêmement bien dosé. Cronenberg a su amener progressivement les éléments dégoûtants du film. Il ne sont pas si nombreux que ça, mais leur efficacité est telle, qu'ils prennent presque toute la place. Je n'ai pas été étonné d'apprendre que Chris Wallas, le concepteur des effets visuels, avait gagné un Oscar pour ce film. Si vous avez aimé ce que Rob Bottin avait fait pour The Thing, dites-vous que ceux de The Fly sont similaires, mais plus réussis.

Le scénario est assez minimaliste dans le sens qu'il ne fait pas appel à beaucoup de personnages. Il y a seulement trois rôles importants et ceux-ci ont été distribués à d'excellents acteurs. Jeff Goldblum (Invasion Of The Body Snatchers, Jurassic Park) a su nuancer les multiples facettes de son personnage. Il est aussi convaincant en scientifique un peu nerds que lorsqu'il se découvre une nouvelle force. Golblum est aussi très drôle avec toutes ses petites mimiques de mouche. Geena Davis (Beetlejuice) personnifie à merveille l'amoureuse de Brundel. Le dernier rôle est celui de Sathis Borand, joué par John Gertz, le patron de Veronica, qui veut à tout pris connaître la vérité.

Le seul défaut que je pourrais trouver au film est qu'il n'est pas assez long. Comme c'est souvent le cas avec les films de Cronenberg, le film est beaucoup trop court pour la complexité du matériel en jeu. À 95 minutes, The Fly aurait bénéficié d'un bon 20-25 minutes supplémentaires.

The Fly est un des meilleurs exemples d'un film d'horreur intelligent et profond. De la part de David Cronenberg, je ne m'attendais à rien de moins. À regarder avec les mains pas loin des yeux...


  • The Fly (1958)
  • The Return Of The Fly (1959)
  • Curse Of The Fly (1965)
  • The Fly 2 (1989)

  • The Brood (1979)
  • The Thing (1982)

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