FRANKENSTEIN

1931

RÉALISATION: James Whale
SCÉNARIO: John L. Balderston, Garrett Fort et Francis Edward Faragoh
AVEC: Colin Clive, Mae Clarke, Boris Karloff, Edward Van Sloan et John Boles

Il est toujours intimidant de critiquer une oeuvre plus grande que nature. Et dans ce sens, quoi de plus gigantesque que l'icône par excellence du cinéma d'horreur: Frankenstein (prononcez-le avec une voix grave…) !! L'histoire d'un scientifique qui se prend pour Dieu en créant la vie à l'aide d'un être constitué de parties de cadavres est rapidement devenu l'emblème du cinéma d'horreur classique. Tant par sa réalisation que par sa trame narrative, Frankenstein a modelé le cinéma d'horreur, genre encore en quête d'identité au début des années 30. Mais qu'en est-il de l'oeuvre de James Whale (The Invisible Man), plus de 75 ans après sa sortie? Mérite-t-il son statut de chef-d'oeuvre ou est-ce un film qui a fait son temps ??

Librement adapté du roman de Mary Shelley publié en 1818, Frankenstein est une oeuvre puissante et influente, malgré ses défauts! Si aujourd'hui, les raccourcis pris par le scénario sont apparents et le côté technique vieillit le film, il est difficile de ne pas contempler Frankenstein avec admiration. Non seulement le film de Whale divertit à plus d'un niveau, mais c'est aussi une des histoires les plus fascinantes du cinéma d'horreur, aussi condensée soit-elle! Pour donner vie au récit macabre, Whale s'est laissé influencer par les tendances de l'époque. Tout en maintenant un pied bien ancré dans la réalité, le cinéaste emprunte énormément au mouvement expressionniste allemand, très en vogue à l'époque. Visuellement, le film est loin d'être aussi épatant que Nosferatu ou Cabinet Of Dr. Caligari, mais l'influence est néanmoins bénéfique à l'atmosphère du film. Son mélange de décors du 19e siècle avec ceux du présent (celui de 1931) donne un aspect nébuleux au film.

Malgré toutes les qualités qui ressortent de la réalisation de Whale ou de l'adaptation scénaristique, Frankenstein obtient ses lettres de noblesses pour une autre raison: son Monstre!!! Ou si vous préférez l'incomparable Boris Karloff (The Mummy, The Raven)! Du moment que le Monstre de Frankenstein fait son apparition, le film prend une toute autre tournure. Karloff s'accapare littéralement de l'écran. Son rôle est en apparence minime, mais il réussit à faire des miracles avec celui-ci. Rarement un personnage de cette envergure aura été personnifié avec autant de justesse. D'un rôle qui aurait dû être confié à un cascadeur, Karloff en a fait un des plus mémorables du septième art. Ce n'est pas un hasard que le personnage du Monstre de Frankenstein soit automatiquement associé au visage de Karloff, et ce, bien qu'il ait été joué par des dizaines d'acteurs depuis!

Le reste de la distribution est excellente aussi. On en entend juste rarement parler car Karloff leur vole toute l'attention! Colin Clive (Mad Love) est quasiment aussi brillant dans le rôle de Victor Frankenstein. Il réussit à apporter une variété de couches psychologiques à son personnage. La prétention, la folie et l'incrédulité se côtoient magnifiquement. Et qui pourrait oublier sa citation classique: « It’s Alive! ». Pour sa part, Edward Van Sloan (tout frais de son rôle de Van Helsing dans Dracula) apporte le sérieux nécessaire à l’histoire. Seule la présence de Frederick Kerr dans un rôle comique semble de trop.

Il ne fait donc aucun doute que Frankenstein soit un des plus grands (peut-être même LE) classiques du cinéma d’horreur. Par contre, il ne faudrait pas se faire aveugler par la prestigieuse réputation du film. Frankenstein a de nombreux défauts, ce qui me permet de le qualifier de « presque chef-d’œuvre »! Dû à sa courte durée de 71 minutes, les subtilités du récit de Mary Shelley ont été coupées pour accentuer le rythme. En fait, le scénario tient plus de l'adaptation théâtrale (produite en 1927) que du roman. Le côté philosophique du roman fait place à un film de monstre sensé, mais dont la morale aurait pu être plus développée. Le scénario n’offre pas grand développement, se contentant plutôt de balancer les revirements importants les uns après les autres. Ça donne un film jamais ennuyant (ce qui devrait plaire aux cinéphiles qui renient l’existence du cinéma pré-1970!), mais il est difficile de ne pas s’imaginer qu’il y a plus à ce récit passionnant.

Bien que je ne peux blâmer Whale pour l’absence de musique (une caractéristique du début du cinéma parlant), celle-ci aurait élevée Frankenstein à un niveau inespéré. Un autre défaut, assez surprenant, provient de la finale. De nos jours, on se plaint souvent que les gros studios interfèrent avec les visions des cinéastes. La coutume n’était pas différente 75 ans auparavant puisque Universal a obligé Whale à ajouter un happy ending au film. Cet ajout vient grandement amoindrir l’impact d’une finale jusque-là grandiose. Heureusement, Whale a complètement ignoré cette scène lorsqu’il est venu le temps de réaliser la suite, The Bride Of Frankenstein, mais n’empêche que la scène est bel et bien là!

Ironiquement, sans ces défauts, Frankenstein ne serait peut-être pas le film passionnant qu’il est! Plus de 75 ans après sa sortie, le Monstre de Frankenstein interprété par Karloff est plus vivant que jamais!!! Cette œuvre grandiose se doit de tourner au moins une fois dans le lecteur DVD de tout amateur de films d’horreur qui se respecte. C’est un film à regarder, non seulement pour ses qualités cinématographiques, mais surtout pour s’imprégner de sa riche histoire qui l’entoure!

  • Dany Champagne

  • The Bride Of Frankenstein (1935)
  • Son Of Frankenstein (1939)
  • Ghost Of Frankenstein (1942)
  • Frankenstein Meets The Wolfman (1943)
  • House Of Frankenstein (1944)
  • House Of Dracula (1945)
  • Abbott & Costello Meet Frankenstein (1948)

  • Dracula (1931)
  • The Mummy (1932)

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