FORGET ME NOT
2009
RÉALISATION: Tyler Oliver
SCÉNARIO: Tyler Oliver et Jamieson Stern
AVEC: Carly Schroeder, Cody Linley, Brie Gabrielle, Micah Alberti et Jillian Murray
S’il était sorti il y a cinq ou six ans, Forget Me Not aurait fait sensation. Cette histoire de fantômes utilise un gimmick et une antagoniste qui ne sont pas sans rappeler la vague de films d’épouvante asiatique qui a déferlée sur le cinéma d’horreur il n’y a pas si longtemps. Et cela, le réalisateur Tyler Oliver en est bien conscient. Tellement, qu’il a tenté à tout prix de s’éloigner d’un style de film qu’il aurait pourtant gagné à imiter plus.
Alors qu’elle fait la fête avec ses amis, Sandy se remémore un jeu qu’elle jouait avec eux étant enfant. Le jeu en question est une variation de cache-cache dans un cimetière. Aidé par l’alcool et la drogue, le groupe décide de s’offrir un voyage en enfance en allant jouer dans le cimetière au milieu de la nuit. Une inconnue qui connaît les règles du jeu se joint à eux. Lorsque cette dernière se suicide brutalement en se jetant d’une falaise, Sandy est bouleversée. Dans les jours qui suivent, les amis de Sandy meurent dans d’étranges conditions, laissant la jeune femme comme étant la seule personne à se souvenir d’eux. Les victimes en question sont alors effacées de la mémoire de tous, sauf Sandy, qui se retrouve seule pour résoudre ce mystère.
Forget Me Not n’est pas mauvais du tout, mais il est frustrant qu’un concept aussi original soit tombé dans les mains d’un cinéaste moyen. Avec leur scénario, Tyler Oliver et Jamieson Stern ont trouvé le moyen de revigorer un style de films d’horreur pour adolescents qui est essoufflé depuis longtemps. Le film ressort comme un gros réchauffé jusqu’à ce que son concept central, celui de la victime qui cesse d’exister, soit mis en place. C’est un concept intrigant et, à ma connaissance, jamais utilisé dans ce genre de film. Du moment que Sandy pleure la perte d’un ami dont personne ne se souvient, l'intrigue pique notre curiosité. Malheureusement, il y a deux éléments qui empêchent Forget Me Not d’accéder à un niveau supérieur. L’incapacité du réalisateur de créer une atmosphère inquiétante propre à ce genre de cinéma et la difficulté du scénario d’établir des règles claires à son concept et de les mettre en application.
De la façon dont se déroule l’intrigue de Forget Me Not il est évident que Oliver a été inspiré par des œuvres asiatiques telles que Ringu, One Missed Call ou Phone. S’il avait laissé ces influences imprégner son style de réalisation et le visuel, son film serait nettement supérieur. Forget Me Not a un visuel assez léché qui met en valeur les beaux acteurs, mais qui n’a aucun impact lors des scènes horrifiques. Il ne fait pas de doute qu'Oliver comprend les formalités derrière la réalisation d’un long-métrage, mais son style manque énormément de nuance lors des moments d'effroi. Il faut aussi dire qu’en tentant de s’éloigner du désormais cliché fantôme au visage couvert par des cheveux longs, Oliver a mis en scène une antagoniste qui procure le sentiment contraire de la peur. Les fantômes de Forget Me Not semblent tellement concentrés à exécuter une chorégraphie excessive qu’ils oublient d’être effrayants! On dirait parfois qu'ils sortent d'une version breakdance du vidéoclip Thriller!
Pour ce qui est des règles du concept, Oliver et Stern changent inutilement la donne en plein milieu de parcours. Une des scènes les plus réussies implique quatre personnes qui courent en forêt pour sauver une amie d’une mort certaine. Lorsque la victime succombe aux mains d’un fantôme, seule Sandy se souvient d’elle et ses amis ne font que courir pour la rattraper, croyant qu’elle a perdu la carte. Lorsque le scénario progresse, l’univers dans lequel les personnages évoluent change à mesure que les personnages meurent, un peu comme la réalité alternative dans Back To The Future Part 2. Les personnages changent de voitures, de lieux, de personnalité et un personnage secondaire acquiert même une barbe suite à la mort de quelqu’un. Le film devient alors inutilement complexe et ce qui était au départ un concept intriguant finit par s’alourdir.
Cela ne veut pas dire que Forget me Not ne vaut pas le détour pour autant. Malgré les opportunités manquées, le premier film de Tyler Oliver se laisse agréablement regarder et est bien meilleur que la majorité des remakes américains de films de fantômes asiatiques. C’est déjà ça. L’intrigue est assez intéressante pour permettre aux spectateurs de lever les yeux sur les défauts et les adolescents mis en scène sont loin des clichés habituels. La finale n'est pas mal non plus.
Forget Me Not avait bien des croutes à manger pour transformer un concept intéressant en film abouti. Le résultat final n'est pas à la hauteur, mais donnons quand même crédit à Tyler Oliver et son coscénariste Jamieson Stern pour avoir tenté autre chose. Et contrairement aux pauvres victimes du film, Forget Me Not ne se laisse pas oublier si facilement.



•Reeker (2005)
• My Soul To Take (2010)
| |
|